Le PCF, les USA et Cuba

[Moins que jamais le PCF doit s’appuyer sur des dossiers baclés, sur l’ignorance, sur les stéréotypes véhiculés par les maîtres du monde, des armes, des circuits financiers et de propagande, céder au tropisme médiatique. 14 décembre 2004

Réponse à Nicole Borvo

Par Maxime Vivas

Dans un communiqué, Nicole Borvo, sénatrice communiste se réjouit de la libération de « dissidents » cubains, fustige la duplicité de Cuba qui se sert du prétexte du blocus pour refuser « liberté, justice et débat démocratique. » Elle souhaite que tous les prisonniers soient rapidement libérés. Par distraction ou manque de place, elle n’exige pas des USA qu’ils cessent d’essayer d’organiser dans l’île une cinquième colonne stipendiée, néo-libérale et à leurs ordres.

Je lui ai fait un petit mot pour l’éclairer.

Madame Borvo,

(En d’autre temps et dans d’autres circonstances, j’aurai commencé ce billet par « camarade », mais là, vraiment, je ne peux pas ).

Votre déclaration sur Cuba n’égratigne guère le belliqueux géant qui veut sa peau, et qui l’aura sans doute, quand l’opinion mondiale, convaincue par des propos semblables aux vôtres, sera prête à accepter l’invasion de l’île.

Le désir du PCF d’affirmer son amour de la démocratie est louable. Qu’il le fasse à chaque occasion en tabassant, en si mauvaise compagnie, un minuscule pays aussi menacé est indigne.

Votre ignorance de la réalité cubaine est insupportable.

Vous affirmez que des « dissidents », des « opposants » sont emprisonnés. Est-ce parce que vous le savez ou parce que vous l’avez lu quelque part ? Soutiendrez-vous qu’il suffit à Cuba d’avoir des divergences avec le gouvernement pour être emprisonné ? Nierez-vous que ceux-dont vous parlez étaient payés par le chargé d’affaire US à La Havane pour leur travail destiné à préparer la chute de Cuba dans l’escarcelle US ?

Vous invoquez (rapidement) le blocus-prétexte, mais avez-vous lu le plan de 450 pages rédigé cette année par l’Administration US et où sont déroulées, dans les moindres détails, les modalités de gestion de l’île néo-libéralisée sous protectorat US ? Si oui, qu’avez-vous dit publiquement ? Si non, de quoi parlez-vous ?

Les USA on inscrit Cuba dans leur liste des « pays ennemis, pays terroriste, pays cible. » Dans ces conditions, comment appelleriez-vous, si vous étiez cubaine, vos compatriotes qui les renseignent moyennant finance et qui s’organisent sous la généreuse égide du chargé d’Affaires US à la Havane ?

Quand le conditionnement mondial des esprits aura atteint le bon niveau pour une intervention de l’US Army, quand Cuba connaîtra le sort de l’Afghanistan et de l’Irak, viendrez-vous déplorer les massacres des civils, les destructions, les abus, les tortures, les exécutions sommaires, la famine, les épidémies et le sort des enfants ?

Vous invoquez les beaux mots de justice, liberté, démocratie. Dans quel pays « libéré » par les USA les avez-vous vus éclore autrement que dans les discours ? Au Koweït ? Non. Où ?

Combien de petits pays pauvres d’Amérique latine pourriez-vous citer dont sont absents l’injustice, l’oppression, la dictature qui découlent de la misère, de l’analphabétisme, de la malnutrition, du pillage des richesses par une oligarchie vassalisée par l’Oncle Sam ?

Quelle action avez-vous entreprise ou comptez-vous entreprendre pour que, non seulement les USA se plient aux votes de l’ONU sur le blocus, mais pour obtenir d’eux et de la communauté internationale la garantie que Cuba ne sera pas attaquée par la plus formidable puissance que la terre ait jamais connue ?

Réussissez ça et j’exigerai avec vous une décrispation de la vie politique cubaine. Et, même si le taux d’incarcération à Cuba est plus bas que celui des USA (je vous l’apprends, il me semble), je dirai alors avec vous qu’il est encore trop haut. Voyez, je n’idéalise pas.

Mais, dans l’hypothèse où vous continuerez à hurler avec les loups, comptez sur moi pour ne plus jamais mettre un bulletin communiste dans l’urne et pour encourager mon entourage à m’imiter.

Bien entendu, cette lettre n’est pas plus privée que votre déclaration qui l’a suscitée.

Maxime Vivas , écrivain, altermondialiste, coauteur (bénévole) du recueil : « 36 nouvelles noires pour l’Humanité » pour le centenaire du journal. 11 décembre 2004.