La Barbarie s’installe en Tunisie : J’accuse

Ne pas réagir maintenant, c’est accepter toutes les dérives fascistes et dictatoriales car le fascisme, c’est la gangrène, on l’élimine ou on en crève…

 

Le 13 mars dernier à Jendouba, l’amputation de la main d’un jeune homme d’à peine 18 ans, dénommé Mahrann Soltani, pour soit-disant vol par des salafistes constitue non seulement un acte de barbarie mais aussi une agression contre l’institution judicaire et la République. Cet acte prémédité résultait sans nul doute des débats anachroniques et malsains en cours à l’Assemblée Constituante sur l’introduction de la Chariâa comme fondement de la Constitution promise. A coup sûr, ces cinq salafistes tirèrent la légitimité de leur acte des palabres de la Constituante.

 

Nous dirigeons-nous vers les punitions corporelles telles que flagellations, amputations, lapidations et crucifixions, en plus de l’exposition du corps en public après ’exécution. Ces mêmes salafistes vont-ils avoir recours à la peine capitale en cas d’apostasie constatée ? C’est ainsi que se décline le Code pénal issu de la Chariâa dans tous les pays barbares qui appliquent un tel code.

 

Encore une fois, le 29 avril à Tunis, les salafistes ont frappé, sur instruction d’un imam salafiste, les locaux du parti Poct à Kabaria : menaces, intimidations, insultes et destruction du local et de ses équipements au vu et au su de tout le monde, bafouant, en toute liberté et peut être impunité, l’ordre public et la propriété privée.

 

De l’incapacité de l’exécutif à rétablir l’ordre et le respect des lois républicaines découlent les dérapages et actes des salafistes, lesquels testent ainsi leur stratégie de déstabilisation du pays. Ces ignobles individus cherchent la provocation voire la guerre civile pour « somaliser » le pays et le livrer aux bandes armées et aux lois barbares.

 

Les actes enregistrés ces derniers jours ouvrent la porte à d’autres concepts intégristes comme l’inégalité entre l’homme et la femme avec pour conséquences la polygamie, la répudiation, la privation partielle de la succession, l’imposition de normes vestimentaires contraignantes aux femmes, la violence physique contre les femmes, etc. Ils cherchent tout simplement à éradiquer le CSP !

 

Bientôt, on obligera tout tunisien ou toute tunisienne à observer « religieusement » les rituels récurrents comme les prières ou le jeûne au mois de Ramadhan. Où allons-nous avec ces hors –la- loi ?

 

Ne pas réagir maintenant, c’est accepter toutes les dérives fascistes et dictatoriales car le fascisme, c’est la gangrène, on l’élimine ou on en crève…

 

Les tensions causées par des étudiants jihadistes-salafistes à l’université de la Manouba, ont franchi ces derniers temps un nouveau palier par l’agression contre le drapeau national, après qu’ils l’aient retiré et remplacé par un torchon noir. Ce n’est pas un communiqué ou un show à la télé qui changera le courant des choses, en dépit du courage héroïque de l’étudiante Khaoula Rachidi et de ses deux amies. La loi doit être appliquée avec vigueur et sans complaisance à l’encontre de ces fauteurs de trouble fascistes.

 

Pourquoi la police est-elle si amorphe aujourd’hui ? Pourtant ces bandits-salafistes sont bien connus de ses services et d’ailleurs de nombreux citoyens dans les quartiers ! Le jihadiste ayant commis son forfait contre le drapeau national a couru pendant plus d’un mois sans être réellement inquiété et comble de l’incapacité ou du laxisme (ordre venu d’en haut ?) il s’est rendu lui-même à la police. Rappelons que la seule publication d’une simple photo fut l’objet d’une arrestation et incarcération immédiates du directeur du journal et que des opposants, hommes et femmes, font quotidiennement l’objet d’une surveillance serrée et collante : deux poids, deux mesures … !

 

Nous demandons que les peines de prison soient vraiment appliquées quand elles sont prononcées ; plus de 15000 criminels ont été relâchés dans la nature et parmi eux plusieurs centaines d’intégristes. Pourquoi le pouvoir s’est-il empressé de libérer ces criminels sans se soucier de la sécurité des tunisiens et tunisiennes ? Ces criminels sans qualification professionnelle deviennent la proie facile des jihdistes-salafistes : ils les engagent pour les sales besognes.

 

Pourquoi les tunisiens ont-ils oblitéré très rapidement l’installation d’un émirat islamique à Sejnane où les islamistes ont imposé l’application stricte de la Chariâa. Ils ont édifié une prison, en plus sur le domaine public, où ils emprisonnent les contrevenants à la Chariâa selon leur propre version. Conséquences : des centaines d’habitants ont fui leurs habitations, un village entier est occupé par des salafistes.
Les atteintes se multiplient dangereusement à travers le pays et prennent des formes diverses : agressions verbales en direction des femmes, rituels de prière en pleine rue, agressions physiques à l’encontre des adversaires politiques, mariage orfi, occupation tapageuse des espaces publics et maintenant, amputation des mains, humiliation du drapeau national et remise en cause de notre hymne sacré, chéri par tout le peuple.

 

Le silence mortel du pouvoir et surtout des dirigeants d’Ennahda face à ces dépassements insupportables et inacceptables, leur double discours, encouragent les abus et les crimes des jihadistes-salafistes qui se réclament de la guerre sainte et de la généralisation de la Chariâa. Le Président-Fondateur et Guide Suprême du Parti Islamiste Tunisien Ennahdha au Pouvoir n’a-t-il pas parlé des salafistes en ces termes affectueux « nos enfants … ».

 

Pour calmer les esprits, Marzouki décore les uns et les autres. Pas sûr que ces mesures suffisent à endiguer l’agression salafiste et le projet criminel de cette mouvance.

 

Devant ce silence et ce laisser-faire du pouvoir et les débats anachroniques quotidiens, j’en appelle à la société civile et aux partis de l’opposition pour nous mobiliser massivement et rapidement sinon nous serons tous coupables d’une guerre civile annoncée et de non-assistance à peuple en danger…

 

Dans ces conditions, l’idée lancée par Néjib Chabbi de créer un Front civil pour la défense des libertés est impérative. Ce Front pourrait être ouvert aux partis politiques républicains, aux syndicats, à l’ensemble de la société civile éprise de liberté et de respect des droits humains et de laïcité. Nous n’avons plus le droit de différer cette action citoyenne pour préserver la République et ses acquis et l’avenir de nos enfants.

 

 

Source: Le Grand Soir