Ma lettre au Centre Simon Wiesenthal

Paris, le 11 janvier 2006

Messieurs,

Sur votre site internet (1), vous publiez un communiqué intitulé en

anglais "SWC CONDEMNS ANTISEMITIC STATEMENTS BY VENEZUELAN PRESIDENT

HUGO CHAVEZ – DEMANDS PUBLIC APOLOGY" et en espagnol "EL CENTRO SIMON

WIESENTHAL CONDENA DECLARACIONES ANTISEMITAS DE HUGO CHAVEZ Y RECLAMA

DISCULPAS PÚBLICAS". Cet article fait référence à un courrier envoyé au

Président du Venezuela, Hugo Chavez, par Shimon Samuels (Directeur des

relations internationales du Centre) et Sergio Widder (responsable de

l'Amérique latine). Sauf erreur de ma part, ce courrier n'est pas publié

sur votre site.

Dans cet article, vous affirmez que le président du Venezuela aurait

tenu des propos antisémites le 24 décembre 2005 et vous présentez un

extrait tronqué de ses propos. Vous prétendez dans la foulée que Hugo

Chavez aurait avancé "les deux arguments habituels pour justifier la

persécution et le meurtre des juifs durant deux millénaires".

Dans votre article, vous dites que le courrier envoyé au président

Chavez dit ceci : "il est paradoxal que le président du pays qui doit

bientôt recevoir la rencontre la plus prestigieuse de la pensée

progressiste, le Forum Social Mondial, ait recours à ce langage

moyenâgeux et réactionnaire. Vos propos sont très similaires à ceux du

président Iranien Mahmoud Ahmedinejad lorsqu'il a nié l'Holocauste,

provoquant un rejet de l'écrasante majorité de la communauté

internationale."

Vous poursuivez : "Notre centre condamne vos propos antisémites. Une

telle offense aux valeurs humanistes universelles exige des excuses

immédiates et publiques. Votre silence ne pourra être interprété que

comme la réaffirmation d'une pensée raciste."

Et l'article conclut par un appel aux gouvernements membres du Mercosur

à "geler le processus d'incorporation du Venezuela" en attendant des

excuses publiques de Chavez "pour ses propos antisémites".

Vous n'êtes pas sans savoir que votre article a été repris par la presse

française, à sa manière habituelle.

Pour ceux qui connaissent un minimum l'Amérique latine (je ne parle pas

des autres), pour ceux qui savent lire un discours prononcé autrement qu

'en anglais (je ne parle pas des autres), pour ceux qui suivent de près

les événements dans le monde et notamment en Amérique latine depuis

environ 25 ans (je ne parle pas des autres), les propos (complets) de

Chavez (dans le contexte) ne présentent aucune trace d'antisémitisme.

Basé au Etats-Unis, votre Centre pourra toujours se défendre "avec

crédibilité" derrière une ignorance culturelle, notamment pour tout ce

qui concerne la théologie de la libération et de la notion du "Christ

Guérillero, révolutionnaire et socialiste, assassiné par

l'Impérialisme".

Je pense que le Centre serait d'accord pour dire que l'accusation

d'antisémitisme est grave. J'en conclus qu'une accusation infondée

d'antisémitisme est grave et mérite des excuses. Publiques.

Pour reprendre en partie vos propres termes, il est paradoxal qu'un

Centre si rodé à la chasse aux nazis ait pu commettre une telle erreur

de jugement, et que l'allusion au Forum Social Mondial n'est qu'une pure

coïncidence.

Pour reprendre en partie vos termes, une telle offense à l'intelligence

exige des excuses immédiates et publiques. Des excuses du Centre au

président du Venezuela. Votre silence ne pourra être interprétée que

comme la réaffirmation d'une pensée que se sert de l'antisémitisme comme

un instrument purement politique.

Cordialement,

Viktor Dedaj

journaliste indépendant

FRANCE

destinataire :

Centro Simon Wiesenthal

Maipú 853, 4º – Buenos Aires – Argentina

Tel: (5411) 4313-4743 / Fax: (5411) 4313-3985

E-mail: [email protected]

copie à [email protected]