Le véritable risque que pose Gaza : la démocratie

Nul ne devrait être surpris par le traînage de pieds (au mieux) ou la collusion des Arabes avec les Israéliens (au pire) dans le maintien du siège.

L’Egypte est le coupable le plus flagrant bien sûr, car elle pourrait facilement ouvrir le passage de Rafah, à volonté ou de façon permanente, pour laisser entrer les ravitaillements désespérément nécessaires et sortir les civils qui ont besoin de soins. Le silence assourdissant – et mortel – de l’Arabie saoudite, de la Jordanie et des Etats du Golfe n’est pas inattendu. En juillet 2006, lors de l’invasion et de la destruction du Liban par exemple, les dirigeants de tous ces pays avaient donné leur accord tacite à l’assaut israélien, dans l’espoir que le Hezbollah serait finalement anéanti.

Extrait de l’article Le silence mortel des Arabes

Sources :Counterpunch ” All Quiet on the Gazan Shore” http://www.counterpunch.org/amiri12192008.html

Publié sur Info Palestine http://www.info-palestine.net/

Mais en quoi le Hezbollah et le Hamas les menacent-ils ?

On voit ces deux organisations différemment au Moyen-Orient qu’en Europe occidentale ou aux Etats-Unis. Alors que l’Europe et les USA s’interrogent strictement sur la façon dont elles pourraient mettre Israël en péril, les dirigeants arabes, eux, se demandent quelles ramifications les élections démocratiques qu’elles exigent, ou qu’elles ont obtenues, peuvent avoir sur leur propre emprise sur le pouvoir.

D’où, les monarques et dictateurs non élus, tels que Mubarak et les rois Abdullah, considèrent les partis comme le Hamas et le Hezbollah comme une abomination car ils se sont servis de la force du scrutin comme marque de leur légitimité. C’est quelque chose que les dirigeants arabes n’ont jamais possédée, ou alors, par rien de plus qu’une parodie d’élections. Pour cette unique raison, le siège israélien de Gaza est toléré et non remis en cause par les dictateurs, rois, princes et émirs de la région, soutenus par les USA. La population de Gaza tout entière paie cher son expérience dans la démocratie, où elle a élu le Hamas en 2006, et elle va continuer de la payer encore un certain temps.

La grande majorité des militants pour les droits humains, des avocats et des gens de conscience condamnent à juste titre Israël pour son blocus cruel. Mais ce qu’ils ont complètement oublié de dénoncer, c’est l’acquiescement des pays arabes et musulmans à ce blocus.

Le secrétaire général du Hezbollah, Sayyid Hasan Nasrallah, dans un récent discours télévisé, a appelé à des manifestations, sans en définir la forme, jusqu’à ce que le siège soit levé. Il s’est aussi directement adressé aux chefs d’Etats arabes :

« Où sont vos sensibilités arabes ? Quand un million et demi d’Arabes, dans la bande de Gaza, vivent sous un siège, avec la faim et sous la menace ? Mes sensibilités humanitaires, religieuses, islamiques et arabes m’appellent à prendre part à l’action et à manifester contre ce siège. »

Quand le siège de Gaza se finira – et il finira, mais après qu’un prix terrible ait été exigé – et que les citoyens de GAza des prochaines années et générations demanderont pourquoi il a été autorisé aussi longtemps, ils désigneront l’est, l’ouest et le sud, et ils diront :

« Nous avons rencontré l’ennemi. Et c’était nous. »

Rannie Amiri est journaliste indépendant, écrivant sur le monde arabe et islamique. Il peut être contacté à l’adresse : [email protected]