Le Pouvoir à l’épreuve des luttes internes

La nature du système politique en Algérie a de tout temps intrigué. De 1962 à nos jours, la notion de clans a habité le langage courant pour désigner un pouvoir à plusieurs chefs. Comme dans la légende du dragon à sept têtes, le système politique en Algérie repose sur le même corps conçu d’intérêts communs, mais qui s’exprime par des canaux différents qui se disputent le droit à la prépotence. L’arrivée de Bouteflika à la tête de l’Etat a posé encore avec beaucoup d’insistance cette forme de « coexistence trouble » qui caractérise les tenants du pouvoir.

 

En parlant de tenants du pouvoir, il n’est un secret pour personne qu’il faille désigner l’armée avec sa cour et ramifications civiles. Tenté, semble-t-il, de calquer l’esprit zaâmiste de Boumediène et de son super pouvoir, Bouteflika a fini par imposer ses hommes et apposer ses conditions de « gouvernance ». Chose que des présidents avant lui n’ont pas réussi à faire en se contentant de « gouverner » comme ils peuvent ou de jouer le pouvoir de façade.

Un premier, un deuxième, puis un troisième mandat, l’objet du deal et les conditions de Bouteflika trouvent leur faveur auprès du conglomérat de décideurs. Il se trouve toutefois que la « coexistence aux allures harmonieuses » n’est toutefois pas une lune de miel. En 11 ans de règne, où le pouvoir présidentiel s’agrandit et où des figures de proue du système sont écartées ou sont rappelées au ciel, tout semblait plaider pour un déséquilibre en faveur du « cercle présidentiel ».

Chakib Khelil, le puissant ministre de l’Energie et très proche allié du président, ose même évoquer dans une déclaration officielle l’expression « clan présidentiel ». Une évocation qui d’une part dit tout haut ce que tout le monde évoque tout bas, mais qui d’une autre part pose de manière directe l’existence d’une séparation donc d’un clash entre les fameux clans. Il y a donc sur un plan sémantique un retour à une dicéphalie du pouvoir, qui traduit incontestablement un déséquilibre d’intérêts et donc de poids.

 

L’État adopte deux voix

Il reste à savoir à l’avantage de qui. Un feuilleton de scandales occupe l’actualité, une mollesse dans le traitement des relations extérieures et un recroquevillement sur l’interne, retour au patriotisme économique en totale contradiction avec le libéralisme sauvage du premier et deuxième mandat, pour ne citer que ces signes de contractions annonciatrices d’un malaise en haut lieu. L’ambiguïté dans le langage officiel ajoute son poids à l’intrigue.

Le duel n’est pas seulement dans les actes mais aussi dans la parole. Zerhouni est contredit par Ould Kablia sur l’assassinat du numéro un de la police, Missoum Sbih contredit par Rezzag Bara sur la crise entre l’Algérie et la France, pour ne citer que ces deux sorties médiatiques de la semaine. On n’en est pas aux premières contradictions et chicanes entre « voix » du pouvoir.

Il semble même que l’Etat ait adopté deux voix ou deux tons suivant l’appartenance « clanique » de celui qui s’exprime. Est-ce donc la fin du deal qui a porté à exécution contre vents et marées le troisième mandat ? Est-ce le début de la guerre de succession ? L’avenir est porteur de réponses.

Source: elwatan