La police belge attaque… préventivement

Depuis le 25 septembre, un camp No Border a été établi à Bruxelles pour une semaine. Des citoyens venus de toute l’Europe se sont installés pour signaler leur opposition à la politique européenne sur les migrations. Beaucoup sont anarchistes, beaucoup d’idées fusent. On peut être d’accord ou pas avec leurs positions. Mais depuis que je suis petite, on m’a toujours dit qu’ici en Belgique, la liberté d’expression était respectée et qu’on était dans une société de droits.

J'ai souvent eu des doutes sur cette croyance, mais cette semaine j'ai ressenti une profonde injustice et tristesse en voyant comment réagissaient les autorités face à une étiquette.

 

Je vous livre donc ici mon témoignage, j'essaie de le rendre aussi fidèle que possible même si les émotions étaient et sont encore présentes.

Le dimanche 26 septembre, j'ai participé à la manifestation en face du centre fermé 127 bis, prison des sans papiers. Nous étions là en mémoire de la mort de Semira Adamu, nigériane décédée suite à son expulsion brutale par la police belge. De la Belgique, elle n'avait connu que ce centre fermé du 127 bis, l'aéroport et l'hôpital où elle nous a quittés.

Ils nous ont foutu sur le dos les flics les plus coriaces. Ce ne sont pas tous les policiers que j'accuse, mais leurs patrons qui les encouragent à bafouer nos droits les plus importants.

Les policiers sont montés en nombre, avec nous, dans le train à la gare du Nord. Ils étaient déjà assez agressifs, mais rien de grave. Une fois arrivés à la gare de Nossegem, une centaine de policiers nous attendaient sur un quai désert. Ils nous filmaient en descendant. Ils nous ont ensuite amenés dans l'escalier ; alors que nous avancions, ils nous ont poussés avec leurs boucliers anti-émeutes. J'étais tout derrière et ils m'ont coincée contre une boîte électrique, je criais au policier derrière moi d'arrêter, qu'il m'écrasait, qu'il me faisait mal et que je ne pouvais plus avancer. Il a continué… en souriant.


Puis ils ont relâché la pression et nous ont fait attendre deux heures dans un cagibi. Nous étions une petite centaine absolument pacifiques, on chantait, jouait…


Les manifestants qui étaient venus en voiture ont essayé de nous rejoindre pour nous soutenir, mais les policiers les ont bloqués. On se sentait vraiment dans une cage à rat.

Nous sommes restés deux heures coincés car les policiers. Ils nous ont d'abords annoncé qu'ils ne nous laisseraient pas sortir sans nous fouiller et contrôler notre identité. Comme certains n'avaient pas de papiers avec eux, nous avons décidé d'être solidaire et de ne pas partir sous ces conditions. Ils nous ont alors dit qu'ils nous laisseraient partir à condition qu'on ne se masque pas (j'avais moi-même mis mon écharpe jusqu'à mon nez vu qu'ils nous filmaient en permanence). Nous avons accepté, mais les premiers passés, ils ont voulu vérifier l'identité. Ils nous avaient menti. On a de nouveau refusé d'avancer. Finalement nous avons "juste" été fouillés et filmés un à un.

Le début de la manif a été calme, mais après vingt minutes les flics ont commencé à nous chasser en nous chargeant avec les chevaux. J'étais là, à deux mètres d'eux, je les ai vu se mettre d'accord pour charger. Plusieurs personnes se sont faites écrasées. Premières réelles violences. Ils ont alors arrêté une dizaine de manifestants qui se défendaient.


Ils nous ont ensuite raccompagnés jusqu'à la gare. Nous étions totalement encerclés par les policiers en cosmonautes avec leurs boucliers. Ils ont frappé plusieurs manifestants (parfois en les emmenant derrière des murs). Ils ont ensuite ramené les chevaux qui ont à nouveau écrasé des manifestants et… des flics dans leur violence maladroite. Ils ont renvoyé les chevaux derrière (avaient-ils enfin compris que ça fait mal un cheval qui écrase?). Puis ils ont ramené l'auto tamponneuse : espèce d'énorme camion de quatre mètres de haut avec des jets d'eau disposés au-dessus. Les policiers se sont montrés agressifs. L'un d'eux s'est même douteusement rapproché de moi avec sa matraque en me regardant d'un air assassin, je lui ai échappé.

Finalement, on a repris le train une fois tous les manifestants relâchés. On s'est fait encadrer dans le train comme des bestiaux, on ne pouvait pas aller aux toilettes librement et ils ont voulu nous obliger de descendre gare du Nord. J'ai réussi à rester dans le wagon, et j'ai bien fait. Une fois tous les manifestants à Bruxelles, ils en ont à nouveau profiter pour procéder à des arrestations.

Cela aurait pu s'arrêter là, mais mercredi, le jour grande manif européenne des syndicats, la police est revenu agresser les militants du camp.

Au début, je comptais rejoindre certains amis du camp, mais je ne les ai pas trouvé, j'ai donc fait un bout de la manif avec un autre groupe de gens. J'ai été choqué par l'état des manifestants. Certains étaient soûls, d'autres lançaient des pétards aux pieds des gens, tout ça sur une musique techno particulièrement désagréable. Alors l'austérité, je suis contre, mais c'est pas avec des gens comme ça que j'ai envie d'avancer.


J'ai finalement croisé des gens du camp et ils m'ont raconté ce qui venait de se passer : des dizaines de policiers avaient attendu les manifestants dans les environs du camp et au métro Ribeaucourt (celui à côté du camp), ils ont arrêté « préventivement » une centaine de personne et quarante clowns (!) absolument pacifiques dans le métro…


Une fois les rescapés arrivés à la manif, ils se sont faits mettre en queue de cortège par les flics et au moment propice, ils se sont fait encerclés, certains tabassés puis arrêtés. Plusieurs personnes ont fini à l'hôpital. Beaucoup de policiers étaient en civil, ceux-ci étaient les plus violents, ils tapaient avec des matraques et beaucoup ne portaient même pas de brassard. Il y a eu plus de 200 arrestations à ce moment-là.

Certains syndicalistes ont voulu se montrer solidaires contre cette violence illégitime face à des jeunes qui n'avaient rien fait. Mais un leader du syndicat socialiste FGTB répétait : « Les policiers sont des travailleurs comme les autres, laissez tomber ! » Choquant !

Puis c'est par la médiocrité de nos médias que j'ai été choqué. Le Soir était encore assez correcte (1) mais Rtl info est juste nul… J'ai essayé de commenter leur article, sur leur site Internet, paru sur la manif de dimanche, en disant qu'on se devait de souligner que la police avait été violente, qu'une femme avait fini à l'hôpital, etc. Mon commentaire n'est tout simplement pas apparu.

J'ai également été choquée de voir que la ministre Turtelboom se félicitait du bon déroulement de la manif de mercredi sur Rtl car il était « important dans nos démocraties que la liberté d'expression soit respectée ». Pourquoi alors empêcher de manifester un groupe qui n'a commis aucune violence?
Les gens du No Border sont présentés comme de violents anarchistes qui voudraient détruire le système. C'est plutôt limité comme description et ils se taisent juste sur les torts de la police. Cela créée une image faussée de la situation et encourage les mentalités à se braquer face aux gens qui pensent autrement, qui ne ressemblent pas au citoyen modèle, qui refusent l'emprisonnement des sans papiers.

Voir également les excuses des policiers pour arrêter les manifestants : ils ont arrêté préventivement cent personnes parce qu'elles possédaient des objets illégitime comme des bombes de peinture et des lunettes de plongée ! Ils disaient également qu'on ne pouvait être masqué alors que les vedettes de la manif l'étaient ! Bref, ils nous empêchent de manifester pour notre apparence, des objets totalement légaux qu'on pourrait avoir ou encore notre nez de clown… Des excuses! Alors que les manifestants autorisés étaient soûls et peloteurs.


Je suis triste de me souvenir que les dictatures commencent souvent par des violations de liberté d'expression. La petite « Amnestyenne » que j'étais en reste abasourdie. 

Malgré mon sentimentalisme, j'espère que mon propos reste clair et que je vous aurai offert une autre vision que celle qu'on nous livre traditionnellement. Je continue de croire que c'est par la conscience de ce qui nous entoure réellement et par l'éducation qu'on rendra notre société meilleure.  

Notes :

1- « On arrête pas les gens préventivement » 

Voir aussi le communiqué de la Ligue des droits de l'homme

Source: investigaction.net