La France n'est pas la Biélorussie

Contrastes franco-biélorusses

Relayés sur place par les représentants officiels de la France et de l’UE en Biélorussie, nos médias bien-pensants soutiennent passionnément les centaines d’opposants biélorusses qui campent à Minsk sur la place du gouvernement dans le but de renverser le président officiellement élu.

Ne s’agit-il pas là d’un régime « post-soviétique » qui n’a même pas détruit les statues de Lénine et qui refuse obstinément de rompre avec la Russie pour rallier l’OTAN et l’Union européenne ? Nos médias n’ont pas de mots assez durs pour fustiger ce régime dictatorial qui arrête des manifestants, inculpe leurs dirigeants et prétend les empêcher de camper à deux pas du palais présidentiel !

Retour à Paris : des milliers de jeunes anti-CPE ont déjà été interpellés, des centaines d’entre eux ont été condamnés en procédure d’urgence, un syndicaliste a été laissé pour mort à la suite d’une charge suspecte, la justice « indépendante » condamne sous lourdes astreintes les grévistes à débloquer les facs, le ministre de l’Education exige que les proviseurs appellent les CRS à forcer les piquets de grève lycéens (à quand les nageurs de combat, comme dans le conflit des marins marseillais ?). Pourtant les trois millions de manifestants français n’appellent pas (encore ?) à débarquer le pouvoir UMP, invalidé par tous les scrutins depuis 2002 (régionales, européennes, 29 mai), ils ne contestent pas (encore ?) la sacro-sainte Europe de Bruxelles, discréditée par le Non à la constitution supranationale ; ils veulent seulement que soit retirée une « loi » patronale discutée à la sauvette, non votée par le parlement, rejetée par 80% des jeunes, par 70% des citoyens et par les syndicats de salariés et d’étudiants unanimes. Face à cette intolérable insolence, qui prouve l’archaïsme jacobin de la France et des jeunes Français, la répression passe pour une nécessité indiscutable, les CRS deviennent de grands « professionnels », tout lycéen qui ne se laisse pas traîner au poste par les pieds pour y subir un traitement de faveur, est aussitôt traité de « casseur »…

Qu’attend donc l’ambassadeur de Biélorussie en France pour apporter des vivres aux manifestants anti-CPE qui camperont bientôt démocratiquement sous les fenêtres de l’Elysée ? L’Elysée, mais vous n’y pensez ma, ma chère ! Que ces factieux essaient seulement d’approcher et nous irons quérir l’armée européenne, faute de pouvoir encore compter sur les chars de Massu à stationnés à Baden-Baden !

Heureusement que le Mur de Berlin est tombé, que serait-ce s’il était encore là !