Kabila: “Nous sommes un gentil géant qui veut vivre en paix avec ses voisins”

L’avenir a publié une traduction d’une interview de Joseph Kabila donnée au New York Times dont cinq passages ont ici été retenus. La version complète et en anglais est disponible sur le site du New York Times.

1. Sur la coopération avec le Rwanda et l’amélioration des relations

Entre les pays et les nations, tout est avant tout question d’intérêts. Quels sont nos intérêts ? C’est d’avoir un voisin épris de paix, un voisin qui respecte notre intégrité territoriale, un voisin qui respecte notre indépendance. Et, bien sûr, un voisin avec lequel nous pouvons faire des affaires. Quels sont les intérêts du Rwanda au Congo ? J’aime croire que ce sont les mêmes intérêts. Cependant, s’il y avait un agenda caché, et si le Rwanda contrôlait illégalement des concessions minières ou s’il donnait un coup de main à ce qui se passe au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, alors nous serions loin de la confiance. Nous leur accordons le bénéfice du doute. Une fois de plus, probablement pour la dernière fois.

2. Sur le contrat chinois

Je ne comprends pas la résistance que nous avons rencontrée. Qu’est-ce que le contrat chinois ? Nous avons dit que nous avions cinq priorités : les infrastructures, la santé, l’éducation, l’eau, l’électricité et le logement. Maintenant, comment pouvons-nous faire face à ces priorités ? Nous avons besoin d’argent, de beaucoup d’argent. Pas des 100 millions de dollars US de la Banque Mondiale ou des 300 millions du FMI. Non, nous avons besoin de plus d’argent, surtout que nous sommes toujours endettés de près de 12 milliards de dollars. Et qu’à cela se rajoute 50 à 60 millions de dollars US par mois, ce qui est énorme. Donnez-moi 50 millions de dollars chaque mois pour le secteur social et nous pourrons aller de l’avant. Quoi qu’il en soit, c’est une autre affaire. Mais nous avons dit : « oui, nous avons des priorités », et nous avons parlé à tout le monde. « Américains, avez-vous l’argent ? » « Non, pas pour le moment. » « Union européenne, avez-vous trois ou quatre milliards de dollars pour ces priorités ? » « Non, nous avons nos propres priorités. » Ensuite, nous avons dit : pourquoi ne pas parler à d’autres personnes, comme les Chinois ? Alors nous leur avons dit : « Avez-vous l’argent ? » Et ils ont dit : « Oui, nous pouvons discuter. » Donc, nous avons discuté.

Question : avez-vous un ressentiment envers l’Occident à propos de cette affaire ?

Eh bien, je ne comprends pas pourquoi ils nous ont dit de ne pas signer ces accords. Probablement parce qu’il y a beaucoup d’ignorance, l’ignorance de la difficulté de notre situation. Bien sûr, lorsque vous êtes assis à Washington ou à New York, vous croyez que tout le monde est comme à Washington ou à New York. Mais les gens souffrent. Qu’est-ce qui m’a révolté moi ? C’est le fait qu’il y ait une résistance à cet accord sans faire une contre-proposition.

3. Sur le nouveau commandement de l’armée Américaine pour l’Afrique : AFRICOM

Que pensez-vous d’Africom (le nouveau commandement militaire américain en Afrique) ? Quel intérêt y a-t-il à accueillir cette base ici ?

L’installation de cette base au Congo est hors de question. Nous ne pensons pas que le Congo doive servir de base et ce pour quiconque ou n’importe quelle puissance, pas du tout. Mais nous avons un programme avec le gouvernement américain pour former certaines troupes de notre armée.

4. Sur la classe politique congolaise

Mobutu a dirigé ce pays pendant 37 ans. Il a créé une classe politique, une mentalité, et nous n’avons pas encore mis fin à cela. Les anciennes mauvaises méthodes sont toujours là : corruption, mauvaise gestion, etc. Notre plus grande erreur, c’est que nous n’avons pas trouvé assez de temps pour entraîner et former nos propres cadres. On n’a pas besoin d’un millier de personnes pour transformer un pays. Non, on n’a besoin que de 3, 4, 10 ou 15 personnes avec des convictions, déterminées et résolues. Ai-je ces 15 personnes ? Probablement 5, 6, voire 7, mais pas encore 15.

5. Sur le rôle stratégique du Congo en Afrique

Je crois que le monde est vraiment conscient de ce qu’il se passe au Congo. Mais ce dont il a eu connaissance ce sont les choses négatives qu’il se passe au Congo : la guerre, le viol, les massacres, etc.  Mais ce que le monde doit savoir c’est que le Congo est un pays stratégique sur ce continent. Les gens ne peuvent pas prétendre développer les autres pays sans utiliser le Congo comme une véritable locomotive et un moteur. Et le Congo est ouvert pour discuter et faire des affaires avec n’importe qui. (…) Le monde est-il prêt à voir un Congo fort ? Je l’espère. C’est un autre point d’interrogation, étant donné que beaucoup de gens ont peur, notamment dans cette région. Mais nous disons que le Congo est un géant, un gentil géant. Nous sommes une grande nation, un gentil géant qui veut vivre en paix avec ses voisins.

 

Source: Intal

Corrigé par Khalil Ben Mohamed pour Investig’Action