Le lourd passé de Romano Prodi

Un lourd passé : CIA, Bilderberg, Bolkestein, OGM, Israël, réseaux OTAN, coup d'Etat anti-Chavez. Pauvre gauche!

Que vont choisir les italiens, la peste ou le choléra ?

par Leila

Europe, la trahison des élites, Raoul Marc Jennar, Fayard, 2004.

Pour mettre fin au règne de Berlusconi, la gauche antilibérale italienne a plébiscité l’ancien président de la commission européenne, Romano Prodi et a accepté de lui confier la mission de mener l’opposition aux élections législatives des 9 et 10 avril prochains.

Romano Prodi est l’un des faussaires de l’Europe sociale. Il est le plus haut responsable de la stratégie de Lisbonne adoptée en 2000 pour une durée de dix ans. Cette stratégie a accentué le caractère néolibéral de l’Union européenne et a soumis à la plus haute compétitivité et aux « lois » du marché les politiques sociales (enseignement, retraites, etc.) et environnementales.

Le leader de la gauche italienne a déposé et soutenu le projet de « directive services », dite Bolkestein, du nom du très libéral ancien commissaire européen néerlandais, qui avait élaboré ce texte.

En 2003, lorsque M. Prodi était à la tête de la Commission européenne, il a levé le moratoire sur les OGM autorisant ainsi la commercialisation et la culture des plantes transgéniques.

Il a qualifié de « très remarquable » le projet de « réforme » de l’assurance-maladie du gouvernement français, un projet qui aggrave considérablement les inégalités en matière d’accès aux soins.

Il est l’un des initiateurs du traité constitutionnel européen. Ce traité dont le but est de graver dans le marbre les politiques ultralibérales. M. Romano Prodi et autres ultralibéraux ont placé la concurrence libre au dessus du progrès social laissant la porte ouverte au dumping social et fiscal. Ils ont planifié une guerre économique permanente sans fin mettant les citoyens européens en état d’alerte continu. Ils ont voulu faire de l’Europe une jungle où le monopole de la violence (économique ou autre) n’appartient et ne peut appartenir qu’au plus fort.

En catholique convaincu, le leader de la gauche laïque pense que les religions doivent jouer un rôle important dans le développement de l’UE. Il a créé le GOPA (Group of policy advisers to the president), un organisme spécialement chargé des questions religieuses et dont la plupart des membres sont des catholiques pratiquants.

Dans une lettre adressé à La Repubblica, Romano Prodi regrette l’absence de références aux racines chrétiennes dans la nouvelle Constitution européenne, rejoignant ainsi les positions des papes Jean Paul II et Benoît XVI « La demande commune à toutes les Eglises d’une reconnaissance explicite dans le préambule de la Constitution du rôle historique du christianisme n’a pas été acceptée. Je pense que cet aspect représente vraiment un maillon manquant »… « Aujourd’hui, l’Union européenne voit à ses frontières orientales la Russie, l’Ukraine et le Bélarus et la Turquie au sud-est ; avec l’entrée de Chypre et de Malte, l’UE est en contact direct avec le Proche Orient. Avec cette nouvelle géographie, l’Europe a une nouvelle responsabilité internationale en ce qui concerne le droit, la justice, la paix, mais celle-ci ne pourra être exercée que si la question de son identité est résolue (ndlr, en reconnaissant ses racines chrétiennes »… « Les religions présentes historiquement en Europe, en particulier le christianisme (…) peuvent apporter une contribution essentielle en tant que facteurs d’intégration et de fraternité, éléments culturels qui dépassent et transcendent la signification ethnique des patries et contribuer ainsi à une nouvelle saison de l’européisme et à la vocation universelle de l’Europe » … « L’Europe nouvelle porte en elle les valeurs qui ont fécondé pendant deux millénaires un art de penser et de vivre dont le monde entier a été bénéficiaire. Le christianisme occupe un poste privilégié parmi ces valeurs » avait-il déclaré.

Le livre blanc de la commission sur la gouvernance que le chantre de l’ultralibéralisme a présenté en 2001 est « un outil idéologique pour une politique de l’Etat minimum , un Etat où, « l’administration publique a pour mission non plus de servir l’ensemble de la société, mais de fournir des biens et des services à des intérêts sectoriels et à des clients-consommateurs, au risque d’aggraver les inégalités entre les citoyens et entre les régions du pays ».

La gauche antilibérale italienne a t-elle oublié que M. Romano Prodi :

a appartenu au réseau stay-behind , un réseau mis en place par les américains après la seconde guerre mondiale pour lutter contre l’influence communiste,

a été membre du comité de direction de Groupe Bilderberg, l’architecte de la mondialisation libérale « Quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire », a déclaré David Rockefeller, fondateur de Bilderberg,

était d’accord pour livrer à la CIA des informations confidentielles sur les citoyens européens se rendant aux Etats-Unis,

s’est félicité du coup d’état militaire en 2002 contre le président Hugo Chavez, un président élu démocratiquement et dont le gouvernement a lancé toute une série de réformes sociales pour que le Venezuela devient un pays plus juste et moins inégalitaire,

s’est montré ambigu sur les décisions à prendre pour contrer l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en Autriche et a refusé de rompre les relations de la commission européenne avec ce pays,

a condamné les 59% des citoyens européens qui ont placé Israël en tête des pays menaçant la paix. Pour lui les sondages « montrent l’existence continue d’un préjugé qui doit être condamné » et « dans la mesure où cela pourrait indiquer un préjugé plus profond et plus général à l’égard du monde juif, notre dégoût est encore plus radical »,

n’a jamais manqué une occasion de promouvoir la langue anglaise et de l’imposer comme langue unique de négociation pour l’élargissement européen. A tel point qu’il fut lauréat du prix de la carpette anglaise en 2002.

Et la liste est longue…

Que pensent les citoyens de la gauche antilibérale italienne membres ou non d’un parti, d’un syndicat ou d’une association et qui comme nous se battent sans compter pour mettre en échec l’issue néolibérale que Romano Prodi et ses acolytes nous prédisent comme inéluctable.

Se sentent-ils trahis ?