Libérez Fouad Mourtada, le prisonnier Facebook !

Le 5 février dernier, Fouad Mourtada, jeune et brillant ingénieur en informatique marocain de 26 ans, a été interpellé par la police d’Etat marocaine, embarqué sans ménagement, mis en garde à vue au secret (pendant 36 heures !), puis jeté en prison, en préventive.

Le 15 février, sa demande de libération provisoire a été rejetée et, le 22 février, le tribunal de première instance de Casablanca l’a condamné à trois ans de prison ferme et à 10.000 dirhams d’amende. Encore un islamiste soupçonné de sympathie pour de sombres comploteurs terroristes, traduisez-vous illico ? Vous n’y êtes pas ! Son forfait ? Une supercherie canularesque sur FaceBook, ce site Web de réseau social ( très fashion ), qu’il avait utilisé en y créant un (faux) profil du frère cadet du roi Mohammed VI, le prince Moulay Rachid. Une petite substitution (vraisemblablement – encore qu’il s’en soit défendu – pour attirer de potentielles conquêtes féminines rêvant au prince charmant …) donc, qui le conduit au bagne !

Les plaisantins qui usurpent l’identité de célébrités sur Facebook sont légion. Quinze jours avant l’arrestation de Fouad, Le Monde titrait « Sur FaceBook, devenez qui vous voulez » et ajoutait que n’importe qui était libre de créer un profil en choisissant le nom et le prénom qui l’intéresse : la majorité écrasante des profils de célébrités sont faux parce que simplement créés par des fans… Les « Sarkozy-Bruni », « Bush », « Michaël Jackson » et tutti quanti se font ventriloquer, de la sorte, régulièrement. En général, sans réagir : orgueil ou sagesse, et humour, obligent !

Avec près de quatre millions d’internautes, la blogosphère marocaine est la plus active des pays du Maghreb. Mais, au Maroc, ce qui fait rire ou sourire partout dans le monde, ne déride manifestement ni la police, ni la justice, ni la tête de l’Etat… Traité comme un crime odieux de lèse-majesté, le canular facebookien a donné lieu à une accusation de « falsification d’informations » et d’« usurpation d’identité ». Diable ! Pour faire réprimer cette terrible atteinte à l’ordre public, le Procureur de Casablanca n’y est pas allé de mainmorte : il a requis, contre le facétieux blogueur, coupable d’avoir « porté atteinte aux valeurs sacrées du royaume » (sic !) , un «châtiment exemplaire » et … l’a, de toute évidence, obtenu ! Considéré (à tort, selon sa famille) comme une sorte d’opposant politique, Fouad croupit depuis le 5 février dans une prison de Casa avec un régime extrêmement dur. Avec, en prime, le risque de perdre son emploi ! Son avocat, Maître Ali Ammard, a évidemment fait appel.

La condamnation de Fouad déshonore la justice marocaine. Elle provoque une colossale vague d’indignation (déjà six mille signatures pour une pétition de soutien : www.HelpFouad.com) et des appels à la clémence tous azimuts : Ligue marocaine des droits de l’homme, Amnesty international, Reporters sans frontières et bien d’autres … La société Maroco Telecom, filiale du groupe français Vivendi, est, elle, clouée au pilori pour avoir « donné » Fouad à la police en livrant à celle-ci l’adresse IP permettant de l’identifier et avoir ainsi aidé « les services de sécurité à traquer ses clients » (dixit le journal Libération, du 15 février 2008). Certains appellent au boycott du Maroc jusqu’à la mise en liberté de Fouad. Pour le royaume marocain, pourtant fort soucieux de son image de marque à l’étranger, cette condamnation fait tache…

Des manifestations sont prévues à Rabat ainsi que devant les ambassades du Maroc de toutes les grandes capitales, notamment à Bruxelles, ce samedi 1er mars à 14 heures.

28/02/2008

Jean-Marie Dermagne est Avocat, ancien Bâtonnier, responsable régional de la Ligue des droits de l'homme et Dir. Serv. de recherche en Droit de l'enseignement ( u.c.l.)