L’interventionisme subtil d’Obama

Voici comment Obama terminera ce qui lui reste de mandat : une diplomatie agressive au lieu de l’usage exclusif de la force militaire, renforcement de l’alliance avec les gouvernements clients, opérations dissimulées, financement et appui à des coups d’état, augmentation et montée en puissance des bases militaires, etc., soit un interventionnisme subtil, à faible coût pour son pays.

 

 

« Connais-toi toi-même », « Rien en excès », et « Sois prudent » sont trois des commandements de la sagesse grecque, que le disciple Barak Hussein Obama essaie de mettre en œuvre dans la gestion du vaste empire US et de son environnement. Même si le bilan de la politique extérieure prenait peu de place dans son discours annuel sur l’état de l’Union (1), il a souligné, avertissements à ses opposants inclus, qu’il suivra sa tactique de « réalisme prudent ».


Obama n’est pas un idéaliste ; autrement, il n’aurait pas une liste de citoyens du monde à assassiner et il aurait déjà fermé Guantanamo avec un décret présidentiel. Il ne se préoccupe pas non plus de la juste redistribution des ressources comme fondement de la démocratie, parce qu’autrement, il aurait fait quelque chose pour la moitié de la population de New York qui frôle le seuil de la pauvreté pendant que 1% de ses compatriotes contrôle 40% de la richesse nationale, au lieu de dépenser 4 millions de dollars durant ses 17 jours de vacances de fin d’année.


La situation désastreuse que lui a laissé son prédécesseur – de nombreuses guerres ouvertes et ratées, une économie en récession, des dettes, effondrement su système financier, etc. – a montré la fin du réalisme traditionnel, et du « détruis les Etats et fuis ».


« Réalisme prudent »…voici comment Obama terminera ce qui lui reste de mandat : une diplomatie agressive au lieu de l’usage exclusif de la force militaire, renforcement de l’alliance avec les gouvernements clients, opérations dissimulées, financement et appui à des coups d’état, augmentation et montée en puissance des bases militaires, etc., soit un interventionnisme subtil, à faible coût pour son pays.


Dans son discours, Obama s’est attribué le mérite pour avoir obligé la Syrie à éliminer ses armes chimiques et il a exposé son intention de renouer les conversations de paix entre israéliens et palestiniens, sans rougir d’avoir refusé le vote du statut de l’Etat palestinien en tant qu’observateur alors qu’il continuait à appuyer verbalement la solution de deux états. En outre, l’unique succès réel de sa gestion était l’accord avec l’Iran à propos du programme nucléaire. C’est la réussite diplomatique majeure des USA depuis des dizaines d’années, malgré que les propres services de renseignements des Etats-Unis certifiaient que le dit programme était de nature non militaire.


Cependant, sur ces sujets il n’a rien dit :


– Que la guerre en Irak et en Afghanistan est terminée seulement pour les USA, mais pas pour ces nations dévastées et mal gouvernées, dans lesquelles meurent chaque jour des centaines de personnes dans les attentats, fruit direct des deux agressions militaires.


– Qu’au Soudan du Sud, pays que les USA et ses alliés ont divisé en deux en 2011 après une guerre par procuration, pour en garder la partie pétrolifère, auparavant des millions d’habitants ont pu mourir de faim dans un blackout de l’information alors qu’ils étaient au-dessus d’une mer d’or noir.


– Que la Lybie prétendument « démocratique », le pays du meilleur bien-être en Afrique en 2011, a plongé dans un chaos total, où les groupes terroristes campent à leur aise.


– Qu’en Afghanistan, les USA négocient avec les Talibans, ceux-là même qui furent accusés d’avoir fait exploser les tours jumelles et qui écrasaient femmes et hommes sous leurs bulldozers. Les USA leur ont offert le gouvernement de territoires immenses en échange de l’autorisation de créer 9 bases militaires dans ce qui est le cœur stratégique de l’Asie centrale. Dans ce même accord, afin de renforcer la position du gouvernement de retirer la plupart des troupes de ce pays, Obama avait invité le soldat Cory Remsburg, blessé de guerre, victime et bourreau, chair à canon pour d’infâmes intérêts.


– Que la tuerie permanente de civils au Pakistan par les drones ont provoqué, en plus, la fuite de millions de personnes hors de leur foyer et un milieu explosif où les terroristes se mêlent aux partisans et patriotes pacifistes qui ne savent pas où porter plainte contre les actes criminels de guerre des USA.


– Qu’il a envoyé des troupes fin décembre en Somalie sous le prétexte de lutter contre le groupe Al Sahaba, mais avec pour véritable objectif de mettre la main sur les immenses ressources pétrolières et minérales du pays avant que n’arrivent les Chinois. En outre, la Somalie est le pays d’Afrique aux côtes les plus étendues, d’où le Pentagone peut surveiller l’Océan Indien, le corridor stratégique du Golfe d’Aden qui réuni le Golfe Persique, la Mer Rouge et le Canal de Suez par où passe 30% du pétrole mondial. La Mer Rouge est la seule mer contrôlée par les pays arabes, axe de leurs importations et exportations et sa principale source d’eau douce.


– Que pendant qu’il impose sa volonté aux pays faibles, il n’a pas été capable d’obliger Israël à arrêter la construction de colonies illégales. Évidemment, lui n’est pas Eisenhower, qui a obligé les israéliens à quitter la péninsule du Sinaï.


– Qu’en Syrie, il a choisi la meilleure alternative possible pour les intérêts de son pays et ceux d’Israël : en finir de la Syrie en tant qu’état (la même chose qu’il a fait avec l’Irak et la Lybie), lui faire subir une longue guerre où se détruisent les rivaux et ennemis des deux [USA et Israël, NdT]. Obama ne cherche pas à mettre fin au conflit : la situation actuelle est la meilleure possible. C’est pour cela que dans son discours il n’a pas mentionné une seule fois le nom d’Al-Assad. La conférence de Genèvre II n’a pas été plus qu’une pantomime pour justifier son exposé hallucinant de partager les groupes armés extrémistes religieux entre « les bons », qui ne sont pas liés à Al Qaeda, et « les mauvais » (les djihadistes ?), et de fournir des armes et financer on ne sait lesquels de ceux-là, dans un cadre surréaliste dans lequel une centaine de bande armées opèrent sans que Dieu lui-même ne puisse les distinguer. Tous ces groupes, ramassis de bandits et de mercenaires à gages, ont transformé les zones qu’ils contrôlent en boucherie. Les USA et l’ONU ont invité ces organisations en question, mais pas l’opposition démocratique non armée de Syrie.


– Qu’il envisage de reprendre l’aide de 1,5 milliards de dollars pour les militaires corrompus, criminels, partisans de Mubarak, en Egypte. Obama ignore que même en achetant la loyauté de l’ami Al Sisi, cela ne le blindera pas contre la furie de millions d’Egyptiens affamés, qui n’ont pas peur de perdre l’unique chose qui leur reste : leurs chaînes (2).


Les défis


Pour mener à bien ce réalisme prudent, Barack Obama se confronte à trois principaux problèmes :


1 – Si sur son flanc droit il subit bien la pression pour militariser encore plus sa politique, sur son flan gauche il semble que personne ne le conseille, par exemple, de cesser d’utiliser la diplomatie à la menace militaire avec les Iraniens, s’il veut entrer dans l’histoire « de son pays » comme le président qui a empêché un Iran nucléarisé.


2 – Après des dizaines d’années à affaiblir un organisme de médiation comme l’ONU, les USA ont besoin aujourd’hui de remplir le vide qui s’installe dans différentes régions du monde, et ne parviennent pas à disposer d’une entité supranationale robuste et efficace qui les aiderait à se retirer sans provoquer de chaos.


3 – Cette approche n'a pas suffisamment de soutien, ni au sein de son propre parti, et encore moins dans les puissants médias du pays qui ne cessent de le harceler et de l’affaiblir.


Rien ne garantit que ses succès soient irréversibles.



NDLR:

1. L'auteur fait référence au discours annuel sur l'état de l'union du président Obama, prononcé le 28 janvier 2014.


2. Lire son article “Géopolitique de la crise égyptienne


Traduction: Collectif Investig'Action

Source: http://blogs.publico.es/puntoyseguido/1320/obama-y-su-realismo-aristotelico/