La Russie des oligarques de A à Z

Voici une quinzaine d’années à peine, il n’y avait pas un seul milliardaire en Russie. Aujourd’hui, le pays est devenu une pépinière de richissimes brasseurs d’affaires qui comptent leur fortune en milliards d’euros et ont bien appris les mille et une façons de l’étaler. Mais qui sont-ils ? Comment ont-ils pu bâtir d’aussi invraisemblables fortunes en si peu de temps ? Les constructeurs mondiaux de yachts de luxe peuvent-ils honorer à temps les commandes qui leur sont adressées ? D’Abramovitch à Zingarevitch, Andrew Osborn lève le voile en lamé or sur les maîtres de l’univers postsoviétique.

A pour ABRAMOVITCH. Sans conteste, l’oligarque parmi les oligarques. Avec une fortune à son nom estimée à 14 milliards d’euros, Roman Abramovitch, 41 ans, ancien mécanicien dans le bâtiment et aujourd’hui connu comme propriétaire du club de football de Chelsea FC, est le citoyen russe le plus riche. Il passe une bonne partie de son temps à Londres, où il possède une résidence à Belgravia et un appartement à Knightsbridge, sans oublier une propriété campagnarde (de 440 hectares) dans le Sussex. Le milliardaire, assez discret quoi qu’en disent les médias, est marié, a cinq enfants et se rend plusieurs fois par an en Russie pour vaquer à ses tâches de gouverneur régional (de Tchoukotka, dans l’extrême nord-est de la Russie). Bien qu’on prétende qu’il soit en bons termes avec le président Vladimir Poutine, de nombreux citoyens russes lui reprochent de dépenser tant d’argent et de temps en Grande-Bretagne. Il a constitué sa fortune durant la période anarchique des années 1990, à l’époque où l’on a vendait l’industrie russe pour une infime fraction de sa valeur réelle à une poignée de bonshommes très avisés. De son côté, Abramovitch allait mettre la main sur des intérêts majeurs dans le pétrole et l’aluminium. Il y a trois ans, il vendait le fleuron de son empire – la compagnie pétrolière Sibneft – à la société Gazprom, contrôlée par le Kremlin, pour le montant record (en Russie) de 10,3 milliards d’euros. Abramovitch possède également trois yachts et un jet privé.

B pour BEREZOVSKI. L’un des personnages politiques les plus hauts en couleur de l’oligarchie Avec une fortune évaluée à 800 millions d’euros, Boris Berezovski, 61 ans, est un ancien professeur de mathématiques qui s’est servi de son sens de la logique pour s’enrichir. De crainte d’être emprisonné par le Kremlin, il a obtenu l’asile politique en Grande-Bretagne, où il vit désormais sous le pseudonyme officiellement reconnu de Platon Elenine. Le gouvernement russe le considère comme un malfaiteur et a tenté sans succès de le faire extrader sur des accusations de fraude et de recel. Berezovski insiste sur le fait que ces accusations sont non fondées, mais politiquement motivées. Critique acerbe de Vladimir Poutine, il s’est voué au renversement du président russe en finançant des activités hostiles au Kremlin (y compris la Révolution orange en Ukraine) à travers tout le territoire de l’ancienne URSS. Berezovski a fait sa fortune dans les années 1990 en capitalisant grâce à ses proches contacts avec l’entourage du président de l’époque, Boris Eltsine. Ses relations lui ont permis d’acquérir des parts lucratives dans diverses industries russes, tels le pétrole, l’automobile et les médias. Depuis, il a revendu une grande partie de ses avoirs en réalisant d’énormes bénéfices. Forbes estimait (2005) qu’il était la 43e fortune russe. Aujourd’hui, le gros de ses biens est lié à des fonds d’investissement. Il vit avec sa quatrième femme dans une somptueuse résidence du Surrey et il a six enfants issus de diverses unions.

C pour TCHIGIRINSKI (avec initiale « C » en anglais). À 58 ans, Chalva Tchigirinski est l’une des principales chevilles ouvrières responsables de la métamorphose dramatique de Moscou de capitale terne de l’ère soviétique en métropole de pointe. Pesant actuellement 1,2 milliard d’euros (775 millions en 2005), il est l’un des promoteurs immobiliers les plus efficaces du capital russe et sa firme, ST Development, détient les droits exclusifs du réaménagement de certains des sites les plus prestigieux du pays – une tâche qu’il a confiée à l’architecte britannique Sir Norman Foster. Tchigirinski a chargé Foster de jouer un rôle prépondérant dans la résurrection du district le plus ancien et le plus central de Moscou, près du Kremlin, et où se dressa jusqu'au 1er janvier 2006 l’hôtel Rossia, un mastodonte de l’ère soviétique, démoli depuis et en reconstruction actuellement. L’oligarque a également commandé à Foster les plans de ce qui doit être la plus haute tour d’Europe, le réaménagement d’un district de Saint-Pétersbourg entièrement constitué par une île et la création d’un immense complexe de loisirs dans la partie sud de Moscou. Selon Forbes, Tchigirinski représente la 47e fortune russe. Il est marié et a deux enfants. Une partie de sa fortune provient d’une compagnie pétrolière enregistrée à Londres et appelée Sibir Energy. Tchigirinski n’a jamais caché son animosité à l’égard de Roman Abramovitch, qu’il accuse d’avoir volé la moitié d’un gisement pétrolier appartenant à la Sibir. Abramovitch réfute cette accusation.

D pour DERIPASKA Oleg Deripaska, 39 ans, est le roi de l’industrie russe de l’aluminium. Son seul nom suffit à susciter la crainte parmi bon nombre de ses rivaux. Avec une fortune estimée à 7 milliards d’euros en 2005 (au moins 10 milliards en 2007, voire 14 milliards, ce qui en ferait l’homme le plus riche de la Russie), il a également des intérêts dans les industries du bois et de l’automobile. Forbes dit que le succès de la société qu’il contrôle, Basic Element, en fait le 6e homme le plus riche du pays. Ses concurrents prétendent qu’il recourt à des tactiques musclées dans ses prises de contrôle inamicales de sociétés et il est très difficile de le persuader de faire marche arrière. En 2001, il a épousé Polina Ioumacheva, la petite-fille de l’ancien président Boris Eltsine et il bénéficie depuis longtemps de relations étroites avec l’élite politique de la Russie. Sa femme lui a donné deux enfants et il possède à Belgravia une maison de style Régence, classée en première catégorie, et qu’il a acheté pour la bagatelle – dit-on – de 36,5 millions d’euros. Deripaska passe beaucoup de temps en Grande-Bretagne, où il a suivi des cours d’anglais à la London School of Economics. Parmi ses amis figure Roman Abramovitch, lun de ses anciens partenaires commerciaux, et on l’a vu récemment à Stamford Bridge : il allait voir un matrch de football de Chelsea. Il a débuté sa carrière en 1993 comme courtier en matières premières.

E pour EVTOUCHENKOV. Vladimir Evtouchenkov, 59 ans, n’est peut-être pas un nom connu en Grande-Bretagne mais ce Bill Gates en son genre devrait l’être. Avec une fortune évaluée actuellement à quelque 6,8 milliards d’euros, il est considéré par Forbes comme le 8e homme le plus riche de Russie. La source de sa richesse réside dans Sistema, un groupe tentaculaire allant des télécommunications à l’immobilier, qu’il a contribué à mettre sur pied en 1993 et qu’il contrôle depuis. La société a été introduite à la Bourse de Londres en 2004 et pesait alors 6,3 milliards d’euros. Sistema comprend certains des avoirs les plus juteux ayant naguère appartenu à l’État à Moscou – le réseau de téléphonie à line fixe de la capitale russe, son principal opérateur de téléphonie mobile, MTS, le plus important aujourd’hui de l’Europe de l’Est, les grands magasins ultramodernes Children’s World, des milliers de mètres carrés de bureaux de grand standing et une grosse compagnie d’assurances. Sistema fabrique également des micropuces et l’entreprise a en outre un pied dans l’industrie de la biotechnologie. Marié et père de deux enfants, Evtouchenkov passe pour l’un des oligarques les plus érudits de Russie. Il est titulaire d’un doctorat en économie et, à l’instar de la plupart des oligarques, il possède un jet privé.

F pour FRIDMAN. Dans sa jeunesse, Mikhaïl Fridman revendait des billets de spectacles. Aujourd’hui, il pèse quelque 9,2 milliards d’euros et il est le 4e homme le plus riche de Russie. Son succès repose sur Alfa Group, un consortium du banking par télécommunications. C’est lui-même qui l’a fondé et, aujourd’hui, il est l’un des actionnaires majoritaires de la société. Il a parcouru un chemin considérable, depuis l’époque où il était étudiant à Moscou et se faisait des suppléments en vendant des billets de théâtre et en organisant des soirées disco. Son visage à l’air souvent ricanant contredit la rudesse de ses conceptions en affaires qu’il énuméra lors d’une interview télévisée, en 2002. « Personne n’est l’ami de personne », avait-il dit. « Parce qu’à un degré ou l’autre, nous sommes tous des concurrents. » L’homme d’affaire de 43 ans est marié, il a deux enfants et, en 2005, il a été poursuivi pour scandale devant un tribunal londonien, suite à une plainte déposée par Boris Berezovski. Fridman a généralement bénéficié de bonnes relations avec le Kremlin mais il a subi un contrecoup au début 2005 lorsque sa très luxueuse datcha (maison de campagne) a été saisie par le gouvernement russe. Un tribunal a établi que la datcha en question, anciennement propriété d’État, avait été privatisée illégalement, et il a ordonné à Fridman de la restituer. Alfa Group a des parts importantes dans la joint-venture russo-anglaise TNK-BP, dans une importante chaîne de supermarchés et dans bon nombre d’opérateurs de téléphonie mobile.

G pour GOUZINSKI. Vladimir Gouzinski, 55 ans, a été l’un des plus puissants magnats russes des médias, mais il a quasiment tout perdu et il serait aujourd’hui davantage un « minigarque » qu’un oligarque. Comme plusieurs autres personnages de la présente liste, son histoire illustre bien à quel point les oligarques dépendent de la bonne volonté du Kremlin. Gouzinski a prospéré sous la présidence de Boris Eltsine mais a vu son empire s’effondrer lorsque Vladimir Poutine a accédé au pouvoir. Dans les années 1990, il est apparu que l’ancien et extravagant directeur de théâtre avait véritablement la main de Midas en fondant Media Most, une société qui comprenait le journal Segodnya, la chaîne de télévision indépendante NTV et un empire bancaire et immobilier. Mais NTV s’est muée en épine dans le pied du Kremlin en raison de sa couverture excessivement critique de la guerre en Tchétchénie. En 2000, Gouzinski fut accusé de détournement de fonds et de blanchiment d’argent et il fut forcé de s’exiler. Il a toujours clamé son innocence jusqu’à ce jour et, après avoir résidé quelque temps en Israël, on le retrouve actuellement en Espagne. En 2005, sa fortune était encore estimée à 275 millions d’euros, un chiffre ne lui permettant plus de figurer parmi le Top-100 des Russes les plus riches. Il est marié et a trois enfants.

H pour KHAN (puisqu’il n’y a pas de « h » dans l’alphabet cyrillique). On estime en 2007 la fortune de German Khan à 5,8 milliards d’euros, ce qui en fait le 12e homme le plus riche de Russie. On ne sait pas grand-chose de cet oligarque particulièrement discret de 45 ans. Proche ami et partenaire d’affaires d’autres oligarques comme Mikhaïl Fridman et Viktor Vekselberg, avec qui il passe ses vacances chaque année, il détient d’importantes parts dans les télécommunications et dans le consortium bancaire Alfa Group. Mais sa spécialité est le pétrole et il fait partie du conseil de direction de la joint-venture pétrolière anglo-russe TNK-BP, dont Alfa Group détient un quart des actions. À l’instar de Fridman, il est né dans les années 1960 dans ce qui était alors l’Ukraine soviétique. Dans les années 1980, alors qu’il étudiait à l’Institut moscovite de l’Acier et des Alliages, il rencontra Fridman et plusieurs autres futurs oligarques, un heureux hasard qui allait faire sa fortune. Il est marié et a deux enfants.

I pour IVANISHVILI. Boris Ivanishvili passait pour « l’homme dont personne ne sait rien », bien qu’en 2005, on estimât sa fortune à quelque 3,7 milliards d’euros (3,5 milliards en 2007, selon Forbes). Comme bien des oligarques, il fuyait toute publicité et, en 2005, il n’existait encore dans le domaine public qu’une seule photographie de sa personne. Aujourd’hui, on en sait un peu plus sur la 19e fortune de Russie qui, en fait, est d’origine géorgienne. À 51 ans, il est marié et à trois enfants. La source de sa richesse réside dans les métaux et la banque. La description du secret de son succès par Forbes pourrait s’appliquer à des dizaines d’autres oligarques : « Il a acheté des firmes dont personne n’avait besoin pour des dizaines de millions de dollars et les a revendues pour des milliards de dollars. » Il débuta dans les années 1980 en vendant des ordinateurs, se mit ensuite à importer des téléphones à touches, ce qui, à l’époque, constituait une nouveauté en Russie, avant de se lancer dans la banque. À mesure qu’il enregistrait des succès, il racheta des mines fermées un peu partout dans le pays et les revendit plus tard avec d’énormes bénéfices. Aujourd’hui, il a quasiment tout revendu et a placé son argent dans des fonds d’investissement. Il vit dans une énorme propriété bâtie sur un flanc de colline de sa Géorgie natale.

J pour JORDAN & JENNINGS. Boris Jordan et Stephen Jennings sont des oligarques honoraires de la Russie. Ils ne possèdent ni l’un ni l’autre de passeport russe mais ils ont considérablement aidé les véritables oligarques à accumuler leurs richesses durant la décennie postsoviétique particilièrement anarchique qu’ont été les années 1990, et ils se sont arrangés en cours de route pour arrondir un peu leurs fins de mois par la même occasion. En 1992, les deux hommes étaient introduits au Kremlin pour organiser la première vente aux enchères de la privatisation dans le pays, celle de la Fabrique bolchevique de biscuits, à Moscou. Jordan travaille dans une banque américaine d’investissement et il est d’origine russe, alors que Jenning est un Néo-Zélandais amateur de rugby. Quand le duo comprit à quel point la Russie allait vendre à bon marché tous ses fleurons, Jordan, qui a 41 ans aujourd’hui, et Jennings – 46 – décidèrent qu’ils voulaient une part dans l’action. Les deux hommes firent fortune comme agents de change sur le marché russe et, en 1995, fondèrent la banque d’investissement Renaissance Capital. Selon Forbes, les deux hommes seraient dignes de figurer sur la liste des Russes les plus riches s’il n’y avait la couleur de leurs passeports. Renaissance Capital, actuellement dirigée par Jennings, pèse actuellement 1,2 milliard d’euros, alors que Jordan gère quelque 440 millions d’euros d’investissements par le biais de son Sputnik Investment Fund.

K pour KHODORKOVSKY. Naguère l’homme le plus riche de Russie et son oligarque le plus puissant, Mikhaïl Khodorkovsky, 42 ans, est aujourd’hui le détenu le plus célèbre du pays. Il a été emprisonné il y a trois ans pour fraude et évsion fiscale. Ses partisans prétendent qu’il a été emprisonné à cause de son intérêt croissant pour la politique et de son opposition au président Poutine. Le Kremlin, de son côté, affirme qu’il était un Al Capone des temps modernes, impliqué dans le crime organisé, et qu’il fallait donc mettre un terme à ses agissements. Quand Forbes publia sa première liste des Russes richissimes, en 2004, Khodorkovsky en occupait la tête avec une fortune évaluée à 11,8 milliards d’euros, loin devant Roman Abramovitch. On estime aujourd’hui que ce chiffre a dégringolé pour n’être plus que de plusieurs centaines de milliions et Khodorkovski ne figurait même plus sur la liste de Forbes 2005, puisqu’il a été dépossédé de ses biens. Marié (pour la seconde fois) et père de quatre enfants, la source originelle de sa richesse a été le pétrole, via la compagnie Youkos qu’il a mise sur pied au cours des années 1990. Pour l’instant, il purge une peine de huit ans d’emprisonnement à 5.000 kilomètres à l’est de Moscou, dans la très éloignée colonie pénitentiaire sibérienne de Yah 14/10, où son existence actuelle n’a que très peu de points commun avec la vie fastueuse qu’il menaiu du temps de sa splendeur. Il y a quelque temps, un détenu l’a même agressé avec un couteau de cordonnier.

L pour LISSINE. Vladimir Lissine, 52 ans, travaillait dans un charbonnage de Sibérie. En 2005, il pesait quelque 8,8 milliards d’euros (10,5 milliards en 2007). Il dirige l’une des plus grandes aciéries de Russie, adore tirer des pigeons d’argile et mâchonner des cigares Cohiba et il est considéré comme la troisième fortune russe. En 2004, Lissine a vendu une part de 7 % de son aciérie géante de Novolipetsk à des investisseurs de la Bourse de Londres. La vente a dépassé les 475 millions d’euros et Lissine peut toujours se rabattre sur sa part de 83 % dans la quatrième aciérie mondiale. Marié, trois enfants, il ne s’est jamais fourvoyé dans la politique, bien qu’il injecte quelque argent dans le quotidien Gazeta. Il a fait son chemin dans l’industrie métallurgique à partir des ateliers. En 1993, il s’est intéressé à Novolipetsk et, progressivement, il a fini par l’acquérir. Alors que d’autres s’achetaient des voitures de luxe ou des villas en France, lui pensa « qu’il était temps d’acheter des actions » dans la métallurgie, déclara-t-il au magazine Kompaniya. Il garde un profil bas mais on dit que, depuis, il a acheté une somptueuse propriété de chasse en Ecosse.

M pour MORDACHOV. Surnommé « le tank » en raison de sa stature d’ours, Alexei Mordachov valait environ 6,6 milliards d’euros en 2005 (8,2 milliards en 2007). Il est, selon Forbes, le 7e homme le plus riche de la Russie et c’est un oligarque traditionnel dans la mesure où il est un magnat de l’acier. Il détient une part importante du géant sidérurgique Severstal, privatisé en 1993. Comme tant d’oligarques, Mordachov, 42 ans, s’est trouvé au bon endroit au moment où il le fallait. Il était directeur financier de l’aciérie Cherepovets au nord de Moscou, quand le directeur général vieillissant lui demanda de racheter les parts de la société afin qu’elles ne tombent pas dans les mains d’une personne de l’extérieur ou dans des mains étrangères. Mordachov s’appropria ainsi une grande quantité d’actions bon marché. En 1996, il devenait le directeur général de la firme et, plus tard, la transformait en un puissant conglomérat, rachetant une usine de construction automobile, des charbonnages, des sociétés de chemin de fer et des installations portuaires. Chose inhabituelle de la part d’un oligarque, il a déploré le fossé profond séparant les riches des pauvres en Russie. Marié et père de trois enfants, il est considéré comme quelqu’un de loyal envers le Kremlin et un partisan dévoué de Vladimir Poutine.

N pour NEVZLIN. Leonid Nevzlin, 46 ans, doit être l’un des rares milliardaires également recherchés pour meurtre. À l’instar de son ami et partenaire commercial de longue date, Mikhaïl Khodorkovsky, il a encouru les foudres du Kremlin et vit actuellement en Israël. Il prétend que les accusations de fraude et de meurtre contre lui ont été fabriquées de toutes pièces et il a tout mis en œuvre pour éviter son extradition vers la Russie. Depuis, il a fini par obtenir la nationalité israélienne. En 2004, la dernière fois qu’il a figuré sur la liste de Forbes des fortunes russes, il valait environ 1,5 milliard d’euros. On pense que ce chiffre a nettement régressé aujourd’hui. Comme Khodorkovski, une grande part de sa fortune a été liée à la compagnie pétrolière Youkos, dont une bonne part, depuis, a été saisie par le Kremlin. Nevzlin est marié, il a deux enfants. Il a débuté son ascension parmi les superriches un jour de 1987, en répondant à une offre d’emploi. Celle-ci lui a valu de devenir programmeur en informatique au service de Khodorkovsky et, jusqu’en 2001, de devenir le bras droit du célèbre oligarque. Avec succès, il a contribué à l’organisation et au financement de la campagne de réélection de Boris Eltsine, en 1996. Et, comme Khodorkovski, il aime tremper dans la politique et il est l’un des critiques les plus acerbes de Vladimir Poutine.

O pour OIF. De tous les oligarques, Valery Oif, un proche associé et ami de Roman Abramovitch, est le plus énigmatique. Selon Forbes, il vaut aux alentours de 750 millions d’euros, ce qui en fait la 52e fortune russe actuelle. Pourtant, on dispose d’étonnamment peu d’informations à son sujet, sinon qu’il a 44 ans, qu’il est marié et qu’il a un fils. La chose est d’autant plus surprenante qu’il est sénateur et qu’il représente à ce titre une circonscription de Sibérie au Conseil de la Fédération de Russie. Quoi qu’il en soit, il hait la publicité : on dit que la publication de son nom dans la première liste de Forbes des Russes richissimes, en 2004, l’a rendu « furieux ». La source de sa richesse est le pétrole – il occupait un important poste de direction à Sibneft, dont il était également actionnaire minoritaire. Oif est de Moscou et c’est durant ses études qu’il a noué des liens d’amitié avec Abramovitch, au point de voyager un peu partout en Russie en compagnie de ce dernier et d’autres amis encore. Oif fut l’une des personnes qui s’associa à Abramovitch pour créer une fabrique de jouets en plastique et il est aujourd’hui l’un de ses principaux bras droits.

P pour POTANINE. Dans les derniers jours de l’URSS, Vladimir Potanine n’avait que quelques milliers de dollars en poche, mais il avait eu une vision. Une quinzaine d’années plus tard, on estime qu’il pesait 6 milliards d’euros en 2005 (10 milliards, même, en 2007) et Forbes en fait le 9e homme le plus riche de Russie. La société qu’il dirige, Norilsk Nickel, est le premier producteur mondial de palladium et de platine. Potanine a acquis le contrôle de Norilsk dans les années 1990, des mains mêmes des directeurs de la mine de l’époque communiste. Ce fut lui qui, en 1995, établit un plan très controversé par lequel le gouvernement allait céder des entreprises d’État à très bon marché moyennant des emprunts. Potanine a toujours été un initié. Son père était un haut fonctionnaire commercial de l’URSS et lui-même est diplômé du très sélect Intitut moscovite des Relations internationales. En 1996, il est devenu le tout premier Premier ministre adjoint sous Eltsine, le poste le plus élevé jamais occupé par un oligarque. Il a 47 ans, est marié, a trois enfants et vit dans un complexe d’appartements de grand luxe à Moscou où il possède également sa propre piste de ski. En 2005, il s’est également aménagé une piste de ski personnelle dans le sud de la Russie.

Q pour KLEBNIKOV. Le Q n’existe pas dans l’alphabet cyrillique, mais le nom de Paul Klebnikov sera à jamais associé à ceux des oligarques dont la richesse, grâce à lui, a fait l’objet de l’attention du monde entier. Klebnikov, un Américain d’origine russe, était le directeur de l’édition russe du magazine Forbes, et c’est lui qui, en mai 2004, a publié la première liste sérieuse, sinon officielle, des magnats russes en révélant au monde l’étendue de leur fortune et la façon dont ils la dépensaient. Moins de deux mois après la publication de cette liste, Klebnikov était abattu par des tueurs à gages en voiture. Il avait 41 ans, était marié et père de trois enfants. On n’a jamais retrouvé ses assassins, bien que les autorités russes aient tenté de prouver – sans succès jusqu’à présent – qu’il avait été tué par deux Tchétchènes agissant pour le compte d’un seigneur de guerre de leur pays, qui avait été insulté par Klebnikov. D’autres croient qu’il a été assassiné pour avoir sorti de l’ombre certains oligarques particulièrement soucieux de mener une existence sans remous. En effet, la première fois que fut publiée cette fameuse liste de Forbes des Russes les plus riches, elle suscita une grande colère parmi les oligarques, qui craignaient les autorités fiscales russes en même temps que des kidnappeurs susceptibles de s’en prendre à leur personne.

R pour RACHNIKOV. En 1967, Viktor Rachnikov n’était encore qu’un humble ajusteur d’atelier dans l’une des plus grandes aciériés de l’Union soviétique. Quarante ans plus tard, à 59 ans, il préside le conseil d’administration de la société et il détient une fortune personnelle estimée à 4,25 milliards d’euros en 2005 et à 5,1 milliards en 2007, ce qui en fait le 16e Russe le plus riche. On pense qu’en compagnie d’un groupe de directeurs partageant les mêmes vues que les siennes, il contrôle actuellement 99 % des parts des aciéries et fabriques de fer de Magnitogorsk, en Sibérie. Le site est le principal producteur d’acier de Russie et l’un des plus brillants fleurons de l’industrie nationale. Le site acquit sont statut légendaire durant la Seconde Guerre mondiale quand il produisit la moitié des chars et des munitions de l’armée soviétique. On sait peu de chose de Rachnikov, excepté qu’il est né et a grandi à Magnitogorsk et qu’il y vit toujours. Il bénéficie du soutien du président Vladimir Poutine, est passionné de hockey sur glace, est marié et a deux enfants. Il a su faire son chemin, depuis le sol de l’atelier, jusqu’au poste de directeur général du site en 1997. Depuis lors, il a résisté à des reprises agressives, au chantage et il est devenu l’un des orligarques les plus prospères du pays.

S pour SMOLENSKI. Nikolai Smolenski est un jeune homme très controversé de 27 ans, que l’on a surnommé le « bébé oligarque ». En 2004, il achète l’usine britannique de construction de voitures de sport à la mode, TVR, pour une somme estimée à 15 millions de livres (22 millions d’euros), tout en annonçant en même temps la fermeture de l’usine deux ans plus tard, avec de grosses pertes d’emplois. Aleksander Smolenski, son père, est un oligarque de la cuvée classique des années 1990 et, tout autant que son fils, c’est un personnage très controversé. La banque qu’il contrôlait naguère – SBS-Agro – a fait faillite au cours de la crise financière russe de 1998, laissant des milliers de simples citoyens russes sans leurs économies. Smolenski père est apparu dans la liste de Forbes en 2004, à l’époque où l’on estimait sa fortune à 180 millions d’euros. Il a 53 ans, est marié et Nikolai est son fils unique. Alors que bien des Russes ordinaires aient été ruinés par le krach de 1998, Aleksander Smolenski a quelque peu repris du poil de la bête et a créé une nouvelle banque présidée pendant quelque temps par son fils avant d’être vendue à un autre oligarque éminent pour le montant de 160 millions d’euros. Smolenski Jr est un ancien élève des écoles privées britanniques et il partage son temps entre sa ville natale, Moscou, et sa ville d’adoption, Londres. En 2005, on estimait sa fortune à quelque 75 millions d’euros.

T pour TARIKO. Rustam Tariko est un oligarque de la vodka affublé d’un œil pour les beaux arts et d’un autre pour les jolies femmes. À 46 ans, on estime qu’il pèse environ 4 milliards d’euros (1,5 milliard en 2005), ce qui lui vaut la 31e place dans la liste des Russes les plus riches. La source de sa richesse s’appelle Russian Standard – un empire qui associe la vodka et la banque et qui est devenu très rapidement l’une des sociétés les plus prospères de Russie. Tariko a eu la faveur des gros titres en mai 2005, lorsqu’on a dit de lui qu’il avait acheté à New York, chez Sotheby’s, la fameuse toile de Pablo Picasso, « Dora Maar au chat », en se fendant de la somme de 95,2 millions de dollars. Il était à Londres pour le Forum économique russe, au début de cette même année 2005, et il fit tout un discours sur le thème du luxe en tant que grand concept national russe. Il savait bien sûr de quoi il parlait. Son chien, Dow Jones, porte un collier Louis Vuitton, l’accompagne en vacances en Sardaigne et il a sa propre « nurse ». Tariko est célibataire, bien qu’il ait deux enfants d’une précédente relation. C’est un oligarque qui aime d’afficher : on peut parfois le repérer dans l’un ou l’autre des bars les plus prestigieux de Moscou, où il papillonne. Le nom de sa compagnie provient des quatre premières lettres de son prénom : RUssian STandard.

U pour OUSMANOV. Alisher Ousmanov passe dans les milieux d’affaires comme « le dur de Russie ». Valant 2,5 milliards d’euros en 2005 (4 milliards en 2007), c’est dans les métaux et les exploitations minières qu’Ousmanov a bâti son empire et est devenu la 25e fortune russe. En 2004, il rachetait une partie de la firme sidérurgique anlo-hollandaise Corus, en plein dans les problèmes, menait une campagne des plus agressives pour gagner un siège au Conseil d’administration et, finalement, faisait marche arrière et revendait ses parts. Il contrôle ses affaires via une société de holding appelée Metalloinvest et il a reconnu que son portefeuille d’actions constitue le grand amour de sa vie. Cet homme de 54 ans est marié et père de deux enfants. Depuis septembre 2007, il est également devenu actionnaire (à 21 %) du club de football londonien Arsenal.

V pour VEKSELBERG. Qu’importe la manière dont il accumule sa richesse, le magnat du pétrole et des métaux Viktor Vekselberg semble destiné pour l’éternité à passer pour le « type qui a acheté ces œufs Fabergé ». En 2004, cet oligarque des plus patriotiques a dépensé la bagatelle d’environ 75 millions d’euros pour acquérir la seconde collection au monde d’œufs de Pâques russes Fabergé. Son but avoué était patriotique : il entendait les ramener sur le sol de la mère patrie afin que les citoyens russes ordinaires eussent l’occasion d’amirer leur propre héritage culturel. Avec une fortune personnelle estimée à 8 milliards d’euros (2007), Vekselberg est le 5e homme le plus riche de Russie. Il est né en Ukraine et a la réputation de se tenir bien à l’écart de la politique du Kremlin. Il a débuté sa carrière en 1988, en vendant des ordinateurs, avant d’entrer dans les affaires en compagnie d’un ancien condisciple qui avait émigré aux États-Unis. En 1994, il a dirigé la première reprise agressive de Russie, mais le pétrole est la principale source de sa fabuleuse richesse. Il est actionnaire majoritaire dans la joint-venture anglo-russe TNK-BP. Il est réputé pour son style de vie relativement modeste, bien qu’il possède, naturellement, un jet privé. Il est marié et a deux enfants.

W pour WOMAN (femme). Elena Batourina est la seule femme oligarque à avoir jamais figuré dans le Top-100 de Forbes, le symbole par excellence de l’appartenance à l’oligarchie. Ce statut, cette dame de 44 ans l’a atteint grâce à l’aide non négligeable de son puissant mari, Iouri Loujkov, qui n’est autre que le maire de Moscou. Selon Forbes, la blonde boutonneuse à la coiffure au carré pèse 2 gros milliards d’euros, ce qui en fait la femme la plus riche de Russie en même temps que la 29e fortune personnelle du pays. La source de ses avoirs réside dans une entreprise monolithique de construction installée à Moscou, Inteko, dont elle est actionnaire majoritaire. Ses détracteurs prétendent que, dans le boum de la construction qu’a connu Moscou, elle a surtout pu tirer parti de la protection de son mari. Ce sont les autorités de la Ville de Moscou qui attribuent les lots et parcelles à construire et Loujkov est justement maire de la ville depuis 1992. Le couple a deux enfants.

X pour ALEKPEROV. Le nom du magnat du pétrole, Vagit Alekperov, 57 ans, ne commence pas par un « x », mais le second sur la liste des Russes les plus riches ne souffre manifestement pas d’une déficience du facteur X. Forbes estime à 10 milliards d’euros la fortune qu’il a amassée en se constituant une part énorme de la plus grosse compagnie pétrolière de Russie, la LUKoil. Ses subordonnés l’appellent « le général », en raison du pouvoir énorme qu’il détient en qualité de président de cette même LUKoil. L’homme est originaire de l’Azerbaïdjan, dont la richesse principale est le pétrole, et son père travaillait dans l’industrie pétrolière soviétique, où le jeune Vagit allait également se faire les dents. Durant les derniers moments de l’URSS, Alekperov eut la chance d’être nommé à Moscou Premier ministre adjoint chargé du Carburant et de l’Energie. C’est à partir de cette position qu’il fit du lobbying en faveur de la fusion des trois principaux producteurs russes de pétrole. La société qui en résulta fut baptisée LUKoil et Alekperov en assuma la prsidence. L’homme est marié et il a un fils à qui il espère léguer une quantité importante de parts de la LUKoil.

Y pour YAKOVLEV. Igor Yakovlev, 41 ans, patron des magasins Dixons en Russie, est un oligarque qui, en fait, a bâti une affaire plutôt que d’en « hériter ». Il dirige la plus importante chaîne de magasins d’appareils électroniques du pays, Eldorado. Il a fait fortune en attisant la soif quasi inextinguible des Russes pour les biens de consommation durables. Selon Forbes, Yakovlev valait 765 millions d’euros en 2005 et 1,1 milliard en 2007. Il est le 48e individu le plus riche de Russie. Il a fondé son affaire en 1994, en compagnie de son frère Oleg et a crée un empire représentant aujourd’hui un bon millier de magasins dans 713 villes de Russie et d’Ukraine et contrôle ainsi plus de 20 % du marché russe de détail en appareils électroniques. Le succès de Yakovlev a attiré l’attention de la chaîne Dixons, dont le siège est en Grande-Bretagne, et qui, en 2004, a proposé le rechat de la chaîne Eldorado pour 2011 et pour la somme de 1,5 milliard d’euros. Igor Yakovlev est divorcé et il a un fils. Son frère, Oleg, valait 260 millions d’euros en 2005, d’après Forbes. Il a créé une chaîne d’hypermarchés vendant des articles pour enfants, Banana-Mama, ainsi qu’un réseau d’opticiens.

Z pour ZINGAREVITCH. Dans les années 1980, Boris et Mikhaïl Zingarevitch étaient encore des mécaniciens chichement payés dans une usine de pâte à papier de l’ère soviétique gangrenée par la bureaucratie. En 2005, ils se partageaient au moins 520 millions (Forbes) et ils siègent aujourd’hui au conseil d’administration de la première entreprise forestière de Russie, Ilim Pulp, qui a son siège à Saint-Pétersbourg. À l’instar des frères Barclay aux États-Unis, ils sont particulièrement discrets. Tous deux ont 48 ans, mais on ne sait s’ils sont jumeaux ou s’ils sont tout simplement nés la même année, ou encore s’ils sont mariés et ont des enfants. Tout ce que l’on sait, c’est que, sur le plan des affaires, Boris est le plus actif. Après avoir fait son chemin dans la hiérarchie de plusieurs usines de pâte à papier, le duo a fondé Ilim Pulp en 1992 avec un autre partenaire. Aujourd’hui, Ilim est l’une des plus grosses firmes au monde dans son créneau et les deux frères représentent la moitié du CA de la société. D’autres oligarques ont tenté en vain de leur ravir le contrôle de l’entreprise. Ces dernières années, les frères Zingarevitch ont délégué la direction journalière de leurs affaires à d’autres personnes, de façon sans doute à mieux tirer profit de leur succès.

The Independent On-Line

Traduction et adaptation : Jean Marie Flémal