Le Monde, la Serbie et l'UE

Dans un article publié dans son édition du 28 février et rédigé par Christophe Châtelot, Le Monde s'inquiètait récemment du climat d'intimidation politique en Serbie qui « rappelle les années sombres du régime de Slobodan Milosevic ».

Le correspondant du Monde citait notamment les propos particulièrement virulents du « populiste » Velimir Ilic, « proche du premier ministre nationaliste Vojislav Kostunica » à l'encontre de la militante des droits de l'homme Natasa Kandic, réclamant l'arrestation de cette « ordure qui gêne la Serbie depuis des années ». Rappelons que Natasa Kandic a assisté avec enthousiasme à Pristina à la proclamation d'indépendance du Kosovo.

L'ironie de l'histoire (que Le Monde se garde naturellement bien de rappeler) est que ce même Velimir Ilic fut un acteur majeur de la soi-disant « révolution démocratique » du 5 octobre 2000 qui « libéra » la Serbie de la prétendue « dictature » de Slobodan Milosevic.

Venu spécialement ce jour là de la ville de Kacak dont il était le maire à la tête d'une solide équipe de nervis, après avoir enfoncé les derniers barrages de police à coup de bulldozer, Ilic harangua la foule rassemblée devant le parlement, appelant à chasser les « communistes » avant d'en donner l'assaut et d'y mettre le feu. Grâce au désormais célèbre bulldozer : cf. http://www.usatoday.com/news/world/2007-10-02-2004428204_x.htm), la bande de voyous d'Ilic s'empara dans la foulée de l'immeuble de la RTS dont le directeur fut roué de coups sous l'oeil des caméras, sans que personne ne s'offusque du sort réservé au malheureux journaliste, estimant que ce « propagandiste » l'avait bien mérité (vae victis). Au soir de cette mémorable journée, grâce à l'action énergique d'Ilic, les présentateurs de la RTS étaient miraculeusement devenus d'excellents « démocrates » …

A noter que cet article du Monde qualifie de « radicales » les positions condamnant la proclamation « illégale » d'indépendance du Kosovo, alors qu'il s'agit en réalité non seulement de la position officielle du gouvernement serbe, mais même de celle du président « démocrate pro-européen » récemment réélu, Boris Tadic !

Tout cela laisse penser que, contrairement aux faux espoirs entretenus par certains éminents collaborateurs du Monde/Monde diplomatique qui voient dans une intégration européenne accélérée l'unique planche de salut pour la Serbie, et en dépit des efforts ô combien méritoires de ce pays pour « réformer » son économie (dans le sens libéral voulu par Bruxelles) et pour livrer ses anciens dirigeants au TPIY de La Haye, la Serbie n'est pas prête de se voir ouvrir les portes de l'Union européenne. Les dirigeants de l'UE auraient d'ailleurs voulu pousser la Serbie dans les bras de « l'autre Europe » (c'est à dire de la Russie) qu'ils ne s'y seraient pas pris autrement. D'où leur étonnement (comique) de voir un pays qu'ils ont bombardé pendant des semaines et insulté pendant des années se détourner d'eux vers une puissance amicale et respectueuse du droit international.

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