La CIA annonce une nouvelle mission au Venezuela et à Cuba

Caracas, 19 août 2006 — Hier, John Negroponte, directeur des renseignements nationaux des États-Unis, annonçait la création d’une nouvelle mission spéciale de la CIA censée superviser les activités de cette dernière au Venezuela et à Cuba. Negroponte, qui coordonne l’ensemble de la communauté des renseignements aux États-Unis et adresse directement ses rapports au président George W. Bush, a désigné le vétéran de la CIA, J. Patrick Maher, comme directeur exécutif de mission de cette nouvelle division importante.

20 août 2006

Venezuelanalysis.com

Selon un communiqué de presse émanant du Directorat des renseignements nationaux, Maher sera responsable de l’intégration à l’ensemble de la communauté des renseignements de tous les rapports et analyses collectés à propos de Cuba et du Venezuela. Il lui faudra, entre autres, identifier et compléter les renseignements manquants ainsi qu’assurer la mise en application des stratégies. Selon Negroponte, de tels efforts sont aujourd’hui d’une importance capitale du fait que les décideurs politiques accordent une attention croissante aux défis imposés par Cuba et le Venezuela à la politique étrangère américaine.

Depuis le début 2005, la CIA a décrété que le Venezuela était l’un des cinq pays latino-américains les plus instables et elle a augmenté de cinquante pour cent son personnel des renseignements dans le pays même.

Le nouveau directeur de mission de la CIA pour Cuba et le Venezuela devra faire en sorte que les décideurs politiques puissent disposer d’une panoplie complète de renseignements frais et efficaces sur lesquels ils pourront s’appuyer pour prendre leurs décisions. Cela implique un accroissement du nombre d’agents et fonctionnaires sur le terrain et ce, dans les deux pays concernés.

Au cours des deux années écoulées, le gouvernement vénézuélien a débusqué et expulsé quatre fonctionnaires américains engagés dans des activités d’espionnage. Deux de ces individus étaient des attachés militaires, le capitaine John Correa et le lieutenant Humberto Rodriguez, et ils avaient activement recruté des membres des forces armées vénézuéliennes afin que ces derniers livrent au gouvernement américain des renseignements stratégiques et secrets sur les affaires internes du Venezuela.

Les deux autres espions accusés ne sont pas connus publiquement, bien que le président Hugo Chávez ait fait allusion, récemment, à « une jolie femme prenant des photographies dans la ville de Valencia », et qu’il ait ajouté qu’en tant qu’agent de la CIA, elle avait été incarcérée quelque temps avant d’être remise à la disposition de l’ambassade des États-Unis.

J. Patrick Maher est responsable des renseignements nationaux pour l’hémisphère occidental depuis août 2005. Il gardera ces fonctions, de même qu’il assumera celles de directeur exécutif de mission jusqu’à ce qu’on désigne un remplaçant censé remplir cette fonction de façon plus permanente. Maher a été directeur adjoint du Directorat du bureau des renseignements de soutien à la politique de 2003 à août 2005 et, par le passé, il a supervisé nombre de divisions de la CIA en Amérique latine, y compris le Groupe de travail pour la Colombie et celui pour le Mexique, et il a exercé les fonctions de chef de la division centre-américaine et caraïbe de la branche latino-américaine. Il est entré à la CIA en 1974, après avoir passé deux ans comme volontaire au sein du Peace Corp, période durant laquelle il fut stationné en Colombie. Le Peace Corp a souvent été considéré comme un premier galop d’essai pour les jeunes officiers désireux de faire carrière à la CIA.

Le directeur de mission pour Cuba et le Venezuela est un poste dont la création a été recommandée par la Commission sur les armes de destruction massive du Directorat des renseignements nationaux et c’est le président George W. Bush qui l’a officialisé. La mission à Cuba et au Venezuela est la sixième du genre, bien que les seules autres nations faisant l’objet de missions spécifiques de ce genre soient l’Iran et la Corée du Nord. Parmi les autres missions, l’une a des activités contre-terroristes, une autre s’occupe de la contre-prolifération et une troisième de contre-espionnage. Ces missions ont pour but de guider la communauté des renseignements sur le plan stratégique et analytique.

Ce dernier avatar de l’hostilité croissante entre le Venezuela et les États-Unis indique l’importance accordée aujourd’hui par l’administration Bush au contrôle des activités au sein du Venezuela et au développement de nouvelles stratégies d’intervention. Malgré les excellentes relations commerciales entre les deux pays, la rhétorique verbale et les préparatifs en coulisse d’un conflit direct gagnent en ampleur. Des documents classés « top secret » de la CIA obtenus en 2004 par le biais de la Loi sur la liberté de l’information ont révélé le rôle en profondeur joué par l’Agence dans le coup d’État contre le président Hugo Chávez en avril 2002. Subséquemment, l’intervention américaine directe au Venezuela s’est accrue par le financement, à coups de plusieurs millions de dollars, des groupes d’opposition et ce, via le National Endowment for Democracy (NED – Fondation américaine pour la démocratie) et l’USAID (U.S. Agency for International Development – Agence américaine pour le développement international).

On savait depuis longtemps que la CIA et d’autres agences de renseignements étaient actives au Venezuela. Toutefois, cette dernière confirmation émanant du directeur des renseignements nationaux, John Negroponte, prouve que le Venezuela revêt une importance prioritaire aux yeux des renseignements de l’administration Bush et du planning de la défense stratégique.

Des élections présidentielles sont prévues au Venezuela le 3 décembre 2006 et le pays craint donc que cette nouvelle mission spéciale de la CIA n’aille tenter de s’ingérer dans le processus électoral.

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