La Colombie entre l’UE et l’USA : quel est le pire ?






Il est choquant que, alors même que se confirme la responsabilité du “libre commerce” comme cause de ce qui sera sans doute retenu dans l’histoire comme la pire crise de l’histoire du capitalisme, les gouvernements de l’Union Européenne et de la Colombie insistent pour renforcer cette politique.  



Le gouvernement colombien et l’Union européenne sont en train de négocier un accord de libre échange. Il y a bien des raisons de croire que les dégâts pour les colombiens, en tout cas pour presque tous, seront aussi importants ou même pires que ceux qui résulteront du Traité de Libre -échange négocié avec les États-Unis. Celui-ci est un accord léonin qui n’ a heureusement pas été ratifié par le Congrès nord-américain car la majorité du parti Démocrate, -et le gouvernement de Barack Obama lui-même- considèrent insuffisantes les explications et les actions du gouvernement de M. Alvaro Uribe en ce qui concerne les assassinats de syndicalistes: 49 d’entre eux furent assassinés en 2008, soit 25% de plus qu’en 2007. Ces assassinats confirment que la Colombie est le pays le plus dangereux du monde pour les dirigeants syndicaux. A cela s’ajoute les scandaleuses violations de droits humains commises par des membres de l’armée colombienne, et les relations de nombreux hauts dirigeants politiques proches du gouvernement avec les escadrons de la mort, aussi appelés groupes paramilitaires.


L’Union européenne prétend prolonger la durée des brevets qui créent des monopoles et des augmentations de prix au-delà de ce que prévoient les normes de l’OMC et au-delà des avantages obtenus par les États-Unis dans le cadre de l’ALE qu’ils ont négocié avec le gouvernement colombien. L’Organisation Panaméricaine de la Santé a pourtant calculé que la majoration du cout des médicaments pour les colombiens serait de l’ordre d’ un milliard de dollars par an. Il est aussi proposé que la Colombie accepte quelque choses que le capital transnational n’a jamais obtenu précédemment, ni en Europe ni nulle part ailleurs dans le monde: l’imposition de peines de prison pour toute violation des droits de propriété intellectuelle. Si l’ ALE Colombie- États-Unis est un accord “OMC plus”, celui que veut l’Union Européenne devrait être appelé “OMC plus plus”.


En toute tranquillité le ministre colombien de commerce, M. Luis Guillermo Plata, a confessé “Il y des déjà lignes rouges à ne pas dépasser dans ces négociations (avec l’UE); ce sont les mêmes que celles de l’ALE négocié avec les États-Unis, et la Colombie n’ira pas au delà”


Avec de tels porte-paroles, il n’est pas surprenant, que les parties aient convenu de conclure cet accord en quatre mois à peine, et que, comme ce fut le cas avec les nord-américains, les textes soient négociés dans le plus grand secret et sans tenir compte de l’avis des organisations de travailleurs, paysannes et indiennes.


Tout comme ce fut le cas avec les États-Unis pour leur ALE, l’Union Européenne a imposé que les négociations soient menées séparément avec chacun des pays de la région andine. De sorte que la Communauté Andine des Nations (CAN), qui est le projet d’intégration entre les pays de la sous-région, sera encore plus condamnée au rôle de lettre morte. Le fait que l”Union Européenne n’appelle pas sa proposition “Traité de Libre Commerce (ALE)” mais “Accord Commercial” ne correspond qu’à un changement de nom savamment calculé pour tromper les millions de colombiens qui rejettent l’ALE avec les États-Unis.


Comme dans le cas des États-Unis, les différences économiques entre la Colombie et l’Union Européenne sont incommensurables. Par exemple, le PIB de l’UE est 80 fois supérieur à celui de la Colombie et ses subsides agricoles atteignent les 70 milliards de dollars par an. L’égalité entre les parties que proclamera l’ ALE n’est rien d’autre que la consécration d’une énorme inégalité. Le Traité accordera aux entreprises transnationales de l’Union Européenne le droit d’aller en Colombie pour s’emparer des grandes entreprises, des ressources naturelles et du marché intérieur; et cela gratuitement, c’est à dire sans devoir payer pour cette prérogative, rien de plus de ce qui est demandé aux colombiens eux-mêmes. Les dommages causés par les capitaux entrant et sortant de Colombie, les dégâts causés à l’environnement et les conditions de travail exécrables font aussi partie des bonnes affaires recherchées par les investisseurs européens.


Il est choquant que, alors même que se confirme la responsabilité du “libre commerce” comme cause de ce qui sera sans doute retenu dans l’histoire comme la pire crise de l’histoire du capitalisme, les gouvernements de l’Union Européenne et de la Colombie insistent pour renforcer cette politique. Ils confirment ainsi que les gouvernants des deux parties sont disposés à élever les souffrances de leurs peuples à des niveaux inimaginables.


Il est clair que l’Union Européenne, -sachant combien le président de la Colombie a besoin de la signature d’un ALE pour la faire apparaitre comme une absolution morale et politique-, saura faire payer le prix d’une telle absolution en privilèges pour ses entreprises transnationales, en allant même au-delà de ceux qu’ont obtenus les États-Unis dans leur ALE avec la Colombie.


Le sénateur Jorge E. Robledo, du Pôle Démocratique Alternatif, de la Colombie, va se rendre à Bruxelles  du 28  au 30 avril, invité par le Parlement européen.


Source : MOIR