L'Office des étrangers bafoue les droits humains

  • 22 Nov 2006

Témoignage d'une interprète de l'Office des étrangers / Ministere de l'intérieur

Je suis interprète au sein de l’Office des étrangers, par lâcheté ou dans un souci de conserver mon emploi, je préfère garder l’anonymat. J’espère seulement que cela n’apportera pas moins de crédit à ce que je veux dénoncer.

Presque chaque jour les droits humains sont à la limite d’être bafoués, mais les dernières semaines des pas ont été franchis et pour la paix de ma conscience je ne peux garder ces choses pour moi, je suis écœurée de constater le peu de considération donnée aux être humains au sein d’une telle administration de l’Etat étant dans l’obligation de respecter les droits de l’homme.

Tout d’abord, il y a eu le premier incident survenu il y a environ 2 semaines, un candidat qui devait être transféré dans un centre fermé et qui venait de l’apprendre a tenté » de fuir, il s’est lancé sur la barrière située à l’arrière du bâtiment dans l’espoir de l’escalader c’était sans compter sur les pics situés au dessus de la dite barrière, le poids de son corps aidant complété par l’incapacité des gardiens du service de sécurité aidant qui ont eu la bonne idée de la tirer par les jambes ont fait que le malheureux a eu les pics qui lui sont rentrés dans les paumes des mains et les ont lacérés, cet homme a dû être hospitalisé pour vous donner une idée de la gravité de ses blessures, il y avait de lambeaux de peau et de la chair sur les pics de la barrière.

Le deuxième fait où la dignité humaine a de nouveau été bafouée et cette fois par pur jeu et plaisir de la part de 2 gardiens de sécurité, c’est l’idée qu’ils ont eu de faire passer un jeune enfant ans le scanner à bagages, ils ont trouvé cela rigolo et amusant, la hiérarchie a été informée de cette situation car ce fait a été vu par divers employés de l’Office des étrangers, résultat, pas de sanction pour ces deux hommes, pour reprendre leurs termes, « c’était pour jouer », drôle de jeu ne pensez-vous pas ? Cet enfant a été traumatisé mais au fond est-ce que cela compte c’était tellement comique pour ces deux hommes, ce qui m’a scandalisé c’est la non prise de sanction pour une faute professionnelle à mes yeux très grave, cela m’a scandalisé profondément.

Le dernier fait que je vais vous expliquer et qui m'a poussé à vous écrire n’a tellement choqué et scandalisé que je n’arrête pas d’y penser depuis, une dame Africaine devait être transférée dans un centre fermé, elle se débattait dans le local où on lui avait notifié son envoi en centre fermé, on entendait les cris, les supplications et les pleurs de cette femme désespérée, vous comprendrez mieux sa réaction par la suite lorsque je vous aurai fourni toutes les données concernant cette dame, la dame a été saisie par les mains et les pieds, emportée comme un vulgaire paquet pour être jetée dans la camionnette aux vitres grillagées devant l’emmener vers le centre fermé, là où le bât blesse c’est qu’en voyant le ventre proéminent de cette pauvre femme j’ai compris qu’elle devait être au minimum enceinte de 7 mois, j’ai été scandalisée par le fait et par l’attitude des gardiens, je revois leur regard, ils prenaient un certain plaisir à faire ce qu’ils faisaient, un parmi eux avait même un certain sourire, cette scène semblait surréaliste dans un Etat censé être un Etat de droits, bizarrement lors des 3 cas le même gardien est impliqué et ce n’est pas celui qui agit le moins croyez-moi, troublant non, un certain Yurgen d’après les échos circulant dans le service.

Voilà vous ferez ce que bon vous semble de cette lettre, je pensais l’envoyer aux médias mais une lettre non signée aurait-elle crédit à leurs yeux ? Les médias pourraient penser à de la délation mais sur mon honneur j’ai vu de mes yeux ce que je vous fais part. J’ai soulagé ma conscience, en tant que mère je ne pouvais garder le silence, surtout au niveau de la dame africaine, je ne sais pas si vous avez accès aux réfugiés en centre fermé mais sachez que cet évènement est récent et cette dame s’y trouve, de surcroît cette dame étant enceinte ce devrait être facile de la retrouver, elle (…) si elle ose confirmer ce qu’elle a vécu, j’envoi cette lettre à diverses associations pouvant dénoncer ce genre de situation aberrante et incroyable dans un pays démocratique.

Nouveau : Communiqué de presse du Mrax : Une enquête sur les centres fermés et l’

Office des étrangers svp !

Lundi, nous diffusions pour info et avec toute la prudence nécessaire un

courrier anonyme émanant d’une personne se disant être interprète à l’Office

des étrangers. Nous demandions du soutien pour vérifier et recouper trois

faits graves de mauvais traitements relatés dans ce courrier.

Depuis lors, via le groupe de visiteurs en centres fermés auquel nous

participons, il nous a été possible de retrouver, au 127 bis, la personne

qui s’était entaillé profondément les mains sur les pics d’une barrière de l

’Office en tentant d’échapper à l’enfermement en centre fermé. La présence d

’une femme enceinte dans le même centre nous a également été confirmée.

Cette personne ayant été transférée dans un hôpital, elle n’a pas encore pu

être identifiée. Nous poursuivons les recherches de ce côté. Cela contredit

en tout cas les propos de Monsieur Roosemont dans la courte interview parue

dans La capitale de mardi dernier selon laquelle les faits dénoncés sont

impossibles étant donné qu’on n’envoie pas les femmes enceintes en centre

fermé…D’autre part, dans la même interview , monsieur Roosemont reconnaît

avoir eu connaissance du cas d’un enfant passé au scanner tout en minimisant

l’incident en parlant d’un « jeu » de la part de cet enfant.

Ces éléments confirment les 3 faits inadmissibles dénoncés dans le courrier.

Le fait que ce courrier soit anonyme confirme aussi ce que nous savions

déjà, la loi du silence et l’impunité qui règnent sur les pratiques de l’

Office des étrangers et le climat de peur qui pèse sur les candidats

réfugiés.

La semaine dernière, un constat analogue était fait à l’égard des centres

fermés. Nous sommes heureux, après des années de dénonciation, que l’

opacité qui entoure certains maillons de la procédure d’asile commence à

craquer. Mais, nous le demandions déjà la semaine dernière, il faut

continuer le travail en mettant en place une commission d’enquête

parlementaire qui fasse toute la lumière sur les pratiques d’enfermement en

centres fermés et le traitement des « clients » à l’Office des étrangers.

Et puisque les langues commencent très heureusement à se délier dans ces

administrations, nous lançons un appel pour que cela continue !

Contacts :

Didier de Laveleye 02/209.62.59.

Christophe Delanghe 02/209.62.58.