Les mensonges du marché

Suite à la crise des bourses mondiales, nous pouvons nous faire une idée de l'extrême perplexité des idéologues du néolibéralisme, des partisans de l'Etat minimum, des vendeurs des illusions du marché.

17 octobre 2008

La chute du mur de Berlin, en 1989, et l'éclatement de l'Union Soviétique avaient provoqué l'euphorie des capitalistes. Reagan et Thatcher, désormais débarrassés du contre-exemple socialiste, en profitèrent pour radicaliser les « valeurs » du capitalisme, spécialement les vertus du marché, lequel allait tout résoudre.

Pour rendre le travail plus facile, ils commencèrent par dénigrer l'Etat, déclaré le plus mauvais des gestionnaires, et par diffamer la politique dépeinte comme la sphère de la corruption.

Bien entendu, il y avait et il y a encore des problèmes dans ces instances-là, mais nous ne pouvons pas nous désintéresser de l'Etat ni de la politique si nous ne voulons pas retourner à la barbarie intégrale.

On devait leur substituer, disait-on, les agencements mis sur pied au sein des organismes nés à Bretton Woods et les grands conglomérats multilatéraux.

Chez nous, au Brésil, on couvrait de ridicule quiconque osait parler de projet national. Désormais, avec la globalisation, répétait-on, ce qui se renforçait c'était le projet-monde et le Brésil devait s'y insérer, quand bien même ce ne serait que pour y occuper une position de second rang. L'Etat devait être réduit au strict minimum et il fallait laisser le champ libre au marché pour qu'il fît ses affaires.

Nous qui, comme tant d'autres, sommes engagés dans le combat pour la défense des Droits de l'Homme, spécialement des plus vulnérables, très vite nous avons compris que le principal violeur de ces droits, désormais, c'était l'Etat lui-même, l'Etat marchand et néolibéral car, en effet, ces droits cessaient d'être inaliénables et devenaient de simples besoins humains dont la satisfaction devait être recherchée dans le marché. Et seuls ceux qui peuvent payer et consommer ont des droits. Ce n'est plus l'Etat qui va garantir les minima vitaux. Et comme la grande majorité de la population ne participe pas au marché, ses droits ont été ignorés.

Nous pouvons et nous devons discuter le statut de l'Etat-Nation. Dans la nouvelle phase planétaire que connaît l'humanité, les limites des Etats apparaissent avec de plus en plus d'évidence et grandit l'urgente nécessité d'un centre mondial de régulation politique qui aurait pour mission la gestion des demandes collectives de l'humanité en nourriture, eau, santé, logement, sécurité. Mais en attendant que soit instauré un tel organisme, c'est à l'Etat qu'il revient de gérer le bien commun, d'imposer des limites à la voracité des multinationales et de proposer un projet national.

La crise économique présente nous révèle la fausseté des thèses néolibérales et la nocivité du combat contre l'Etat.

Effrayé, un journal patronal a imprimé, en énormes caractères : « Le marché se conduit de manière irrationnelle » comme si le marché s'était jamais conduit de manière rationnelle, ce marché qui exclut les deux tiers de l'humanité.

Une célèbre analyste des sujets économiques, véritable adoratrice du marché et de l'Etat minimum, a écrit, pleine de suffisance : «Les responsables états-uniens se sont trompés en matière de régulation et de fiscalisation, ils se sont trompés dans l'appréciation des dimensions de la crise, ils se sont trompés quant à la dose de la potion à administrer et ils se trompent encore lorsqu'ils ont un comportement contradictoire et hésitant ». Et j'ajoute, moi, qu'ils se sont encore trompés en ne l'appelant pas, elle, la pythonisse qui vous aurait deviné, les doigts dans le nez, la bonne solution à la crise actuelle des bourses.

La leçon est claire : si on avait laissé faire le marché et la voracité du système financier spéculatif, la crise se serait transformée en une tragédie aux dimensions planétaires et aurait mis en grave danger tout le système économique mondial. Logiquement, les victimes seraient les éternelles victimes : ceux qu'on appelle les « zéros économiques », les pauvres, les laissés-pour-compte. C'est l'Etat vilipendé qui a dû intervenir avec presque deux milliards de dollars pour éviter, à la dernière minute, le pire.

Ce sont là des faits qui nous invitent à procéder à des révisions profondes ou, pour le moins, et pour ce qui est de certains, à être moins arrogants.

Traduction: Manuel Colinas pour Investigaction