Le Hamas va juger les excès commis à Gaza

A Gaza, le Hamas prépare des « tribunaux militaires » mais pas pour juger ses adversaires du Fatah et les officiers des services de sécurité « arrêtés » la semaine dernière –ils ont presque tous été « graciés » ces jours derniers – mais pour juger les membres des milices islamiques, la Tansifieh (Force exécutive) et les Brigades « Ezzedin al Qassan » qui se sont entachés de violences graves, abus et autres crimes, sur des agents des forces de sécurité et leur entourage.

« Ce ne seront pas des procès ouverts au public, et pas trop sévères non plus, mais dans tous les cas ils auront lieu, pour qu’il soit clair que la direction du Hamas veut être juste et n’accepte pas tout ce qui est arrivé pendant les combats de la semaine dernière, même si dans les casernes et dans les prisons (de l’ANP fidèle à Abu Mazen), on a souvent torturé et assassiné des militants islamistes», nous explique un journaliste local soutenant le Hamas.

Mais peut-être ces procès représentent-ils aussi un moyen d’évacuer le désappointement du premier ministre « démissionné » Ismaïl Haniyeh et d’autres leaders politiques à cause de la décision de l’aile militaire de faire place nette du Fatah et pas seulement du courant dirigé par Mohammed Dahlan.

Le Hamas est un mouvement qui tend à éviter l’existence interne de divergences organisées et répète que les décisions doivent être prises au sommet de façon démocratique et respectées par la minorité (c’est ce qu’on appelle dans nos organisations et partis à nous le centralisme démocratique, pourquoi ne pas le dire de cette façon ?! NDT). Et pourtant derrière cette apparence de collégialité absolue et respect mutuel, il en va autrement. La signature des accords de La Mecque et le lancement de la collaboration avec le Fatah avait créé un certain nombre de problèmes, de caractère idéologique et politique, à l’intérieur du mouvement. Deux ministres du gouvernement précédent, Mahmoud Zahar et Saïd Siyam, notoirement opposés à Abu Mazen, avaient encaissé non sans rage la décision, de Haniyeh et du leader en exil Khaled Mashaal, de se plier au veto que la présidence et le Fatah avaient posé contre leur nomination. Mais surtout, les chefs de l’aile militaire, Mohammed Deif et Ahmed Jabari, avaient soulevé le problème de la réaction « faible » de Haniyeh à la nomination à la vice présidence du Conseil de sécurité nationale, par Abu Mazen, de l’ « ennemi », Mohamed Dahlan. Divergences bien cachées sous le voile de l’unité apparente du mouvement mais qui a affaibli le contrôle de Haniyeh sur les milices.

Le Hamas savait que Dahlan et ses alliés, palestiniens et étrangers, projetaient une lourde attaque militaire sur Gaza contre le mouvement islamique, grâce aux armes et au soutien que les Etats-Unis et, plus récemment, Israël étaient prêts à fournir (ce soutien en armes et argent avaient déjà été fournis, NDT). Les sommets politiques et militaires avaient atteint cette conclusion : éliminer la menace, même par la force. Le plan devait être déclenché dans les semaines qui viennent mais l’enlèvement et l’assassinat de l’imam Mohammed al-Rasati (semble-t-il par les hommes de Dahlan), a donné le coup d’envoi de l’opération.

« Sur le terrain cependant les choses sont allées au-delà des plans établis – rapporte un dirigeant politique du Hamas qui veut garder l’anonymat- il fallait en finir avec ces dirigeants du Fatah et avec les chefs des services de sécurité qui nous menaçaient continuellement mais les commandants militaires (du Hamas) ne s’en sont pas tenus aux ordres reçus et ont saisi l’occasion de balayer jusqu’à la plus petite trace des institutions du Fatah et des services de sécurité. Le résultat, c’est qu’aux yeux des Palestiniens et du monde entier nous n’avons pas éliminé des gens corrompus mais imposé notre pouvoir absolu ».

Ceux qui ont franchi la ligne rouge sont en particulier les Brigades Ezzedin al Qassam, tandis que le commandant de la Tanfisye, Abu Obeidah al-Jarrah, serait mieux arrivé à contrôler ses hommes.

Les leaders du Hamas faisaient la fête il y a une semaine, maintenant par contre ils commencent à réfléchir sur les conséquences de l’attaque contre le Fatah. Certains ne manquent pas de souligner que la soif de victoire des commandants militaires – secondés d’ailleurs par les « dissidents » Zahar et Siyam- a mis à présent le Hamas dans une position politique et diplomatique difficile, et que la conquête de Gaza a été, en fait, une victoire à la Pyrrhus. Ça n’a pas été agréable pour le Premier ministre Haniyeh et pour son conseiller politique Ahmed Yussef, le « théoricien » du tournant politique du Hamas, d’apprendre que l’Egypte a l’intention d’arrêter tous ses relations avec le Hamas, et que le siège de la représentation diplomatique égyptienne de Gaza sera bientôt transféré à Ramallah, où siège le gouvernement palestinien d’urgence de Salam Fayad, nommé dimanche par Abu Mazen.

Mais ce qui a encore plus assombri l’humeur de Haniyeh, c’est aussi ce qu’a déclaré le Ministre des Affaires Etrangères syrien, Walid Moalem, dans une interview au journal arabe al-Hayat, en affirmant que Damas est « prête » à recommencer des négociations avec Israël.

La reprise des négociations entre Tel Aviv et Damas pourrait aboutir à une ligne syrienne de moindre soutien au Hamas et à la résistance palestinienne.

Edition de vendredi 22 juin 2007 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/22-Giugno-2007/art41.html

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio