Les descendants des « Indigènes » sont à Cachan et parmi les déboutés de Sarkozy !

La force de ce film, avant même sa sortie, est d’avoir participé à la reconnaissance publique, par delà les cercles d’historiens, de l’engagement des tirailleurs maghrébins et d’Afrique noire contre la barbarie nazie. Ce sont en effet environ 233 000 militaires arabo-berbères qui furent engagés en France ; les Africains, Antillais et Malgaches auraient fourni quant à eux quelque 113 000 hommes aux régiments coloniaux. Et pourtant les inégalités de traitement, de statut, pendant la guerre comme après la victoire, entre Français et « indigènes » furent le prolongement d’une incapacité à reconnaître l’autre, celui que l’on a colonisé, comme un égal.

par RESF94 http://marseille.naros.info/article.php3?id_article=966

Certains nous disent qu’il ne sert à rien de culpabiliser la France de son passé colonial, au point même de vouloir faire reconnaître « le rôle positif » de la colonisation dans un article de loi. Le passé c’est le passé, vaut mieux oublier pour ne pas exciter l’esprit de vengeance, n’est-ce pas ? Mais c’est confondre la science historique et l’idéologie, croire que le tabou cicatrise les plaies et surtout ne pas voir que le passé revient dans le présent pour s’y reproduire tant qu’il n’est pas reconnu.

« Chair à canon » hier, « chair à patrons » aujourd’hui.

Aujourd’hui, une famille algérienne vient de recevoir une invitation à quitter le territoire comme réponse au dossier envoyé dans le cadre de la circulaire Sarkozy : lui est père de trois enfants nés en France, scolarisés depuis plusieurs années ; son propre père est français, décoré pour son engagement pendant la seconde guerre ; son frère est français également. Mais lui, fils de tirailleur, après avoir vécu en France, choisi la France, élevé ses enfants en France, devrait la quitter au motif que « il ne fait pas suffisamment la preuve de son intégration » !

Que vont devenir les 80 % de refusés de la circulaire Sarkozy ? Monsieur Propre veut-il faire le grand nettoyage et atteindre son objectif affiché de 25 000 expulsions dans l’année ? Non : Monsieur Propre sait très bien que ces familles ne seront pas toutes expulsées et qu’elles n’accepteront pas l’aide au retour pour la grande majorité. Mais peu importe le prix à payer pour sa stratégie marketing de campagne présidentielle. Et tant mieux si au passage, le travail illégal y gagne. Ces hommes et ces femmes deviendront alors de la chair à patrons ; délocalisation sur place qui permet alors d’aggraver les conditions de travail pour nous tous, en jouant sur la concurrence entre les pauvres et les salariés dans leur ensemble. CNE et la nouvelle loi sur l’immigration : même logique. Contrairement à la démagogie de Sarkozy, il faut rappeler que tout le monde ne vient pas en France, l’immigration est stable depuis 1975 selon le dernier rapport de l’INSEE et sur les quelque 120 millions de migrants dans le monde, la grande majorité, près des deux tiers, n’immigrent pas vers le nord.

Quelle est la barbarie d’aujourd’hui ?

Un père qui a servi de chair à canon, un fils qui n’a d’autre issue que de servir de chair à patrons, ses enfants qui viennent à l’école la peur au ventre. A Nevers et à Soissons, les forces de police viennent interpeller à 6 heures du mat et chez elles les familles déboutées. Des écoles transformées en piège à sans papiers : à Cachan, le 18 septembre, un père de famille, résident du gymnase, arrêté en allant chercher son fils. Cachan où des centaines de familles sont parquées, ne pouvant mettre le nez dehors sans risquer d’être arrêtées, Cachan où Sarkozy et son exécutant maintiennent, par leur refus d’une vraie solution, des hommes, des femmes et des enfants dans des conditions barbares. Chasse à l’enfant ; chasse à l’homme ; école piège à sans papiers. La barbarie frappe à nos portes, et certains veulent lui ouvrir la porte.

Quel avenir voulons nous ?

Ne soyons pas dupes, ne nous laissons pas diviser et mobilisons nous ensemble pour que chacun d’entre nous ait le même droit au logement, aux papiers, et à l’école. Les solutions existent, encore faut-il poser les bons problèmes.