La révolte afghane fracasse le mythe de Bush

Dès le 28 mai, des milliers d’Afghans ont manifesté et protesté dans les rues de Kaboul, bombardant de pierres les Américains et les autres étrangers et risquant littéralement la mort, de ce fait. On leur tira dessus et certains furent même tués à l’issue d’un accident de voiture fatal, le 29 mai, impliquant des véhicules militaires américains. L’explosion de la furie populaire allait fracasser l’un des mythes de la Maison-Blanche

La révolte afghane fracasse le mythe américain

Publié dans Workers World, le 31 mai 06

Ce que firent l’« accident » et la révolte qui s’ensuivit, c’est proprement balayer le mythe de la stabilité politique créé de toutes pièces par Washington à propos de son gouvernement fantoche à Kaboul.

Non, la situation ne sera pas résolue en réglant les freins des camions américains. Pas plus que les nouvelles forces de l’Otan censées remplacer d’ici peu les troupes américaines n’amélioreront pas la situation. Et cette dernière ne s’en trouvera pas mieux non plus si on parvient à prouver que les militaires américains n’ont pas ouvert le feu avant qu’on ne leur ait tiré dessus – ce qui est douteux, de toute façon. Et la création de quelques petits boulots pour les jeunes Afghans sans travail ne conquerra certainement pas non plus les cœurs et les esprits de la population.

La majorité des 24 millions d’Afghans affamés haïssent l’occupation américaine et ce ne sont pas quelques miettes qui leur feront changer d’avis.

Cette histoire n’a pas débuté le 28 mai. Cela fait des décennies que l’impérialisme américain intervient en Afghanistan et, depuis toujours, aux dépens de la population locale. Oubliez la propagande de Washington qui s’acharne sur l’« intégrisme islamiste » et les seigneurs de guerre locaux. Après que ce pays eut connu une révolution, en 1978, Washington avait alimenté la réaction des chefs religieux et seigneurs de guerre à coups de milliards de dollars en argent et en armes afin qu’elle chasse un régime progressiste qui avait l’audace d’alphabétiser les femmes et de promouvoir les droits de la paysannerie. Ceci incita le gouvernement hostile à la féodalité à demander l’aide soviétique, mais cela ne fit guère le poids face à l’armée par procuration de Washington.

Après le départ des troupes soviétiques et le bain de sang des années 90 dans lequel furent noyés les vestiges de la révolution de 1978, l’Afghanistan fut dirigé par des seigneurs féodaux en proie à des rivalités permanentes. Ceux-ci furent ensuite évincés par les Taliban, soutenus par le Pakistan. Au début, Washington accueillit favorablement ce changement. Toutefois, l’invasion américaine de 2001, prétendument dirigée contre les forces d’al-Qaïda d’Oussama ben Laden, allait mettre les Taliban sur la touche pour en arriver à la situation actuelle.

Le mythe de la Maison-Blanche prétend qu’à Kaboul, un gouvernement central démocratiquement élu dirige légitimement le pays mais qu’il est confronté, dans certaines provinces éloignées, à une « révolte des Taliban » dirigée par des « terroristes » et que les troupes américaines et celles de l’Otan aident le gouvernement à contrôler et vaincre enfin ces mêmes « terroristes ».

La vérité – et c’est ce que la révolte du 28 mai a contribué à clarifier –, c’est que les seigneurs féodaux, forts d’un trafic de l’opium grandement encouragé par les États-Unis, dirigent les diverses provinces, que la « révolte des Taliban » se développe en un mouvement de résistance nationale contre l’occupation étrangère et que la plupart des Afghans considèrent les troupes américaines et celles de l’Otan comme une force d’occupation brutale et arrogante. Hamid Karzai, un ancien directeur de la société américaine d’énergie, Unocal, est censé être le président du pays tout entier mais cela fait un bout de temps qu’on ne le surnomme plus que le « maire de Kaboul ».

Le Pentagone de Rumsfeld pensait qu’avec sa tactique du « shock and awe » (ébranlement et terreur), sa version très 21e siècle de « quelques coups de semonce », il allait pouvoir diriger le monde. Il n’est même pas capable de diriger Kaboul et la date du 28 mai 2006 sera désormais considérée comme un tournant en ce sens.