Irak : Que se cache-t-il derrière le joli visage d’Angelina Jolie ?

Début février, l’actrice américaine Angelina Jolie débarque en Irak, déléguée par les Nations Unies pour « aider les réfugiés Irakiens ». Durant son bref séjour, elle n’a pas manqué d’aller rendre visite au général David Petraeus, le plus haut gradé de l’armée d’occupation. Que se dissimule-t-il derrière cette opération de charme hautement médiatisée ? Panoramique sur un pays et un peuple dévastés par deux guerres d’agression, 12 ans d’embargo et cinq ans d’occupation.

« Jusqu’en 1990, l’Irak avait un des meilleurs systèmes de soins de santé du Moyen-Orient. C’était le résultat d’un engagement profond des professionnels de la santé pour offrir un service de qualité à leurs patients, d’une planification à long terme et orientée par les gouvernements irakiens successifs depuis les années 30 et de structures gouvernementales disciplinées et fiables, quoique parfois maladroites » ((Dahr Jamail. Extrait d’un rapport soumis en tant que pièce à conviction au Jury de Conscience lors de la clôture du Tribunal Mondial sur l’Irak à Istanbul, le 23-27 juin 2005).

Du sang et des dollars.

Selon Oxfam, 8 millions d’irakiens ont un besoin urgent d’aide médicale. Mais, dit un rapport récent de Medact, jusqu’à 75% des docteurs, dentistes, infirmières et pharmaciens ont fui le pays. Actuellement, il reste 6 médecins pour 10.000 irakiens. À comparer avec la situation au Royaume-Uni : 23 médecins pour 10.000 habitants.En cause l’invasion, l’occupation, la violence et l’insécurité permanente, le chaos administratif… et les enlèvements contre rançons de médecins, une des cibles favorites de bandes qui s’organisent pour rançonner ces professionnels relativement plus aisés que l’ensemble de la population.

Ajoutez à cela les coupures régulières d’électricité, l’eau polluée – seulement 40% de la population a accès à l’eau potable – les irruptions de soldats de tous bords dans les hôpitaux, où ils terrorisent, frappent et tuent médecins et patients…Selon un rapport récent de l’Organisation Mondiale de la Santé, il y a eu, entre 2003 et 2006, au moins 150.000 morts violentes en Irak, effet dévastateur de l’invasion et de l’occupation. Mais aussi une augmentation de 60% des morts non-violentes, on peut dire par suite des conditions de vies abominables et de l’effondrement global de la société irakienne.

Selon l’OMS, la mortalité en Irak a plus que doublé par suite de l’invasion.Une étude menée par le bureau d’enquête ORB et publié en septembre 2007, estime à 1,02 million le nombre de morts dû à la guerre. Pas étonnant que, selon le Global Peace Index de 2007, l’Irak soit décrite comme étant « l’endroit le plus violent et le plus dangereux de notre planète ». Et un des pays les plus affamés : 4 millions d’Irakiens ont besoin d’aide alimentaire, selon le UN World Food Programme, qui a déclenché une opération d’urgence en janvier 2008.

Dans ce contexte apocalyptique, il est particulièrement scandaleux de parler de « reconstruction », comme le font les occupants. Démolir puis reconstruire…Et si encore, c’était fait ! Sur les 18 milliards de dollars destinés, en principe, à cet usage, 4%, toujours en principe, ont été alloués aux soins de santé.En principe, car cet argent sert principalement à enrichir de grandes sociétés américaines, comme Bechtel, qui ont reconstruit une faible proportion des bâtiments hospitaliers détruits ou endommagés.

Toute l’horreur criminelle de l’invasion et de l’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan devient encore plus évidente quand on compare les chiffres ci-dessus avec les budgets pris dans les poches des citoyens américains pour mener cette guerre terroriste… « contre le terrorisme » : 93 milliards de dollars de 2003 à 2005, 120 milliards en 2006, 171 milliards en 2008 (source : Congresional Budget office). On le voit : on est loin, très loin, des alibis avancés par les administrations Bush, père et fils: « libérer le peuple irakien de la tyrannie et du terrorisme », leur apporter « la démocratie et la liberté ».

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Et les enfants ?

Mayada Marouf, de l’ONG « Keeping Children Alive », automne 2007 : « Les enfants n’ont pas assez de vêtements chauds; l’hiver approche et les familles déplacées sont sans couvertures ni appareils de chauffage ».La guerre a fait 2 millions de personnes déplacées qui se sont réfugiées en Syrie ou en Jordanie ; 1.2 million à l’intérieur même de l’Irak.

Selon l’UNICEF, l’organisation des Nations Unies pour les enfants, 50% des personnes déplacées sont des enfants de moins de 18 ans. Les réfugiés vivent dans des camps temporaires ou des maisons abandonnées. Les enfants ont un accès difficile à l’eau, aux soins médicaux et les écoles sont surchargées par l’afflux des « immigrés de l’intérieur ». Beaucoup d’entre eux ont de graves problèmes de santé, y compris de santé mentale (voir encadré). Les familles déplacées sont plongées dans la précarité : chômage, travail au noir. Faire travailler les enfants est souvent une nécessité absolue. On signale un nombre croissant de cas de prostitution enfantine.

Essi Abdul Jabbar Mohammed, de l’ONG « Iraq Institute for Strategic Studies » : « C’est facile de faire des appels pour des fonds mais comment recenser les familles les plus en détresse ? La corruption est très largement répandue ; le danger se trouve dans chaque coin de l’Irak. Depuis l’invasion US en 2003, l’Irak est devenu un état qui vit de la charité; au lieu d’aller au cœur de ses problèmes, l’Irak ne fait que chercher de l’aide; de la morphine pour alléger ses problèmes ».

De la morphine…ou le retrait des armées d’occupation et des compensations versées par les US et leurs alliés pour les souffrances et les destructions qu’ils ont infligées à l’Irak?

La résistance multiforme du peuple irakien, qui met en échec depuis tant d’années la plus puissante nation hégémonique du monde, apporte déjà une réponse à cette question.

Une réponse qui a déjà reçu, et qui mérite plus que jamais de recevoir, le soutien le plus actif du mouvement anti-impérialiste et pacifiste mondial.

Contre vents et marées, le Croissant Rouge Irakien

Le Croissant Rouge Irakien, avec ses milliers de collaborateurs et de bénévoles, fait un travail remarquable, créant des villages de tentes, distribuant nourriture, eau potable et objets de première nécessité dans tout l’Irak. Une aide plus que jamais nécessaire, car, comme l’indique un rapport récent du CRI , le pays doit faire face à « une tragédie humaine sans précédent dans l’histoire de l’Irak »… généralement peu relayée par les grands medias, pourtant jamais lassés d’informer (ou de désinformer) en ce qui concerne les « attentats suicides » ou les activités présumées du fantomatique Al-Quaeda.

« La peur est comme un cancer »

Jalah Hashimy, 14 ans, a perdu ses parents, sa sœur et de nombreux amis depuis l’invasion dirigée par les Etats-Unis en 2003; finalement, il n’y avait plus personne pour s’occuper de lui. Il n’avait plus ni scolarité, ni amour, ni aide matérielle. Un ensemble de faits qui, selon les médecins, a créé ses problèmes mentaux. « Ma mémoire est très mauvaise » dit Hashimy « mais je ne peux pas oublier quand des militants ont tué ma sœur Aorès après l’avoir violée ». Hashimy est en traitement à l’hôpital psychiatrique Ibn-Rushd de Bagdad et il a finalement trouvé refuge à l’ONG « Keeping Children Alive », qui prend en charge des enfants souffrant de troubles mentaux. Mais l’ONG a été menacée et risque de devoir fermer. Et Hashimy devra trouver un autre refuge.

« Jalah est un exemple des dizaines d’enfants et d’adultes qui fréquentent notre service; tous ont des troubles mentaux dus à la guerre » déclare Shalan Aboudy, directeur de l’hôpital Ibn Rushd. Et il ajoute : « Tous les patients ont le même genre d’histoire à raconter. Certains ont perdu leurs proches, des enfants sont devenus orphelins, des femmes ont été violées, des hommes ont perdu leurs fiancées quelques jours avant le mariage ».

En 2006, l’hôpital comptait 14 spécialistes, mais maintenant, il n’en reste plus que 4, les autres ayant fui le pays.

Fariz Mahmoud, professeur de neurologie à l’Université de Bagdad, dit que la raison principale de l’augmentation des troubles psychologiques est la peur. « Les gens on peur de la violence. Ils ne supportent pas d’entendre le bruit des balles, les explosions ou d’apprendre qu’ils ont perdu un proche. Les enfants ne supportent pas de devoir rester à la maison ou d’être des personnes déplacées…La peur est comme un cancer, elle s’empare du corps et, dans certaines situations, atteint un stade où ni les médecins, ni les médicaments ne peuvent corriger les conséquences ».

« Un cadeau américain au peuple Irakien »

Deux organisations irakiennes, le « Monitoring Net of Human Rights in Irak » (MHRI) et « Conservation Center of Environmental Reserves in Fallujah », ont établi, en collaboration avec l’Hôpital General de Fallujah, un rapport accablant concernant les effets de la pollution dramatique de la région due à l’utilisation par les troupes américaines d’armes prohibées (bombes à fragmentation, armes chimiques comme les bombes à phosphore blanc et des « armes nouvelles » non identifiées).

Les troupes US ont effectué une attaque massive contre Fallujah (350.000 habitants) en 2003.

Le rapport porte sur les années 2003, 2006 et 2007. Les principales victimes (72%) sont les enfants d’1 mois à 12 ans.Le rapport signale « new types and terrible amounts of illnesses » (de nouveaux types de maladies en quantité terrible ): des anormalités de la colonne vertébrale, des anormalités rénales, des cas de thalassémie (maladie du sang), le scaly skin syndrome (le syndrome de la peau couverte d’écailles)…

Le rapport, amplement documenté et montrant des photos d’enfants déformés et malades, victimes de cette pollution guerrière, conclut « Fallujah est un exemple de nombreux endroits pollués actuellement en Irak. Cela fait partie du cadeau américain au peuple irakien. C’est d’autant plus choquant quand cela est accueilli par le silence de la communauté internationale, surtout celui des Nations Unies ». )

2008 : l’Irak frappée par un Tsunami

Sara, une femme irakienne, déclare « A l’époque de Saddam Hussein, on savait comment se protéger : « Ne te mêle pas de politique ». Maintenant, on ne sait plus comment se protéger. On peut être tué en allant au marché. L’Irak a été frappée par un Tsunami ».

Quand Greenspan dit la vérité

Alan Greenspan, ex-président du Federal Reserve Board(la Banque Nationale US) : “Cela m’attriste qu’il soit politiquement inconvenant de reconnaître ce que tout le monde sait. La guerre en Irak concerne avant tout le pétrole »