Irak: les violences contre des étudiants et des enseignants ne cessent de croître

Le kidnapping de trois professeurs de droit et d’un étudiant lundi dernier ainsi que la mort ce dimanche de cinq élèves d'un collège de filles, sont révélateurs de l’effondrement du système d’éducation irakien qu’a entraîné l’invasion américaine.

http://www.wsws.org/articles/2007/jan2007/stud-j31.shtml

31 janvier 2007

Les deux incidents ont eu dans la région de Bagdad. Les professeurs de droit, enseignants à l’Université de Droit de Nahrain, étaient Adnan al-Abid, Amar al-Qaisi, et Abdul-Mutaleb al-Hashimi. Le fils du Dr al-Hashimi, qui poursuivait ses études à l’université où enseignait son père, a également été kidnappé. Tous ont été emmenés au moment où ils quittaient les locaux de l’université. Quant aux cinq adolescentes, âgées de 12 à 15 ans, elles ont été tuées lorsque leur collège (Kholoud Secondary School) a été la cible de tirs de mortier, vers 11 heures du matin. Plus de vingt autres élèves ont été blessés au cours de l’attaque.

Selon le New York Times, de nombreux collèges et écoles primaires ont ainsi été pris pour cible le mois dernier. Au collège de Gharbiya, à Bagdad, ce sont dix élèves qui ont été tués. Début décembre, un lycée pour filles d’un quartier à majorité chrétienne de Bagdad a dû être fermé après que des affiches ont été apposées, menaçant de mort les élèves qui s'y rendaient.

La plus grave de ces exactions a été commise le 17 janvier, lorsque des bombes ont explosé dans la prestigieuse université de Mustansiriya à Bagdad, tuant plus de 70 étudiants, des jeunes filles pour la plupart, et laissant un grand nombre de blessés. Les bombes ont explosé au moment où les étudiants s’alignaient devant des camionnettes qui devaient les ramener chez eux.

On s'attendait d'ailleurs à de telles attaques. Le journaliste Nir Rosen écrivait en décembre dernier sur le site Internet IraqSlogger, que le groupe fondamentaliste sunnite Ansar Al Sunna avait placardé des affiches et des banderoles dans des quartiers à majorité sunnite, appelant au boycott des universités par des étudiants sunnites. L’Université Mustansiriya avait été particulièrement ciblée.

En réponse, une banderole avait été fixée à l’Université Mustansiriya où l’on pouvait lire « Nous ne cèderons pas au terrorisme, voilà notre réponse. »

Des étudiants de l’Université irakienne de Chirurgie Dentaire avaient pour leur part envoyé un appel au gouvernement irakien, protestant contre la re-localisation de leur institution au sein de l’Université Mustansiriya, qualifiant déjà celle-ci de « campus de l’horreur et de la terreur. »

Le massacre de l’Université Mustansiriya fut suivi d'importantes manifestations d’étudiants. Une soixantaine d’étudiants de l’Université de Technologie de Bagdad ont organisé un sit-in, afin de réclamer un dispositif de protection pour la faculté et ses étudiants. S’adressant à Aljazeera au sujet des attentats du 17 janvier dernier, l’un de ces étudiants, Yasmin Mohammad, a déclaré « Cette attaque ne visait pas une communauté spécifique. Les étudiants de cette Université sont chiites, sunnites, kurdes, chrétiens, etc. Il s’agit d’une guerre contre tout ce qui se rapporte à l’Irak. »

Le 23 janvier, un professeur d’économie de l’Université Mustansiriya, Diya al-Meqoter, a été abattu d’une balle dans la tête et d’une dans la poitrine. Meqoter avait animé une émission télévisée très populaire qui accordait à des gens pauvres des aides afin qu’ils puissent démarrer de petits commerces. Meqoter était aussi le directeur d’une Association de Consommateurs qui luttait contre les politiques inflationnistes des milieux d’affaires.

Depuis l’invasion U.S. de 2003, ce sont plus de 300 professeurs d’université qui ont ainsi été assassinés. Près de 40% des professionnels de ce secteur ont fui à l'étranger, au nombre desquels plus de 3 000 enseignants. Des centaines d’autres se sont réfugiés au Kurdistan irakien, où ils sont à peu près en sécurité.

Selon un rapport des Nations Unies paru en 2005, 84 % des installations d’enseignement supérieur d’Irak ont été « détruites, saccagées ou pillées », depuis l’invasion U.S. de 2003.

En 1982, l’UNESCO avait attribué à l’Irak le prix d’éradication de l’analphabétisme. A l’époque, la population irakienne montrait l'une des plus fortes proportions de femmes sachant lire et écrire. En 2004 – un an après le début de l’occupation américaine et après 12 ans d’embargo sponsorisé par les Nations Unies – l’UNESCO évaluait le taux d’alphabétisme chez les adultes à près de 74%. En janvier 2007 le même organisme estimait que la proportion de femmes éduquées en milieu rural était tombée à 37 %.

Cette même enquête démontrait qu'à peine 42% des garçons et 30% des filles d’âge scolaire, étaient effectivement scolarisés. Dans de nombreuses grandes villes du pays, si les Universités restent ouvertes elles sont littéralement désertes. À Basra, Mosul, et Divala de nombreuses écoles sont vides, les parents craignant trop de laisser leurs enfants se rendre dans les écoles primaires ou au collège.

La destruction méthodique de l’infrastructure culturelle de l’Irak a commencé avec le pillage du Musée National en avril 2003, désastre qui n'a pu être perpétré que grâce à la présence des forces d’occupation U.S. Depuis, la destruction et l’occupation des écoles (30% des écoles de Ramadi sont occupées par les troupes U.S), et les efforts de l’Administration Bush pour attiser les haines sectaires ont entraîné le quasi-total effondrement du système d’éducation irakien. Cela ne peut pas ne pas être délibéré.

Plus une population se trouve privée d’instruction et d’accès à la connaissance, plus il est facile de la soumettre à une domination semi-coloniale. De fait la scolarisation de millions de jeunes irakiens est devenue impossible, des universitaires et des enseignants sont froidement abattus, les bibliothèques ferment et les sièges des journaux sont la cible d’attentats à la bombe.

Traduction : Sheza Moledina