Lettre à Obama: fermez cette école d’assassins!

Lettre ouverte du Docteur Martin Almada, prix Nobel  alternatif de la Paix, membre du comité exécutif de l’Association Américaine des juristesAsuncion, 9 mars 2009 
Son ExcellenceMonsieur le Président des Etats-Unis d’AmériqueBarack ObamaMAISON BLANCHE, WASHINGTON
Le 26 janvier 2009, un juge fédéral de Georgie (USA) a déclaré « coupables » les « SOA 6 » d’entrée illégale durant leur manifestation contre l’Ecole des Amériques (School of the America, SOA) dans la base militaire de Fort Benning. Les six faisaient partie des milliers qui se sont retrouvés le 22 et 23 novembre 2008 devant les grilles de Fort Benning, Georgie, pour exiger la fermeture de l’Ecole des Amériques.
Les six ont mené une action de désobéissance civile en entrant sur le terrain de Fort Benning à la tête d’une marche. Le juge a condamné à deux mois de prison le prêtre portoricain Luis Barrios, Kristin Holm, sœur Diane Pinchot, OSU, Al Simmons et Theresa Cusimano pour avoir mené la contestation contre l’Ecole des Amériques sur la propriété de la base militaire de Fort Benning, Georgie. Il a condamné un sixième accusé, Louis Wolf, à six mois d’arrêt domiciliaire. Nous avons reçu les six officiellement à Asuncion dans le courant de la dernière semaine d’octobre et nous avons signé notre appui à leur cause. Nous sommes maintenant amis.
De la même façon que Guantanamo, la SOA est impliquée dans la torture et les crimes contre l’humanité. Alors que dans le cas de Guantanamo ces crimes ont eu lieu dans le camp, l’Ecole des Amériques a été une institution « d’entraînement » pendant plus de 25 ans.Je me souviens que le 26 novembre 1974, à Asuncion, Paraguay, j’ai été brutalement torturé par les Attachés militaires d’Argentine, du Brésil, de Bolivie, du Chili, d’Uruguay et bien sûr les militaires et policiers paraguayens pour avoir défendu une thèse de doctorat à l’Université de La Plata, Argentine, « Paraguay : Education et Dépendance ». Cette thèse était inspirée de l’éducation libératrice du grand éducateur brésilien Paulo Freire, considérée comme subversive à cette époque-là.Je veux souligner que je n’ai donné aucun cours qui justifie que je sois torturé alors que mes bourreaux ont suivi leurs cours à l’Ecole des Amériques dans la Zone du Canal de Panama. Durant un mois de présence dans la salle de torture, j’ai vu que plus de 1200 personnes ont été torturées pour le seul fait de penser différemment du gouvernement paraguayen du général Alfredo Stroessner, qui néanmoins fut qualifié comme Champion de l’anticommunisme en Amérique Latine par Richard Nixon, alors Vice président des USA ; en conséquence, les Etats-Unis ont une coresponsabilité légale à un niveau national et international dans les crimes commis au Paraguay de 1954 à 1989. Il n’y a pas de prescription pour les crimes contre l’humanité.Le 22 novembre 1992, j’ai pris connaissance avec l’appui de la justice, des archives de la terreur de la Police Secrète de Stroessner, dans lesquelles j’ai trouvé l’acte de naissance de l’ Opération Condor. Ce pacte criminel entre les gouvernements militaires des années 70, en Argentine, en Bolivie, au Brésil, au Chili, au Paraguay et en Uruguay a laissé pour solde de tout compte plus de 10.000 victimes dans le sous continent sud-américain, dont plus de 50% étaient des dirigeants de la classe ouvrière, des étudiants, des professeurs, des avocats, des médecins, des religieux et religieuses, des journalistes, des défenseurs des Droits de l’Homme, des artistes, des intellectuels, la classe pensante de l’Amérique Latine.La tête pensante et l’instigateur de ces crimes fut l’ex secrétaire d’Etat Nord-américain Henry Kissinger, contre lequel j’ai lancé en 2002 une plainte pour crimes à Santiago du Chili, berceau de l’Opération Condor.
 
Pacte criminel…Après avoir pris connaissance des archives de la Police Politique Paraguayenne, nous avons reçu la visite solidaire du prêtre nord-américain Roy Bourgeois, de l’ordre de Maryknoll. A partir de mon expérience personnelle dans la Salle de Torture (1974/1977) entre les mains des diplômés de cette Ecole à Panama, j’ai adhéré en 1994 avec enthousiasme à sa campagne pour la fermeture de cette école d’assassins qui actuellement se trouve dans l’Etat de Géorgie. Cet organisme militaire nord-américain n’a plus aucune raison d’être puisqu’en Amérique Latine règne l’Etat de droit et il ne sert à rien de gaspiller les impôts du peuple nord-américain pour former des bourreaux latino-américains.Votre élection comme Président des Etats-Unis a ouvert dans le monde et en particulier en Amérique Latine une grande espérance que se termine aux USA la violation systématique des Droits de l’Homme.
En tant que Prix Nobel Alternatif de la Paix et Membre du Comité Exécutif de l’Association Américaine des Juristes (AAJ), je prie son Excellence Monsieur le Président :1)      De s’interposer pour que cesse la persécution politique des valeureux citoyens nord-américains qui luttent pour la fermeture de l’Ecole des Amériques, lieu de formation de bourreaux qui appuient des gouvernements autoritaires. Par votre intermédiaire, ma solidarité va au 6 nord-américains qui, en nageant à contre-courant, atteignent la justice universelle. 
2)      De faire fermer l’Ecole des Amériques et de la faire transformer en une UNIVERSITE POPULAIRE DES DROITS DE L’HOMME ET DE L’ECOLOGIE. Ce dernier sujet nous préoccupe également en raison de la contamination croissante du milieu et du réchauffement global.
Veuillez agréer l’expression de ma plus haute et plus distinguée considération.
 
Traduit de l’espagnol par Jean-Louis Seillier pour Investig’Action