Israël ou la peur de la paix

Les bombardements israéliens sur la Bande de Gaza (opération « plomb durci »), ayant démarré la semaine dernière et ayant déjà fait plus d’un millier de victimes en morts et blessés sont à comprendre dans une logique très simple : Israël a une peur bleue de faire la paix avec les Palestiniens et les Arabes.
Depuis sa douloureuse naissance en 1948, l’Etat hébreu marche avec la conviction que faire la paix avec ces derniers reviendrait à s’exposer à tous les risques imaginables, y compris d’être « jetés à la mer » par des ennemis qui ne demandent pas mieux que de voir l’étau se desserrer contre eux pour se préparer à leurs plus funestes ambitions contre des envahisseurs auxquels ils ne pardonneront jamais de les avoir dépossédés et chassés de leurs terres.

Tous les gouvernements israéliens ont toujours fonctionné sous ce paradigme. De David Ben Gourion au tout début à Ehud OLMERT présentement.

Cela explique que jamais la colonisation des terres palestiniennes n’a cessé sous aucun dirigeant israélien, que jamais le droit au retour n’a été imaginable pour les Palestiniens exilés, que jamais les résolutions de l’ONU invitant l’Etat juif à respecter les dispositions du droit international ne sont respectées.

Cela explique que même en prenant part à un processus de paix (Annapolis, Madrid, feuille de route, trêves, etc…) des actes concrets sont posés constituant des freins durables à la paix: colonies de peuplement, occupation continue, mur de séparation, démolitions d’habitats et de champs, assassinats, checkpoints…

Cela explique que toutes les offres des pays arabes pour enfin reconnaître Israël et instaurer une paix réelle sont rejetées, considérées juste comme des stratagèmes trompeurs : on ne peut faire confiance aux Arabes !

Cela explique que le cessez-le-feu signé avec le Hamas en novembre 2006 a été violé dès le premier jour par l’arrestation d’un membre du Hamas.

Le leadership israélien est loin de se faire des illusions : ils savent pertinemment que des bombardements aériens ne viendront jamais au bout du Hamas et qu’il faut une intervention terrestre. D’où une escalade entraînant morts, destructions et désolation renvoyant aux calendes grecques toute possibilité de paix.

C’est sur ce site macabre que vont surfer les prétendants au poste de Premier ministre lors des élections du 10 février prochain et que l’actuel Premier ministre espère glisser pour se donner une sortie honorable après le désastre de la guerre au Liban pendant l’été 2007 et toutes les casseroles judiciaires qui l’accompagnent présentement. Pour Tzipi LIVNI, la « solution militaire est la seule qui reste » après les tirs de roquettes du Hamas depuis la bande Gaza en représailles aux multiples violations de l’armée israéliennes ; Ehud BARAK parle, lui, de « guerre sans pitié ».

A l’évidence, le conflit israélo-palestinien, vieux maintenant de soixante ans, ne sera pas résolu par l’actuelle génération de leaders israéliens que poursuit la peur de la paix héritée de leurs pères fondateurs et instillée dans toute leur société. Seule une alternance générationnelle pourra sauver Israël de ses démons enfouis au plus profond de lui-même et qui sont entrain de lui manger son âme.

Mamadou SY TOUNKARA est directeur de la revue ESSPRI (Sénégal) – Cet article est paru le 31/12/2008.