Madagascar : réactions et infos complémentaires

La semaine passée, Investig’Action prenait le contre-pied de la presse française sur la crise à Madagascar. Nos articles questionnaient la légitimité d’Andry Rajoelina ainsi que les intérêts français et occidentaux cachés derrière cette crise. Des lecteurs ont réagi, jugeant l’analyse pertinente, mais trop complaisante envers l’ (ex ?) président Ravalomanana. Nous leur donnons la parole et publions de nouveaux articles, qui expriment des opinions diverses.

Dans la presse traditionnelle, règne le mythe du journaliste omniscient, détenteur assuré de la vérité. Investig’Action n’a pas cette prétention. A Madagascar, pays mal connu et peu décrit, s’affrontent différents intérêts, et donc différentes versions. L’info est toujours un affrontement. Et donc, pour le lecteur, une recherche.

Nous manquons de recul et de connaissances pour une analyse aboutie de Madagascar, mais voulons quand même aider chacun à s’informer. En commençant par poser ces questions qui nous semblent cruciales…

Quels intérêts politiques et économiques sous-tendent ce changement de régime ? Pourquoi les médias ne parlent-ils pas du pétrole découvert à Madagascar ? Peu avant la crise, le gouvernement créait la société nationale du pétrole dont l’Etat serait le seul actionnaire. Cela a-t-il eu un impact sur cette crise ? Et enfin, une réponse efficace sera-t-elle apportée aux besoins de la population malgache, principale victime du conflit?   

Nous vous livrons les divers points de vue. Libre à vous de vous forger votre propre opinion.

Vos réactions sur les premiers articles

J-P.E. : « Je ne partage pas le point de vue de Mandonline qui présente Ravalomanana comme un bon démocrate et son adversaire comme la main de la Françafrique post coloniale. Je crois que l’un et l’autre sont des démagogues modernes, ultra-libéraux autoritaires et liberticides comme ceux qui règnent en France et en Italie, et si Rajoelina était, comme le prétend Madonline, le poulain de la France et des catholiques Ravalomanana serait celui des anglo-saxons et des protestants… comme à l’aurore des relations Madagascar – Europe : rien de nouveau. Pendant ce temps le peuple crève. »

C-M.S. : « Les événements qui ont vu l’embrasement de la Grande Île, ne sont en réalité que la réponse d’une population qui depuis sept ans a été réduite à la misère la plus totale, et dont le pouvoir en place a réussi l’exploit de transformer sa population en une masse de gueux, dont le seul avenir est celui de crever de faim. Il faut prendre conscience ici que pour arriver à ses fins, notre Ravalomanana national, a mis Madagascar sous une chape de plomb, en monopolisant tous les médias radios et télévisions tout ceci vérouillés par des hommes du sérail de son parti le « Tim » ou de son empire industriel « TIKOLAND » montés sur une une ligne de conduite maîtresse, la prévarication à outrance. (…)

R.C. : « Permettez-moi de vous dire que les articles que vous diffusez sur Madagascar sont issus de la propagande pro-Ravalomanana : s’il y a du vrai dans certaines analyses, il y a aussi beaucoup de faux et surtout de non-dits. Je peux vous affirmer que si, c’est certain, les enjeux derrière le mouvement de Rajoelina ne sont pas si honorables que cela (avec de vieux entrepreneurs dont le business illicite a été mis à mal par Ravalomanana), la politique du président a été catastrophique. Ce n’est pas une révolte populaire ? Si, évidemment. Ce n’est pas parce que ceux qui tirent les ficelles le font pour leurs intérêts propres que le combat de ceux qui descendent dans la rue est illégitime.
Pour avoir effectué des reportages et rencontré de nombreuses personnes sur place, je peux vous dire que la situation économique est dramatique, que la MAP, dont l’un des articles que vous publiez affirme que c’est un bon programme, est un copié-collé des directives du FMI et de la Banque Mondiale, et que les affaires du président-entrepreneur sont plus que louches : aucune transparence et des lois qui favorisent son entreprise.
Quant à l’achat de ses partisans lors des meetings qui n’ont pas réuni 50000 mais tout au plus 35000 personnes, c’est une réalité : beaucoup étaient complètement saouls et venaient de ces quartiers populaires qui n’ont aucune raison de soutenir un président qui non seulement ne fait rien pour eux, mais les exproprie en masse. J’étais à ces meetings. »

Plus d’infos sur la crise politique

Les raisons de la colère contre le président de Madagascar
(…) Si les récentes images de pillages et d’émeutes ont surpris à l’étranger, il n’en va pas de même pour les Malgaches. Le feu couvait depuis la réélection de Ravalomanana en 2006, après une panne d’électricité bienvenue dans les locaux du ministère de l’Intérieur en plein décompte des voix…
Les émeutes étaient latentes, la situation était tendue :  qui ne se souvient de la situation loufoque où un candidat à la présidentielle, Pierrot Rajaonarivelo, n’eut pas le droit de fouler le sol malgache ? Mais également la constitution remaniée de manière à rendre impossible la candidature des métis.
(…) Populaire avant son accession au pouvoir par sa réussite économique, Ravalomanana n’a pas mis longtemps à confondre ses affaires avec celles de l’Etat. L’innocence des Malgaches n’a d’égal que leur soif de liberté et de vie meilleure, à tel point que lorsque Ravalomanana leur a lancé son slogan « minoa fotsiny » -« croyez seulement“-, ils n’y ont vu qu’une parole messianique qui allait les sortir de cet enfer de la pauvreté, un peu comme le ‘travailler plus pour gagner plus’…
Dès les premiers mois de son mandat, Ravalomanana a mis en place son pouvoir autocratique afin d’étendre son empire économique. Neutralisation de ses amis politiques et diabolisation systématique de ses adversaires.
La terreur instaurée au sein même du gouvernement permet d’écarter toute fuite d’information et toute rébellion contre le système mis en place. Ainsi de la politique du partenariat privé/public, inspiré que du nom du Blairisme, le discours tenu se résumant au fait que le privé et le public doivent travailler la main dans la main pour développer ensemble le pays, toutes les ressources vives de la nation devant contribuer à cet objectif louable de lutte contre la pauvreté.
(…) Se posant comme un potentiel président de la République, Andry Rajoelina réclame aujourd’hui un gouvernement de transition et exige d’être à sa tête, démocratie ? Sans programme, sans proposition, sans véritable parti politique, n’est-il seulement porté par une ambition personnelle en accord avec son parcours étrangement semblable à celui de son adversaire Ravalomanana ?
Et qu’en pense la majorité de la population ? Ces derniers jours terribles ressemblent plus à une émeute de la faim d’une population poussée à bout et à un refus de la politique dictatoriale de Ravalomanana qu’à un plébiscite franc à un programme politique précise.
Entre un ultralibéralisme sans contrôle et un désir exacerbé de sortir de la misère, Madagascar se trouve à un tournant – encore une fois de son histoire. Tenu sans scrupule par un réel autocrate, l’île a cette tentation de confier une fois encore son destin à un homme providentiel, Andry Rajoelina s’efforçant d’endosser cette tenue.

Source: http://www.rue89.com/2009/01/31/les-raisons-de-la-colere-contre-le-president-de-madagascar

Plus d’infos sur les resources pétrolières de Madagascar

Premiers barils de pétrole
Madagascar Oil a annoncé vendredi avoir extrait ces derniers jours les premiers barils de pétrole de Madagascar, dans le cadre d’un projet de prospection. Cette compagnie privée de prospection et production de pétrole est surtout spécialisée dans le développement des ressources en huile lourde terrestre. Elle est basée à Huston et domiciliée aux Bermudes.

Source: http://www.leblogfinance.com/2008/03/madagascar-prem.html

Commercialisation du pétrole à Madagascar
Le pétrole existe bel et bien à Madagascar, plus précisément dans le plateau de Tsimiroro. Le ministre de l’Energie et des Mines Elysé Razaka vient de confirmer hier la découverte de gisement de pétrole de 450 millions de barils dans le Moyen Ouest de l’île. « Mais pour des raisons purement techniques, a ajouté ce membre du gouvernement, ce sera dans trois ans que Madagascar pourrait commercialiser ses produits». Parmi les impératifs, le ministre Razaka a évoqué la construction d’un pipeline reliant le site d’exploitation et le port.
(…) La compagnie pétrolière Total a rassuré la partie malgache que les recherches avancent lentement mais sûrement. Notons que plusieurs compagnies pétrolières ont reçu des permis de recherches et d’explorations pétrolières en mer et sur terre. A citer entre autres dans la zone de Mahajanga, dans la baie de Narindra, dans la région de Manambolo… Plus d’un s’interrogent si l’exploitation de ce produit stratégique a des impacts ou non sur l’économie du pays. Faut-il signaler que bon nombre de pays africains producteurs de pétrole figurent encore sur la liste des pays sous-développés. Citons entre autres le Tchad, le Gabon, l’Angola…

http://www.laverite.mg/index.php?option=com_content&view=article&id=1779:commercialisation-du-petrole&catid=34:actualites-madagascar&Itemid=53