« Le mouvement pour la paix continuera, quel que soit le président en place »

Aujourd’hui, c’est le 67e anniversaire du « jour qui vivra à jamais dans l’infamie ». Il est plus que probable que, si vous viviez déjà il y a 67 ans, vous étiez alors une personne très jeune encore. Je connais quelques personnes qui se rappellent toujours l’attaque par les Japonais de la base navale américaine de Pearl Harbor, à Hawaii, mais je me souviens aussi des histoires que mes parents me racontaient à propos de ce fameux jour.
7 décembre 2008

Ma maman était assise à la table de la cuisine et elle mangeait des biscuits lorsqu’elle apprit la nouvelle à la radio. Elle avait dix ans. Mon papa vivait dans l’Oklahoma, mais ma maman vivait à Hawthorne, en Californie, de sorte que sa famille était terrifiée à l’idée que la Californie allait bientôt être frappée. Je puis imaginer que, dans les années à venir, mes enfants raconteront à leurs enfants ce qu’ils faisaient lorsqu’ils avaient appris, le 11 septembre 2001, que les Tours jumelles et le Pentagone avaient été les cibles d’attentats.

Une guerre terrible faisait déjà rage, le 7 décembre 1941, mais ce fut le jour symbolique de l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. L’événement amena le Congrès à déclarer officiellement la guerre au Japon, quatre jours après l’attaque. Même si les États-Unis ont été impliqués dans de nombreuses guerres, actions de police et autres conflits larvés depuis, ce fut la dernière fois qu’ils déclaraient la guerre constitutionnellement. Ce n’est pas cela qui rendra la violence légitime, mais ils avaient agi conformément au « manuel ». Des millions de personnes ont perdu la vie, au cours de la Seconde Guerre mondiale et les États-Unis ont lâché des armes de destruction massive sur des civils innocents.

À l’issue de cette guerre, les États-Unis et l’URSS ont émergé en tant que « superpuissances ». Il s’est avéré que les pouvoirs « suprêmes » des États-Unis consistent en une intimidation par la violence et un militarisme grossier. L’empire soviétique s’est déjà écroulé sous le poids de sa machine militaire et on dirait que les Etats-Unis ne vont pas tarder à le suivre, surtout sous le président élu Obama qui, de façon insensée, veut s’enfoncer davantage encore dans l’erreur de l’Afghanistan. Quelqu’un lui dira-t-il, bon sang, que l’Afghanistan a été le cimetière de plusieurs empires ? Ou, plutôt, non, qu’on ne le lui dise pas : il est grand temps que l’empire américain s’écroule, lui aussi !

Si les États-Unis avaient un mouvement national pour la paix, Obama ne serait pas notre président élu, à l’heure qu’il est. Dennis Kucinich (démocrate de l’Ohio) aurait été désigné candidat pour les démocrates et Ron Paul (républicain du Texas) pour le GOP (1), et Cynthia McKinney (écolo) et Ralph Nader (indépendant) auraient pu participer aux débats. Ce que nous avons, ici, aux États-Unis, c’est un mouvement contre la guerre qui se montre sélectif dans son opposition à la guerre. Il semble que pour bon nombre d’organisations nationales, les guerres des démocrates soient correctes, alors que les guerres des républicains ne le sont pas. C’est pourquoi nous avons besoin d’un mouvement qui soit intègre et doté d’une réelle vision, qui ne penche pas pour les démocrates, mais qui soit là pour claironner le fait que TOUTE violence est mauvaise et que résoudre les problèmes par la violence ou par la menace de violence est un crime contre l’humanité, toujours susceptible d’être poursuivi en justice, et qu’importe que ce soit George Bush ou Barack Obama qui profère ces menaces ou promet une escalade de la violence. Le recours à la violence est intrinsèquement mauvais de la part d’un individu et il l’est des millions de fois plus encore lorsqu’il émane d’un État.

Au début de l’année, lors du cinquième anniversaire de l’invasion de l’Irak, j’ai lancé un appel en faveur d’une mobilisation de masse à Washington DC, mais les dirigeants de quelques organisations nationales n’ont pas voulu « mettre les démocrates dans l’embarras ». Que va-t-il se passer, maintenant que nous allons avoir un démocrate comme président en 2009, pour le sixième anniversaire de l’invasion ? Obama est un président qui, manifestement, n’est pas un « président de la paix » (est-ce que cela existe, seulement ?), ni même « hostile à la guerre ». Il n’a jamais promis un retrait immédiat et complet de l’Irak, mais il a promis, par contre, une escalade de la violence en Afghanistan. Telles étaient effectivement ses promesses de campagne, mes bonnes gens ! Obama a trahi la base qui l’a fait élire en exploitant cette mauvaise perception de son image pour gagner et désigner ensuite pour son cabinet des personnes qui font se pâmer de joie les faucons néo-conservateurs.

Ce minuscule Mouvement pour la paix qui est le nôtre aux États-Unis a toujours dit que les invasions et occupations américaines de l’Irak ET de l’Afghanistan étaient illégales et immorales et que nos troupes devaient être rapatriées tout de suite, que l’Empire américain devait être ramené à une taille qui permettrait de le noyer dans une simple baignoire. Le mouvement « contre la guerre » a toujours pris grand soin de faire une distinction entre l’Irak (injuste) et l’Afghanistan (justifié), distinction qui, pour moi, a toujours été un échec et un mauvais raisonnement qui, tôt ou tard, finirait par nuire à l’intégrité du mouvement même.

Vous connaissez le Mouvement américain pour la paix. Vous l’avez vu à l’œuvre. Pour rallier les manifestations, ses membres prennent leurs motos ou les transports publics, ou conduisent d’anciens véhicules qui tiennent ensemble grâce aux autocollants qu’ils ont sur les pare-chocs. Ce sont ceux qui se tiennent à la sortie des prisons avec des bougies pour protester contre l’assassinat, décrété par l’État, ne serait-ce que d’un simple individu. Ce sont ceux qui s’agenouillent en face de la Maison-Blanche dans des grenouillères orange afin de protester contre la torture. Ce sont ceux qui se rassemblent par milliers chaque année pour exiger la fermeture définitive de l’École des Amériques (WINSEC). Le Mouvement pour la paix sait que la violence se perpétue d’elle-même et qu’elle engendre plus de violence encore. Le Mouvement pour la paix s’attelle à la tâche ardue consistant à affronter l’Empire et il le fait de façon pacifique, mais à juste titre véhémente.

Le mouvement hostile aux guerres républicaines est celui qui organise des marches les week-ends où rien ne risque de venir déranger le statu quo. Ces gens se tapent gentiment sur l’épaule puis retournent à leurs meetings nationaux pour planifier la façon de faire élire davantage de démocrates.

Travailler pour la paix n’a strictement rien de lucratif, mais les visages ridés des gens dont je sais qu’ils œuvrent pour la paix depuis des décennies rayonnent de la satisfaction du travail accompli et ce sont des visages qui peuvent se regarder sans honte dans un miroir.

Le mouvement hostile aux guerres républicaines va se mettre à l’arrêt, durant le mandat d’Obama, afin de « lui donner une chance ». Le Mouvement pour la paix, lui, travaille toujours et continuera toujours à travailler, quel que soit le président en place.

La paix, ce n’est pas pour les lâches. La paix requiert beaucoup de travail, de ressources et d’énergie. La plupart des gens n’ont pas la volonté ni la résistance requises par la paix.

Le Mouvement pour la paix exigera de Bush et exigera d’Obama un retrait complet et immédiat, de l’Irak et de l’Afghanistan, des forces américaines et des contractuels indépendants et il exigera également que soit mis un terme à la guerre américaine contre le terrorisme.

Nous exigeons que soit mis un terme à toutes les tortures dans les prisons, à Guantanamo (Cuba) et partout dans le monde, et que soient relâchées les personnes détenues dans ces prisons ou, alors, qu’elles soient jugées avec la pleine protection d’une législation ordinaire (qui, naguère encore, existait aux États-Unis) et qu’on abolisse le Military Commission’s Act (Loi d’instauration d’une commission militaire).

Nous exigeons que les États-Unis procèdent à une approche plus équilibrée de l’occupation et de l’oppression par Israël du peuple palestinien et qu’ils s’emploient en compagnie de la communauté internationale à alléger la crise humanitaire qui sévit actuellement à Gaza.

Nous exigeons l’abolition de l’USA PATRIOT ACT (Obama a voté pour son renouvellement).

Nous exigeons l’abolition du FISA Modernization Act (Obama a voté pour la suppression de nos droits d’application du 4e amendement).

Nous exigeons la fermeture des 800 et quelques bases américaines dans le monde et nous exigeons le retour de leurs troupes dans les bases militaires situées en territoire américain et nous exigeons la réduction en taille, via des départs volontaires, de notre « armée active », laquelle est de toute manière anticonstitutionnelle.

Nous exigeons la réduction de l’armée américaine à des proportions telles qu’on ne pourra plus l’utiliser que dans des buts défensifs, lors de désastres nationaux ou en cas d’urgence internationale et nous ne voulons pas qu’on la renforce à l’aide de 100.000 nouvelles recrues (une autre promesse de campagne d’Obama).

Nous exigeons que le budget du Pentagone soit considérablement réduit et que l’argent épargné de la sorte soit utilisé pour l’éducation, l’emploi et les soins de santé aux États-Unis. Si tout le monde (et pas seulement les nantis) avait facilement accès à ces droits humains fondamentaux, pourquoi deviendraient-ils dans ce cas partie intégrante de l’Empire militaire américain ?

Nous exigeons que le Posse Comitatus Act soit intégralement restauré de sorte que les troupes et armes américaines ne puissent plus être utilisées contre nous, les citoyens.

Non seulement nous exigeons toutes ces choses, mais, si vous ouvrez bien les yeux, vous nous verrez œuvrer pour ces exigences dans les rues. Travailler pour la paix fait que nous nous opposons à un système politique bipartite et corrompu qui travaille toujours pour la guerre.

Je ne puis imaginer de meilleur endroit où se trouver ni de meilleure chose à faire.

L’administration Obama va séparer définitivement « le bon grain de l’ivraie » et nous verrons qui sont ceux qui veulent réellement une véritable paix et ceux qui accepteront la violence démocratique.

Note:

(1) GOP = Great Old Party = le Parti républicain.

Traduit et adapté de l’américain par Jean Marie Flémal, pour Investig’Action.