L’Iran s’émancipe

Depuis la révolution islamique de 1979 qui, rappelons-le, a détruit le principal bastion impérialiste du Moyen-Orient, le régime de Téhéran hante les nuits des dirigeants occidentaux.


Le cauchemar s’est d’abord installé à Washington, unique organisateur du coup d’Etat de 1953 qui installa la violente dictature du Shah et qui n’a jamais vraiment admis qu’une ambassade des Etats-Unis dans un pays étranger ait pu être occupée, son personnel séquestré (sans violence) et ses archives minutieusement analysées sans que, à un moment ou à un autre, la terrible vengeance d’un bombardement puis d’une agression sanglante et d’une invasion ne viennent régler son compte au régime honni pour avoir osé lever la main sur les serviteurs de l’Empire.
 


Mahmoud Ahmadinejad et Evo Morales, deux chefs d’Etat qui mangent par terre, ne sont pas invités au G20. Ils s’en moquent !


Pourtant, depuis 30 ans, la vengeance reste inassouvie.

Toutes les attaques indirectes, qu’elles fussent militaires ou civiles, ont échoué.

La première et la plus meurtrière fut la guerre Iran/ Irak. Déclenchée par Saddam Hussein qui se crut investi de la mission de confiance de liquider le nouveau régime iranien alors qu’il s’agissait, manœuvre machiavélique s’il en fut, d’épuiser les deux seuls membres de l’OPEP assez puissants pour contrebattre l’influence saoudienne « modératrice » (c'est-à-dire soumise aux Etats-Unis) dans l’organisation pétrolière. Saddam Hussein, que la CIA avait aidé à assoir son régime en lui fournissant les listes des militants communistes qui avaient participé avec lui au renversement de la monarchie en 1978 et qu’il élimina avec soin, pensait, fatale erreur d’analyse, qu’il était un ami des Etats-Unis. Or l’Empire n’a pas d’amis, il n’a que des vassaux ou des laquais.

La deuxième est permanente. Il s’agit de l’embargo économique dont le contenu se durcit sans cesse au fil des résolutions du Conseil de Sécurité mais qui, s’il a compliqué la tâche du pays, n’a pas produit l’appauvrissement attendu pas plus que les émeutes populaires qui auraient dû en être la conséquence et a été souvent tourné pas des firmes occidentales avides de marchés nouveaux.

La troisième est la politique d’encerclement poursuivie depuis 2001 dans le cadre de « La guerre contre le terrorisme ». L’Iran, on s’en souvient, a été classé par G.W. BUSH dans l’AXE DU MAL et s’est retrouvé flanqué à l’Est (Afghanistan) et à l’Ouest (Irak) d’armées US en campagne accompagnées de grandes quantités de mercenaires payés par le Pentagone et assistées de contingents de divers alliés membres de l’OTAN ou alignés comme l’Australie. Mais les Etats-Unis ne peuvent pas utiliser ces deux bases extérieures pour attaquer l’Iran puisqu’ils n’y maitrisent pas la situation intérieure. Embourbés en Afghanistan, ils viennent d’être contraints d’accepter en Irak la constitution d’un gouvernement qui, vus sa constitution et ses appuis parlementaires, n’est certainement pas prêt à s’en prendre à son voisin iranien.

La quatrième est l’ingérence intérieure qui a pris diverses formes : subornation de Rafsandjani, essai de révolution de couleur au printemps 2010, soutien à la dissidence baloutche… mais qui n’a pas donné les résultats escomptés.

Ne restait plus que le prétexte de l’arme nucléaire iranienne permettant de brandir en permanence depuis 2007 la menace d’une attaque militaire d’envergure directe. Que l’exécutant soit l’armée sioniste ou l’armée US elle-même est un débat très secondaire : les bombardiers israéliens ne volent pas sans le GPS étasunien. Ceci n’a pas empêché l’Iran de poursuivre sa politique de nucléaire civil couronnée par la mise en service en août de la première centrale nucléaire de Bushehr fournie par la Russie.

L’Iran a donc bien résisté.

Mais le fait nouveau est qu’il est maintenant passé très sérieusement à la phase de la contre-attaque.

Son premier terrain d’intervention est le Proche-Orient, où son soutien officiel affirmé au Hezbollah libanais et au Hamas palestinien réduit très sérieusement la liberté d’action militaire d’Israël qui, profitant de la protection impériale et de l’impunité qu’elle lui assurait, avait pris depuis 1948 l’habitude d’intervenir militairement et en toutes occasions chez ses voisins.

Ce champ est en train de s’élargir considérablement. Axe du mal ou pas, l’Iran a renforcé ses relations diplomatiques et économiques avec des pays qui sont eux-mêmes en résistance aux ingérences étasuniennes (et souvent simultanément sionistes) Parmi eux : le Venezuela, la Bolivie, le Belarus, Cuba. Il développe également des relations avec le continent africain, comme en témoigne la récente visite du Ministre des Affaires Etrangères iranien au Burkina Faso, où il a été très bien accueilli par le plus fidèle agent de la FRANCAFRIQUE : Blaise Campaoré.

Mais le plus important est la création récente d’une aire d’influence régionale. L’Iran entretenait déjà de bonnes relations avec l’Arménie, pays qu’il approvisionne en gaz et avec qui il maintient une frontière ouverte permettant à celle-ci de ne pas se trouver étranglée par ses voisins turc et géorgien.

Surtout, l’Iran vient de signer des accords de coopération très importants avec deux de ses voisins du Nord : le Turkménistan et l’Ouzbékistan, qui vont permettre à ces deux pays enclavés, soucieux l’un et l’autre de ne pas dépendre de la seule Russie pour l’acheminement de leur commerce extérieur, d’utiliser le territoire iranien pour accéder à l’Océan Indien. Pour le Turkménistan en particulier, pays très peu peuplé mais qui dispose de réserves de gaz naturel parmi les plus importantes du monde, cette ouverture vers le Sud est un moyen d’échapper aux contraintes léonines que pouvait lui imposer GAZPROM pour exporter son gaz. Le Turkménistan et l’Ouzbékistan étaient déjà complices pour laisser le passage à un gazoduc alimentant la Chine qui a été ouvert cette année. Leur désenclavement se poursuit donc. De surcroit, les trois pays partagent un souci commun de sécurité : celui de combattre la déstabilisation et les multiples influences souterraines que peut engendrer l’immense trafic d’héroïne d’origine afghane.

Il est une autre question sur laquelle Turkménistan et Iran vont pouvoir coordonner leurs positions : celle du statut de la Caspienne. Jusqu’à la disparition de l’URSS, la situation était claire : la Caspienne n’avait que deux pays riverains : l’URSS et l’Iran, et le partage de la souveraineté sur cette mer s’était fait très simplement en tirant un trait droit entre les deux frontières terrestres (trait noir sur la carte ci-dessous).

Les riverains sont aujourd’hui au nombre de 5 : Azerbaïdjan, Russie, Kazakhstan, Turkménistan et Iran. Du point de vue du droit international, la Caspienne, mer fermée, doit être découpée comme un lac entre les riverains sans eaux internationales en son milieu.

Jusque là tout le monde s’entend : pas question de créer des eaux internationales pour y voir arriver tous les grands prédateurs transnationaux avides de gaz et de pétrole, deux ressources naturelles abondantes dans tout le bassin de la Caspienne. Pour la délimitation des zones de souveraineté nationale, l’Iran est depuis 1991 en désaccord avec la Russie et revendique une zone plus étendue que dans le partage précédant (pointillés blancs sur la carte ci-dessous). Une position commune ferme de l’Iran et du Turkménistan par rapport à la Russie risque fort d’être appuyée par le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan. Il faudra attendre les commentaires sur la réunion qui s’est tenue à ce sujet à Téhéran ces derniers jours mais il est manifeste que sur ce sujet, l’Iran a repris la main et que la Russie risque de payer cher et son ralliement (au mois de juin) aux nouvelles sanctions de l’ONU proposées par les Etats-Unis et son refus (au mois d’août) de lui livrer les missiles S300 défensifs commandés.

Dernier succès iranien : un accord de coopération militaire signé en août avec le sultanat d’Oman.

Le sultanat d’Oman comporte en fait deux territoires : une vaste zone semi-désertique sur la mer d’Arabie et un territoire plus petit mais plus accueillant et plus peuplé sur le golfe d’Oman et la rive Sud du détroit d’Ormuz. A eux deux, Oman et Iran contrôlent donc les deux rives d’un des détroits les plus stratégiques et les plus surveillés du monde en raison du flux pétrolier intense qui l’emprunte. Dans ces conditions, les gesticulations porte-avionesques des Etats-Unis (2 porte-avions) et de la France (1 porte-avions) dans le Golfe Persique (tout comme l’ouverture d’une base militaire française à Abou Dhabi) peuvent être désormais considérées comme autant d’aveux d’impuissance, d’autant plus que du côté des pays arabes riverains : Koweït, Qatar, Bahreïn, l’inquiétude est grande, même s’ils ne se fâchent pas ouvertement avec l’alliance US/ISRAEL, de voir le Golfe Persique transformé en champ de bataille au nom d’intérêts qui leur sont étrangers.

Retournant les menaces contre ceux qui les ont orchestrées, l’Iran est en train d’organiser un voisinage régional confiant et coopératif appelé à devenir un nouveau pôle du monde multipolaire en gestation sous nos yeux.

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  Source : Comaguer