La voie brésilienne

Pour les élites brésiliennes, il existait seulement deux horizons possibles: l’état de bien-être social européen ou le dynamisme et l’accès à la consommation des Etats-Unis. Le premier s’identifiait avec la civilisation et la stabilité. Le deuxième avec le dynamisme et la modernité.

Le gétulisme fut notre modèle de bien-être social, avec un Etat assumant des responsabilités sur le développement économique et les droits des travailleurs. Ce modèle a toujours été rejeté par les élites qui néanmoins ont bénéficié de l’expansion industrielle impulsée par les gouvernements. Ceux-ci ont toujours maintenu leur refus à Getulio (Vargas), puisqu’ils considéraient qu’il ne les représentait pas politiquement. Le modèle d’alliance de classes que Getulio a favorisé, avec l’expansion du marché intérieur et l’appui du peuple, n’a jamais été accepté, même par la bourgeoisie industrielle.
 
Le propre JK(1) –très clairement modéré dans son style de leader politique n’a jamais été apprécié par exemple par le grand entrepreneur pauliste (JK est resté en 3ème position des élections de 1955, derrière Adhemar de Barros et le candidat udéniste Juárez Távora), en plus de l’hégémonie économique qui est passé dans les mains du capitalisme étranger avec la naissance de l’industrie automobilistique.
 
Jango(2) est devenu gouverneur quand l’impulsion économique montrait des signes d’étouffement, avec une grande poussée distributive entre les travailleurs et le grand entrepreneur qui s’appropriait la scène politique traduite par une forte flambée de l'inflation. La résolution du conflit s’est produite par la voie de la violence (« la bourgeoisie préfère une fin violente à une violence sans fin », disait Marx dans son livre XVIII Brumaire). Le modèle a coupé de façon draconienne le processus de distribution des revenus avec l’expansion du marché international, en favorisant l’accumulation du capital basé sur la consommation du marché des hautes classes et sur l’exportation. L’ajustement salarial et l’intervention des syndicats ont permis une lune de miel pour le grand capital national et international, qui a gagné encore plus qu’avec la dictature.
 
L’axe de référence de l’élite s’unifiait autour d’un modèle nord-américain de libre commerce, de concurrence, de croissance avec l’exclusion sociale et la concentration des revenus, du dynamisme du capital internationalisé. Le bien-être social disparaît et le développement fut assimilé à l’expansion du grand capital internationalisé pendant que le marché intérieur de consommation populaire continuait à chuter.
La nouvelle démocratisation se heurta à la crise de 1979/80, quand l’économie a cessé de se développer – pratiquement pour la première fois depuis 1930 – et la crise de la dette a provoqué l’orientation de l’économie en fonction de l’exportation dans le but de récupérer des fonds pour payer la dette, – multipliée par la crise. Le développement et le bien-être social se sont retrouvés au deuxième plan.
 
 
La décennie néolibérale a terminé d’enterrer la croissance, avec l’objectif central de maintenir la stabilité monétaire. La démocratisation n’a pas apporté de récupération de l’expansion économique ni d’amélioration sociale pour la grande majorité de la population. Le néolibéralisme a institutionnalisé cette tendance, devant l’espoir que le contrôle de l’inflation se reflèterait dans les conditions sociales de la population. Ce s’est reflété vrai jusqu’à ce que l’impulsion soit étouffée, l’économie a souffert en même temps la plus grande récession des derniers temps et la situation sociale du peuple s’est de nouveau dégradé fortement.
 
La social-démocratie est arrivée au gouvernement au même moment que sa conversion au néolibéralisme – commençant par la France et l’Espagne, les références de base des toucans. Cela n’a pas apporté l’état de bien-être social mais plutôt le modèle le plus capitaliste que nous ayons connu.
 
Avec le gouvernement de Lula, le dépassement de la crise est arrivé au milieu d’un modèle, construit depuis peu. Il a incorporé le consensus national pour le contrôle de l’inflation mais n’a pas fait de celui-ci le centre du modèle, sinon seulement une de ses dimensions. La spécificité du nouveau modèle s’est fondée sur la récupération de la croissance économique structurellement articulée avec l’expansion du marché intérieur de la consommation populaire, ce qui a généré des politiques sociales comme étant le rôle inducteur de la croissance et la garantie des droits sociaux de la part de l’Etat. De cette façon, Le Brésil est en train de construire son propre chemin de développement historique.
 
 
NOTES
(1) JK – Juscelino Kubitschek
(2) Jango – Joao Goulart
 
 
Traduit de l'espagnol par Katya Riofrío Jaud pour Investig'Action
 
Source originale: Carta Maior
 
Source: www.investigaction.net
 
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