L’administration Obama maintient le cap de la domination militaire

L’administration Obama poursuit l’agenda néo-con de la domination militaire américaine du monde – quoique, peut-être, avec un visage un peu plus gentil. La torture est désormais interdite à la CIA et au Pentagone. Des gestes symboliques comme la fermeture de Guantanamo sont en vue. Mais la politique de domination militaire unilatérale, la hausse constante du budget de l’armement ainsi que les guerres d’occupation et d’agression vont sans doute se poursuivre comme avant.
Les partisans de l’expansion militaire des administrations Reagan, Bush père, Clinton et Bush fils ont tous mis en place un soutien de poids à l’accroissement des dépenses militaires. Le modèle de Clinton consistait à soutenir le complexe militaro-industriel américain. Il a été maintenu sur le plan des dépenses militaires et a tendu à accroître les ventes d’armes à l’étranger, les faisant passer de 16 % des commandes mondiales à plus de 60 % à la fin de la présidence de Clinton.

Les néo-cons, qui dominaient la dernière administration Bush, ont amplifié cette tendance à augmenter les dépenses militaires. Ils ont fait figurer leur agenda de domination militaire mondiale dans le rapport du Projet pour un nouveau siècle américain (PNAC) de 2000, rapport intitulé Rebuilding America’s Defenses (Reconstruire les défenses de l’Amérique). Le rapport réclamait la protection du territoire américain-même, la capacité de faire la guerre sur plusieurs théâtres en même temps, de tenir le rôle de gendarme du monde et de contrôler l’espace et le cyberespace. Le rapport prétendait qu’afin de maintenir la Pax Americana, il fallait tenir en échec les rivaux potentiels, comme la Chine, l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord. Leur agenda de domination militaire mondiale requérait la poursuite du développement des forces américaines dans le monde entier et l’accroissement des dépenses de défense et de guerre durant une bonne partie encore du 21e siècle. Il en résulta un doublement, en huit ans, du budget militaire américain, qui passa à plus de 700 milliards de dollars. Aujourd’hui, les États-Unis dépensent autant dans la guerre et la défense que l’ensemble du reste du monde, ce qui fait du contribuable américain le plus gros fournisseur de taxes de guerre de la planète.

L’élection de Barack Obama a apporté pour beaucoup un moment d’espoir. Toutefois son administration ne préconise pas une réduction des dépenses militaires ni un renversement de la domination militaire mondiale des États-Unis. En lieu et place, Obama a gardé Robert Gates, devenant ainsi, dans l’histoire des États-Unis, le premier président issu de l’opposition à maintenir en place le secrétaire à la Défense et à la Guerre de l’administration sortante. En outre, Obama demande qu’on intensifie la guerre en Afghanistan et ne veut que des réductions minimes à long terme en Irak.

Le complexe militaro-industriel américain est profondément implanté dans la périphérie de Washington. En 2006, selon les rapports les plus récents en provenance de OpenSecrets.org, 151 membres du Congrès avaient investi 195,5 millions de dollars dans les sociétés spécialisées dans la défense.

Les grosses entreprises de la défense ont été considérablement impliquées dans l’élection de 2008. Lockheed Martin a dépensé en tout 2.612.219 dollars en donations à la campagne politique : 49 % aux démocrates (1.285.493 dollars) et 51 % aux républicains (1.325.159 dollars). Boeing a dépensé 2.225.947 dollars en 2008 (dont 58 % pour les démocrates) et General Dynamics s’est fendu de 1.682.595 dollars en tout pour les deux camps. En 2008, Northrop Grumman a dépensé plus de 20 millions de dollars pour s’assurer les services de lobbyistes envoyés en consultance au Congrès. Durant la même période, Raytheon a dépensé 6 millions dans le même but. Nancy Pelosi a reçu plus d’argent des lobbyistes officiellement inscrits que tout autre candidat de la Chambre, au cours du dernier cycle des élections.

Le pronostic du Fonds monétaire international, annonçant une croissance économique mondiale de 0,5 % pour 2009, est le plus mauvais depuis la Seconde Guerre mondiale. L’Organisation mondiale du travail des Nations unies estime qu’environ 50 millions de travailleurs vont perdre leur emploi un peu partout dans le monde en 2009. On s’attend à ce que 62.000 firmes américaines ferment leurs portes cette année alors que le chômage officiel est à 7 % aux Etats-Unis. Ajoutez-y les gens qui ont renoncé à chercher du travail et les travailleurs à temps partiel, vous atteignez un chiffre proche de 14 %. L’élite politico-militaro-industrielle se soucie du potentiel d’insécurité mondiale qui ne cesse de croître. La réponse à ce problème, au sein de l’administration Obama, consiste à maintenir un train de dépenses élevé dans la défense et la guerre afin de s’assurer le contrôle militaire de l’instabilité, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger.

L’élite militaire, industrielle, politique et administrative tire profit des dépenses de la défense, tant sur le plan financier que sur le plan idéologique. Palper des bénéfices internes à partir des dépenses du Pentagone est une pratique courante à Washington. Mais, peut-être plus importante encore, il y a la croyance prétendant que cette machine militaire mondiale est considérée nécessaire pour la protection des intérêts des firmes américaines et des classes supérieures, dans un monde de moins en moins stable. Au vu de cette croyance, il y a peu de chance que l’administration Obama modifie la politique des dépenses militaires qu’on a connue sous les précédentes administrations.

Peter Phillips est professeur de sociologie à la Sonoma State University et directeur de « Project Censored », une organisation spécialisée dans les recherches sur les médias. Son étude de 2006 sur le Groupe de domination mondiale aux États-Unis est disponible on-line sur :http://www.projectcensored.org/articles/story/the-global-dominance-group/

Source: http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=12350

Traduit par JMF pour Investig’Action