L’enfance sous occupation

Ne cherchez pas une plaine de jeux dans le camp de réfugiés d’Aïda à Bethléem. Il n’y en a jamais eu. À moins que vous n’aidiez ses enfants à en acheter une. Explications.


 

            Le quotidien d’un camp de réfugiés palestinien
 

Le camp de réfugiés d’Aïda couvre une minuscule superficie de 0,71 km² entre Bethléem et Beit Jala en Cisjordanie occupée. S’y entassent quelques 5.000 réfugiés palestiniens, descendants des populations chassées de 17 villages autour de Jérusalem lors de la création de l’État d’Israël en 1948. Les minuscules ruelles du camp laissent à peine passer la lumière du soleil qui projette l’ombre sinistre du tristement célèbre « Mur de séparation » comme l’appellent les Israéliens.

Où que l’on pose le regard, les miradors équipés de caméras vous guettent, et on y devine les silhouettes des soldats israéliens. Au pied du mur, l’école de l’ONU a été transformée en bunker pour protéger les élèves des tirs israéliens.

Partout, des impacts de balles criblent les façades des maisons. Reliquats ou souvenirs de ce que subit le camp durant la seconde Intifada : 29 maisons détruites, 27 personnes tuées, tandis que 560 habitants, principalement des jeunes, ont été arrêtés ou emprisonnés dans différents centres de détention israéliens.

Comme Ali, condamné à l’âge de 16 ans à 8 ans de prison pour avoir planté un drapeau palestinien sur le Mur et libéré après trois ans à la faveur d’un accord entre l’Autorité palestinienne et Israël. Ou comme Mohamed Qassim, Marwan, Mounjed, Fadi, Ahmed, Majdi, Khader, tous sont passés par les geôles israéliennes alors qu’ils n’avaient pas 18 ans.

À une centaine de mètres du camp, le Tombeau de Rachel[1], lieu saint du judaïsme, est en fait un camp militaire retranché d’où sont lancées quotidiennement des incursions. La nuit est synonyme de peur et de crainte de voir sa maison envahie par la soldatesque et les ruelles noires du camp sont parcourues rapidement et en silence par les rares personnes qui osent s’aventurer dehors le soir.

Durant l’hiver, souvent très froid, les familles se réunissent autour de petits chauffages électriques d’appoint. La petite centrale électrique qui alimente le camp a souvent du mal à suivre et les coupures de courant sont fréquentes. En été, on suffoque de chaleur et souffre du manque d’eau. Durant l’été 2011, les habitants ont ainsi été privés d’eau pendant plus de 30 jours.

 

Une question de survie
 

D’après les statistiques de l’UNRWA[2], le taux de chômage atteint 43% et les familles ne doivent leur survie qu’à l’incroyable solidarité familiale ou à l’aide de la communauté. Comme c’est le cas de la jeune famille de mon ami Ahmed Abu Akar. Ahmed a 24 ans. Marié, il a deux enfants dont le plus jeune, âgé d’un an, souffre d’une maladie chromosomique grave. Sans emploi alors que son épouse étudie à l’université, c’est pour lui une lutte quotidienne pour rassembler les 150 euros mensuels de loyer ou les 40 euros hebdomadaires de médicaments indispensables à son fils. Une fortune lorsque l’on sait que le salaire moyen de ceux qui ont la chance de travailler s’élève à un peu plus de 300 euros[3]. En 2005, le pourcentage de ménages palestiniens en dessous du seuil de pauvreté s’élevait à 51,5 %[4]. Depuis lors la crise est passée par là et la hausse des prix aussi.

 

Premières victimes, les enfants
 

C’est dans ce contexte que grandissent à Aïda plus de 2.500 enfants qui ne connaissent que le quotidien des petites ruelles sales. Pour ces enfants, aucun terrain de jeux où s’épanouir en liberté et surtout en sécurité. Seuls trois centres de jeunes tentent d’encadrer ces enfants : le centre Al Rowwad dispense des cours de théâtre tandis que le Youth Center et le Lajee Center prodiguent des activités culturelles et éducatives à cette jeune génération.

 

Un centre de jeunes contre l’occupation
 

Le Lajee Center[5] (www.lajee.org) est comme une lumière dans les ténèbres. Etabli en 2000, il ne doit son existence qu’à la volonté de 11 jeunes du camp désireux de servir leur communauté. Parti de rien, ce centre dispose aujourd’hui de locaux modernes où les jeunes peuvent s’initier à l’informatique, à la photo, à la vidéo, à la danse traditionnelle palestinienne Dabké et à bien d’autres activités encore. Il offre notamment tous les étés l’occasion à ces jeunes palestiniens de rencontrer des internationaux de tous les pays.

Reconnu officiellement comme une ONG depuis 2001, le Lajee Center a reçu le soutien de nombreux organismes internationaux et a pu développer de nombreux projets éducatifs : publication de quatre ouvrages, réalisation de courts métrages, échanges internationaux de jeunes, notamment en 2008 en Belgique avec COMAC Quartier, l’organisation de jeunes du PTB.

 

Offrez une plaine de jeux aux enfants d’Aïda
 

Juste derrière les locaux du Lajee Center se trouve un terrain de plus ou moins 2000m². Jusqu’il y a peu, ce terrain était laissé à l’abandon par son propriétaire et utilisé par les habitants du camp comme une décharge publique.

« Ce terrain inutilisé est une aubaine pour offrir aux enfants du camp un lieu sûr où jouer », se sont dits les responsables du Lajee Center.

Durant l’année 2010-2011, les volontaires du Lajee, aidés par des internationaux, se sont retroussés les manches et ont nettoyé, aplani à grand renfort de bulldozers ce bout de terre pour y construire une plaine de jeux, un terrain de mini-foot et des emplacements de pique-niques.

Mais c’était sans compter sur le propriétaire, un riche palestinien d’Hébron, qui une fois les travaux finis, s’est manifesté pour reprendre son bien. Après une aventure rocambolesque les parties s'accordèrentsur un prix qui donne le tournis : 210.000 dollars (160.580 euros).

À la date du 7 avril, le Lajee Center avait récolté 56.500 dollars (43.202 euros). D’ici la fin de l’année, il doit trouver 153.500 dollars supplémentaires (117.374 euros).
 

Jouer : un droit fondamental des enfants
 
Par cet achat, la Lajee Center entend faire garantir l’article 31 de la Convention des Nations Unies pour les Droits de l’Enfant : « 1.Les Etats parties reconnaissent à l'enfant le droit au repos et aux loisirs, de se livrer au jeu et à des activités récréatives propres à son âge et de participer librement à la vie culturelle et artistique. 2. Les Etats parties respectent et favorisent le droit de l'enfant de participer pleinement à la vie culturelle et artistique et encouragent l'organisation à son intention de moyens appropriés de loisirs et d'activités récréatives, artistiques et culturelles, dans des conditions d'égalité.[6].

Le Lajee Center lance donc un appel international de récolte de fonds à tous ses soutiens, amis, militants de la cause palestinienne, pour les aider à concrétiser ce beau projet.

 

Un acte de résistance
 

            Offrir une plaine de jeux aux enfants d’Aïda est un acte pacifique de résistance. Chaque morceau de terre que les Palestiniens peuvent mettre au service de leur communauté est une terre qui échappera peut-être à la colonisation israélienne et offrira à ces enfants des camps un lieu d’épanouissement, de jeu et de détente.
 
 
 
 


Faites un don


Garantissez aux enfants d’Aïda le droit de jouer


 


BE13 523-0440150-39


 


Lajee Center


39/C4 Rue Félix De Cuyper 1070 Bruxelles


Avec la mention : Plaine de jeux

 



 

Fête de soutien le 28 mai à 14h

Avec la présence de Code rouge, de la chorale Awsa, des check-points singers, de Danse Dabke et plein d'autres activités.

Où? : Salle Sanae, Boulevard Lemonier, 223 à 1000 Bruxelles

 
Notes:
 
[1] Rachel est une matriarche Biblique, femme de Jacob, le petit-fils d’Abraham.

[2] UNRWA : United Nations Relief and Works Agency, est l’agence de l’ONU en charge des réfugiés palestiniens.


[3]Selon les chiffres de l’UNRWA, fin 2009 le salaire mensuel moyen réel, pour les réfugiés palestiniens en Cisjordanie, est de 1 665 NIS (nouveau shekel israélien, environ 338 €), à comparer avec les 1815 NIS (368 €) pour les non-réfugiés. A la fin 2010, le salaire mensuel moyen réel pour réfugiés est de 1614 NIS (327,5 €) et celui des non-réfugiés, 1795 NIS (364 €). www.info-palestine.net


[4]www.ism-france.org

[5] « Lajee » signifie « réfugié » en arabe

[6] www.unicef.fr La Convention relative aux droits de l'enfant a été adoptée et ouverte à la signature, ratification et adhésion par l'Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 44/25 du 20 novembre 1989et est entrée en vigueur le 2 septembre 1990.
 
Source: Investig'Action investigaction.net