La visite du patron

Censé relancer les négociations israélo-palestiniennes, le président des États-Unis, George Bush, a effectué une visite de quatre jours en Israël et dans les territoires palestiniens. Un séjour en défense de la civilisation judéo-chrétienne…

publié le dimanche 20 janvier 2008

Le 9 janvier, George W. Bush a entamé une visite de quatre jours en Israël, ce qui est énorme pour un président d’une grande puissance censée gérer la planète tout entière. Puis, il s’en est allé vers les pays du Golfe arabo-persique, entre autres pour souhaiter la bonne année à ses troupes. La visite de Bush en Israël n’a en rien pu contribuer au déblocage de la situation politique au Proche-Orient. À part quelques photos, où le président américain embrasse tour à tour le Premier ministre israélien et le président de l’Autorité palestinienne, les nombreux journalistes ayant accompagné Bush n’avaient pas grand-chose à envoyer à leurs rédactions. La longue suite de visites des Lieux saints, de Bethléem à la Galilée, n’a fait que confirmer ce que tout le monde sait depuis longtemps, à savoir que le président américain est un bigot qui, pour décider de la marche à suivre, préfère écouter Dieu que ses conseillers.

Alors pourquoi cette visite ? D’abord parce qu’Israël est le seul endroit au monde où George Bush est considéré comme digne d’intérêt, voire adulé, non seulement par une classe politique des plus médiocres, mais par le peuple israélien tout entier. Où pourrait-il encore lire des éditoriaux si élogieux ? Pas même dans son Texas natal. Moins d’un an avant de laisser la place à un successeur qui pourra difficilement être pire que lui, Bush a besoin d’entendre qu’on l’aime et qu’on admire sa politique de fermeté face à l’islam. Or l’islam était au cœur de cette visite présidentielle, l’islam représenté non pas par l’Arabie Saoudite ou les Émirats du Golfe, mais par l’Iran et ses alliés. Car le dernier carré néoconservateur qui entoure le président américain n’a pas encore renoncé à ses rêves de croisades pour protéger ce qu’il n’arrête de définir, en dépit du bon sens et de l’histoire, comme « la civilisation judéo-chrétienne ».

Le fait que seize agences de renseignement américaines aient confirmé que l’Iran a cessé, depuis plus de cinq ans, son programme nucléaire n’a pas fait grande impression sur les néoconservateurs de Tel-Aviv et leurs porte-parole dans les médias israéliens. Tout au long de la visite du président Bush, ils n’ont cessé d’appeler les États-Unis à prendre des initiatives fermes, y compris militaires, contre le danger que représenterait un Iran armé de la bombe nucléaire, se portant même volontaires dans une aventure militaire dirigée par Washington, dont les conséquences risquent bien d’être catastrophiques pour la population civile israélienne.

Heureusement, le peuple israélien n’a pas encore oublié la sanglante aventure libanaise de l’été 2006, et les capacités de riposte dont le Hezbollah avait su faire preuve, transformant pendant plusieurs semaines près d’un quart de la population d’Israël en réfugiés. Ce qu’une organisation de quelques milliers de miliciens a pu faire, une puissance régionale comme l’Iran peut le faire 100 fois plus, et le peuple israélien est conscient qu’une attaque contre l’Iran, même victorieuse, peut coûter à l’État hébreu un prix qui est bien au-dessus de ses moyens.

On comprend alors les échanges de politesse qui ont caractérisé les dernières rencontres israélo-américaines : exprimant, les uns comme les autres, la nécessité d’attaquer l’Iran, ils semblaient diverger sur un point, qui est loin d’être secondaire : qui allait avoir l’honneur de faire le sale boulot ? Après s’être embourbé, il y a un an et demi, au Liban, Ehud Olmert n’est pas pressé de se porter volontaire. Mais les problèmes insurmontables de l’armée américaine en Irak font que l’administration américaine hésite, elle aussi, à prendre les devants. Il y a cependant une différence entre les deux, que rappellent avec de plus en plus d’insistance certains « néocons » américains : « On les paie suffisamment pour qu’ils fassent le boulot quand on a besoin d’eux ! » Argument qu’il ne sera pas facile de contourner…

De Jérusalem, Michel Warschawski

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