La «Doctora » Bertha Muñoz, revient à Oaxaca

Après deux années d’exil, la voix de la radio populaire reprend la lutte. La médecin et professeur Bertha Muñoz, surnommée « Doctora escopeta » (Docteur carabine) pendant le soulèvement populaire de Oaxaca en 2006, revient à Oaxaca après deux années d’exil.
Source : http://www.narconews.com/article.php3?Preview=3273〈=fr

Ce texte est la transcription d’une vidéo, réalisée par Corrugated Films

visible à cette adresse : http://corrugatedfilms.blogspot.com/2008/11/la-doctora-bertha-regresa-oaxaca.html]

25 novembre 2008

Je suis la « Doctora » Bertha Elena Muñoz Meir on m’appelle aussi «Docteur carabine »

J’ai participé au mouvement populaire d’Oaxaca en 2006. Et ce mouvement existe toujours bien sûr. Pas avec la même intensité ni les mêmes actions. Mais il existe toujours.

J’ai du quitter Oaxaca en décembre 2006 à cause de la répression. Et aujourd’hui 25 novembre, deux années après, jour du deuxième anniversaire de la pire répression jamais endurée par les peuples d’Oaxaca, aujourd’hui je reviens.

Pourquoi je suis partie ? Pourquoi je reviens ?Je suis partie pour une raison très simple : la peur. La peur est une sensation qui pénètre les sens… les yeux, la bouche, l’air qu’on respire. Qui s’infiltre par tous les pores de la peau. Et aussi pour une raison qui ne m’est pas encore très claire : la colère des autorités s’est déchaînée contre moi personnellement.

Pourquoi ? Qu’ai-je fait en 2006 ?

Au début, j’ai tenu un poste de secours pour m’occuper des compagnons blessés durant les mobilisations. Pourquoi ?Parce que la Croix rouge de Oaxaca refusait de les soigner. Car elle leur refusait même le droit minimum à l’assistance. Alors nous avons créé ce poste de secours. Nous avions une ambulance et avec cette ambulance, nous avons accompagné la marche jusqu’à la capitale, Mexico.

Mais ensuite on a eu besoin de contacter la radio de l’université, Radio Universidad qui est devenue à ce moment la voix du peuple.

Et j’y ai participé et naturellement j’étais là quand la police fédérale, les militaires déguisés en policiers, ont voulu entrer pour prendre la radio, pour réduire au silence la voix du peuple.

Me voilà, micro en main, dénonçant tous ces abus et appelant les citoyens et citoyennes de Oaxaca à défendre leur radio. Voilà ce qu’ils ne me pardonnent pas. Voilà ce qui suscita toute cette rage de la part de la classe au pouvoir à mon encontre.

Les menaces que j’ai reçues furent très dures : « On va te couper la langue, on va te violer avec le microphone, on va s’en prendre à tes enfants, etc. » À un certain moment je me suis rendu compte qu’ils pouvaient mettre à exécution ces menaces contre moi et contre mes enfants.

Nous avons donc du partir d’ Oaxaca. Deux années loin de ma terre, deux années loin de ma maison, sans voir ma famille car par sécurité je ne voyais même pas mes enfants.

Mais je suis lasse, lasse de vivre avec la peur. Ce n’est pas possible d’être toujours en train de bouger à cause de la peur, que toutes nos actions soient déterminées par cette peur. Je suis lasse. J’en ai assez de vivre avec la peur. C’est pourquoi j’ai décidé de revenir. Ma situation juridique ; « légale » entre guillemets car à Oaxaca, il n’y pas de légalité ; est très difficile.

Deux protections juridictionnelles m’ont été refusées. Je n’ai donc même pas de protection juridictionnelle qui pourrait dans un certaine mesure me protéger. Mais peu importe.

Je suis venue affronter ce que je dois affronter.

Je suis revenue pour être avec les citoyens, citoyennes et futurs citoyens de Oaxaca qui ont continué la lutte.

Avant tout je suis venue affronter ma peur. La peur est toujours là car il n’est pas facile de la surmonter pour autant qu’on le veuille.

La peur est toujours là. J’ai examiné toutes les éventualités, tout ce qui pourrait m’arriver, et même qu’ils ne me fassent rien, ce qui serait l’option la plus intelligente si le gouverneur était intelligent. J’affronterai tout ce qui arrive parce que j’ai décidé de dire NON à la peur. Je vais me remettre à sortir, à marcher librement dans les rues de ma ville, librement, tranquillement. S’ils m’arrêtent ou me font disparaître, ou me chassent comme un gibier, peu importe.

Je vais reconquérir ma liberté avec dignité. Quoi qu’il m’arrive quoi qu’il arrive à ma famille, j’en tiens pour responsable Ulises « Ruin ».

Ortiz, mal-gouverneur de Oaxaca et Felipe Calderon, soit-disant président du Mexique. Nous verrons donc au cours des semaines à venir ou aujourd’hui même, ce qui va m’arriver.

J’ai beaucoup de choses à faire à Oaxaca, non seulement en relation avec le mouvement, mais aussi en ce qui concerne ma propre vie car je dois aussi me défendre. Ils m’ont renvoyé. Ils ont fait en sorte, après 32 années de service, que je n’ai même pas accès à la retraite. Et c’est pourquoi je vais me battre car, après 32 années de service, j’ai le droit à la retraite. C’est mon droit ici au Mexique mais aussi dans le droit international. Je vais lutter pour la retraite qui m’est due. Bien sûr que je n’aurais pas encore pris ma retraite, mais ai-je le choix ? Ils ne m’ont pas demandé la permission. Ils ont décrété que j’avais abandonné mon poste, car je ne me suis pas présentée au travail, ce qui est dans leur bon droit. Par contre ils n’ont aucun droit de me refuser la retraite comme travailleur. Comme il est défini dans la constitution mexicaine.

Et je le répète que ce ne sont pas seulement mes droits au Mexique mais aussi sur le plan international. Donc je viens aussi lutter pour mes droits.Et je viens aussi pour être avec mes amis. Voilà l’histoire. Nous verrons quel en sera le chapitre suivant.

Traduction : Narco News.