Le contre-témoignage parfait



L’Institut catholique de Paris a décidé d’attribuer un doctorat honoris causa au Cardinal hondurien Rodriguez Maradiaga de Tegucigalpa et à M. Michel Camdessus, l’ancien directeur général du Fond Monétaire International de 1987 à 2000. Dans le premier cas, il s’agit d’attribuer cette distinction à un dignitaire de l’ Église qui, pour avoir appuyé le Coup d’ État au Honduras a été condamné à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies.



J’ai pu personnellement assister à cette réunion et écouter les commentaires de l’ensemble des pays sur ce grave problème. Par respect pour la démocratie dans le monde, personne ne peut accepter un Coup d’ État, à plus forte raison lorsqu’il s’accompagne de l’expulsion du président légal à seulement quelques mois des élections présidentielles.


Par ailleurs, cette action illégale, organisée par les pouvoirs économiques locaux, en particulier par le groupe de familles qui monopolisent l’économie hondurienne et par l’Armée, signifie le retour au pouvoir politique de l’oligarchie traditionnelle, de plus en plus lié au capital international et appuyé par les forces de l’ordre. Il s’agissait de freiner la transformation sociale en cours et l’alliance du pays avec les autres nations membres de l’ALBA, l’initiative d’intégration latino-américaine non pas basée sur la compétitivité mais sur la complémentarité et la solidarité. Pour faire front, les mouvements sociaux, qui représentent les victimes du système économique en place et les plus pauvres de la société hondurienne, se sont fédérés en une résistance organisée. Il s’agit de mouvements ouvriers, paysans, indigènes, féministes et celui des afrodescendants. Ce mouvement d’opposition a clairement indiqué ce qui était en jeu : s’opposer à la pérennité des privilèges et soutenir un projet, bien sûr encore modeste et imparfait, de transformation sociale.


La conférence épiscopale, à l’initiative de Cardinal Maradiaga, a appuyé le coup d’Etat. Seul un évêque s’est opposé, en prenant le parti des exclus de la société. C’est l’expression d’un pouvoir ecclésiastique allié des forces politiques conservatrices et d’exploitation économique. Nous aurions pu nous attendre à un témoignage de solidarité avec les pauvres, c’est tout le contraire qui s’est passé. Est-ce à dire que l’Institut catholique de Paris s’aligne sur ces idées? Est-ce dû à un manque d’information, difficilement acceptable pour une institution académique?


Dans le second cas, c’est M. Michel Camdessus qui se voit honoré, l’ancien directeur général du FMI. Alors même qu’il fut l’un des responsables de la crise que nous connaissons aujourd’hui, bien qu’il fût un applicateur zélé de l’orientation économique prévu par les institutions de Bretton Woods au niveau mondial et l’un des principaux artisans de cette politique, l’Institut Catholique lui remettra l’insigne de docteur Honoris Causa le 24 novembre prochain. Quand on connaît les ravages produits par les politiques du FMI, les conséquences dramatiques de la crise financière et monétaire sur l’emploi et le marasme économique, particulièrement dans certaines sociétés du Sud, on ne peut s’empêcher de remettre en cause les modes d’analyse utilisés pour cette décision. S’il existait une Cour pénale internationale pour les crimes économiques, Monsieur Michel Camdessus serait sur le « banc des accusés » pour crime contre l’humanité. Au lieu de cela, c’est lui qui représente aujourd’hui la Commission pontificale de Justice et Paix (CJP) dans les instances internationales, c’est lui qui préside les semaines sociales de France et c’est lui qui sera fait docteur Honoris Causa par l’Institut catholique de Paris.


Ces contradictions trouvent leur origine dans une lecture bien singulière de la situation mondiale. Une lecture qui se fait par le prisme de ceux dont la logique a  produit ces catastrophes sociales et non par la vision des victimes, comme la fidélité aux enseignements de Jésus Christ l’aurait exigé.

C’est pourquoi, en l’espèce, il s’agit d’un contre-témoignage parfait.



Traduit par Guillaume Beaulande pour Investig’Action