Manifeste pour l’abolition de toutes les statues du prédateur Léopold 2

Le 9 septembre, l'auteur de ce Manifeste a recouvert de peinture rouge la tête et le buste de la statue de Léopold II, près du Palais royal à Bruxelles. Il a été arrêté. Nous publions le Manifeste justifiant son action.

Photo de cette action spectaculaire : http://www.rtbf.be/info/societe/divers/une-statue-de-leopold-ii-peinte-en-rouge-a-bruxelles

(Une soirée sur ce thème est organisée à Bruxelles mercredi 8 octobre à la Dolce Vita : voir fin de cette page)

21 septembre 2008

Femmes violées, enfants martyrisés ou enrôlés de force comme soldats, hommes réduits en esclavage et fouettés jusqu’au sang à la moindre incartade, villages incendiés, récoltes réquisitionnées, civilisation détruite, pillage des ressources, prises d’otages, terres volées, famines et maladies, jugements sommaires, mutilations, meurtres et exactions de toute nature : voilà ce que fut la réalité du Congo sous le règne de Léopold 2.

Au nom des MILLIONS de victimes de la scandaleuse politique coloniale de ce despote impérialiste, raciste et cupide, nous estimons porcinement indigne de la part d’une nation se prétendant civilisée de perpétuer sa mémoire sous quelque forme valorisante que ce soit. Une statue publique – équestre, pédestre, cycliste ou patinoroulettiste – étant un hommage au personnage qu’elle offre à l’admiration des foules, l’Allemagne et la Russie ont eu le bon goût de déboulonner toutes celles d’Hitler et de Staline.

Nous exigeons donc de la Belgique qu’elle fasse preuve d’autocritique et conclue à l’urgente nécessité d’arracher à leur socle les monuments de bronze censés célébrer cet odieux tueur en série que fut, en toute connaissance de cause, Léopold 2. Nous ne pouvons admettre qu’un criminel contre l’humanité, fût-il jadis monarque, soit élevé au rang des grands hommes de la nation, à moins que celle-ci ne soit effectivement qu’un troupeau de sadiques. La Belgique étant fille de Tijl Uilenspiegel et terre de joyeux drilles, nous ne tolérerons jamais que notre gouvernement insulte notre libertaire sens du comique en glorifiant le premier Père Ubu venu : non au terrorisme d’Etat, non aux symboles de violence et d’injustice, oui à la délirévolte rugissante contre les gâcheurs de jouissexistence !

Nous proposons toutes fesses hautes de remplacer les statues du vomitorépugnant Léopold 2 par des représentations de personnalités belges aussi positives et jubilatoires que, par exemple, Noël Godin, Jan Bucquoy, Jean-Pierre Verheggen, André Stas, Serge Poliart, Jacques de Pierpont, André Blavier, Scutenaire, Mariën ou Lautréamont (qui aurait pu devenir sucre d’orgie belge s’il avait choisi de naître à Tirlemont).

Pour la paix entre les peuples, un nez de clown sera toujours préférable à un bruniforme : notre téton nous souffle même à l’oreille que si les pitres étaient au pouvoir, le monde ne mourrait plus que de rire, jambe de poêle à frire !

A lire pour se frictionner les synapses :

Martin EWANS : European atrocity, African catastrophe : Leopold II, the Congo free state and its aftermath. New-York, Routledge, 2002

Mark TWAIN : Le soliloque du roi Léopold, Paris, L'Harmattan, 2004

Arthur CONAN DOYLE : Le crime du Congo belge. Paris, Les Nuits Rouges, 2006

Adam HOCHSCHILD : Les fantômes du roi Léopold. La terreur coloniale dans l’Etat du Congo, 1884-1908. Paris, Taillandier, 2007

« Je suis d’avis d’ouvrir trois colonies d’enfants. […]

Le but de ces colonies, qui pourront abriter chacune jusqu’à 1.500 enfants,

est surtout de nous fournir des soldats. »

« Les mains coupées, mais c’est idiot !… Je leur couperais bien tout le reste,

mais pas les mains. C’est la seule chose dont j’ai besoin au Congo ! »

LEOPOLD 2

(cité in Adam HOCHSCHILD, Les fantômes du roi Léopold)

Une soirée de solidarité organisée le mercredi 08 octobre dès 19h à la Dolce Vita, 37a rue de la Charité, Saint-Josse 1210 Bruxelles

Le but de cette soirée sera triple :

1° revenir brièvement sur le happening

2° débattre de Léopold 2 et raviver la mémoire collective sur les sombres pages du passé colonial belge.

3° récolter quelques pièces pour éponger l'ardoise de l'engouachage (amende et frais de nettoyage)