Japon : Quarante ans de profit au détriment de la sécurité

La situation actuelle a fait l’objet d’une mise en garde lors de la construction de la centrale nucléaire de Fukushima. Mais tant la compagnie énergétique Tepco que le gouvernement japonais ont fait fi des avertissements.

 

La plus vieille centrale de Fukushima date de 1972 et fonctionne avec des réacteurs à eau bouillante. Selon The New York Times (16/3), les scientifiques spécialistes du nucléaire avaient averti en 1972 que cette génération de centrales présentait une faiblesse pouvant mener à de grands dangers. Stephen Hanauer, de la Commission de l’énergie atomique, estimait que tous ces réacteurs devaient être fermés. Sa mise en garde fut ignorée. Non car elle était infondée, mais car une telle décision aurait probablement signifié « la fin de l’énergie nucléaire ». 32 réacteurs similaires sont toujours en activité dans le monde.

 

Signal d’alarme après signal d’alarme

 

Les centrales nucléaires japonaises sont construites pour résister à un séisme de force 7 sur l’échelle de Richter. Mais en 2007, le tremblement de terre de Chuetsu de magnitude 6,6 avait causé une fuite radioactive dans la centrale de Kashiwazaki-Kariwa. Par le passé, le Japon avait fait face à des incidents nucléaires réguliers. Après le séisme de Kobe en 1995, des séismologues, tels qu’Ishibashi Katsuhiko, et l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique avaient averti que les mesures de sécurité au sein des centrales nucléaires étaient insuffisantes pour résister aux tremblements de terre. Fukushima : ou la chronique d’une catastrophe annoncée.

 

Et le gouvernement continue…

 

Depuis des décennies, le gouvernement japonais a mis de côté des avertissements scientifiques à propos de l’énergie nucléaire.

 

Le réacteur 1 de Fukushima, gravement endommagé, devait être fermé le mois dernier, mais le producteur d’électricité Tepco fit pression sur le gouvernement japonais pour obtenir une prolongation de 10 ans.

 

En 2009, les scientifiques avaient exigé du gouvernement japonais qu’il mette un terme à l’utilisation du MOX –combustible résultant du mélange de plutonium et d’uranium – car selon eux, l’usage du MOX est bien plus risqué que celui de l’uranium.

 

La plupart des pays qui l’utilisaient l’ont abandonné. Pourtant, le Japon compte encore trois centrales fonctionnant avec du MOX. Cette question a donné lieu à de vives protestations, comme lorsqu’en mai 2008, un navire transportant du MOX venant de France fut amarré dans le port d’Omeezaki.

 

En 2010, on protesta contre la remise en fonctionnement du régénérateur de Monju à Tsuruga, fonctionnant lui aussi avec du plutonium. Le réacteur avait été mis à l’arrêt depuis 1995 après qu’une fuite de liquide de refroidissement à base de sodium n’ait donné lieu à un incendie.


Mais le gouvernement japonais ne jure que par l’énergie nucléaire, et a même fait appel à l’argument du réchauffement nucléaire pour ne pas changer son choix…

 

Cacher et falsifier des informations sur le danger

 

Wikileaks a découvert qu’un membre du parlement japonais avait déclaré en 2008, face à des diplomates américains, que « le gouvernement “cachait” des incidents nucléaires ». En 2002, l’organe de surveillance responsable de la sécurité au sein des centrales mentionnait que la compagnie Tepco avait passé sous silence environ 200 incidents, entre 1977 et 2002. À la suite de ce scandale, différentes centrales furent fermées mais remises en service en 2005.

 

 En septembre 2009, la préfecture de Niigata a mis en lumière de nouvelles erreurs de la part de Tepco : au cours des quarante dernières années, la compagnie s’est rendue coupable de « dissimulation volontaire de déficits et d’incidents et de falsification de données. »

 

Risque de tsunami connu depuis longtemps

 

Le tremblement de terre/tsunami du 11 mars a coupé le système de refroidissement de la centrale de Fukushima. Le Parti communiste japonais, entre autres, avait déjà mis en garde face à un tel scénario. Takano Hiroshi, membre du conseil communal d’Onagawa, où se trouve une autre centrale, avait averti que « des vagues de trois mètres étaient prévues, et qu’elles pourraient causer de lourds dommages, en raison de l’inégalité de la côté. Chaque erreur dans le processus de refroidissement peut entraîner la fusion du cœur du réacteur, ainsi que de graves incidents. » Dans la mesure où il était passablement pessimiste – pour les compagnies énergétiques, les risques de tsunami étaient infimes –, il exigea du gouvernement que les entreprises se plient à des mesures pour faire face aux menaces de tsunami.

 

Centrales marines

 

Mais ce gouvernement est à mettre dans le même sac que les compagnies énergétiques privées. L’agence de sécurité NISA (Nuclear and Industrial Safety Agency), un service du ministère de l’Économie, a assuré que « la NISA organisait des tests pour s’assurer que les centrales nucléaires disposaient de suffisamment d’équipements de sécurité pour faire face au probable tremblement de terre théorique ». C’est ce qu’écrivait l’agence en juillet 2007. En réalité, le gouvernement demandait aux centrales de ne tenir compte que des séismes de magnitude 6,5 sur l’échelle de Richter. Alors que, depuis la construction des premières centrales en 1970, le pays a connu quelque dix tremblements de terre dépassant les 6,5. Peu avant la déclaration de la NISA, un séisme de magnitude 6,8 avait engendré des fuites et un incendie dans la centrale de Kashiwazaki-Kariwa… Et pourtant, la NISA écrivait à propos de cette centrale : « L’enceinte protège le matériel radioactif. La NISA a testé cette centrale en profondeur et assure que tout est en ordre. »

 

Un incident survenu entre des citoyens mécontents et la compagnie énergétique Chugoku Electric Power Co en dit long. La compagnie veut gagner du terrain sur la mer à partir de Kaminoseki, et y construire deux nouvelles centrales. Les travaux sont à l’arrêt depuis 15 mois à cause de nombreuses protestations. Les opposants, dont le Parti communiste japonais, ne veulent pas entendre parler de ces centrales et veulent préserver la pêche locale, où survit encore, entre autres, le Guillemot du Japon, un oiseau marin rare.

 

Source: Solidaire

 

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