Le parti de Bush divisé sur l'immigration

Lundi (27 mars) à Washington, la Commission Justice, du Sénat, a approuvé par 12 voix contre 6 un projet de loi facilitant la légalisation de 11 millions de clandestins Mais ceci n’est qu’un prémisse de l’affrontement qui va dominer la scène de cette année préélectorale (en novembre, on renouvelle la Chambre et un tiers du Sénat). Ce n’est pas un hasard si, en commission, quatre républicains sur 10, seulement, ont voté favorablement (les 6 autres ont voté contre).

Ce texte va en effet à l’encontre de celui qui a été approuvé en décembre à la Chambre par les députés de l’extrême droite républicaine, texte qui, au contraire, était persécuteur à l’égard des clandestins, au point de condamner comme délit même le fait de leur prêter assistance médicalement. Le conflit interne entre les deux âmes du parti républicain est ainsi apparu clairement.

D’un côté, le grand et le petit patronat (dont le président Georges W. Bush se fait le porte parole) qui souhaite toujours plus d’immigrés, clandestins ou pas, pour garder à moindre coût le prix du travail. C’est la présidence Reagan qui ouvrit les digues de la grande vague migratoire qui se déverse sur les Etats-Unis depuis 25 ans : depuis lors, plus de 30 millions d’étrangers sont entrés, et même la rhétorique xénophobe de l’après 11 septembre n’est pas arrivée à endiguer le flux des clandestins. Des pans entiers de l’économie Us, de l’agriculture californienne à tout le secteur tertiaire des emplois non qualifiés, reposent sur le travail de ces immigrés, comme l’a mis en évidence le scandale du colosse de la grande distribution Wal Mart, qui utilisait des clandestins pour le ménage dans ses grandes surfaces.

Et l’autre côté les phalanges de la droite fondamentaliste chrétienne, dont la rhétorique calque celle de nos léghistes (partisans de la Ligue du nord, de Bossi, ndt), surtout dans les états politiquement décisifs de la frontière méridionale (Texas, Arizona, Nouveau Mexique, Californie). La xénophobie anti-immigrés fait partie depuis toujours de l’arsenal idéologique de la droite, mais elle était restée en sourdine jusqu’à présent aux Usa, un peu du fait de l’hégémonie exercée par le grand patronat sur l’opinion publique, et un peu à cause de la rhétorique des Usa « nation d’immigrés ».

Mais depuis au moins 12 ans, c’est-à-dire depuis ce qu’on appelle la « révolution républicaine » de Newt Gingrich, toute la politique s’est exaspérée : elle est devenue plus féroce, et d’autant plus sous la présidence Bush, à cause, aussi, de la « guerre contre la terreur » qui couvre toute scélératesse en politique extérieure et intérieure. Le nouveau climat a porté la xénophobie au grand jour et a donné libre cours à un conflit jusque là retenu. La position de l’Eglise est significative : les fondamentalistes catholiques et protestants sont d’accord sur des thèmes comme avortement et « lutte pour la vie » (Terry Schiavo) : d’où le vote catholique pour Bush en 2000 et 2004. Mais cette syntonie ne vient pas à bout de leur haine séculaire, attisée par la campagne de matrice protestante sur la pédophilie des prêtres, comme si c’était l'apanage des papistes, alors qu’elle implique toutes les dénominations, et elle est rallumée par le thème de l’immigration : ces jours ci, c’est l’église catholique qui a contribué à organiser les énormes manifestations de solidarité avec les clandestins (500.000 à Los Angeles, 300.000 à Chicago, des dizaines de milliers dans des villes plus petites comme Denver).

C’est, en grand, ce qui arrive en petit en Italie, où la papauté et la droite flirtent contre l’avortement et le Pacs, mais se divisent sur l’immigration. La seule différence entre Italie et Etats-Unis c’est qu’ici nous n’avons jamais vu une manifestation de masse en faveur des clandestins et qu’aucun sénateur de centre-droit n’a jamais voté pour légaliser (en tenant compte des proportions) un million d’immigrés indocumentados (sans papiers, ndt).

Editorial de mercredi 29 mars 2006 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/29-Marzo-2006/art53.html

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio