Irak : « Qu’as-tu appris à l’école aujourd’hui, petit Ali ? »

En 2003, Bush Jr. décidait d’apporter la démocratie en Irak. Huit ans plus tard, quels sont les bienfaits de l’occupation US sur le système d’éducation du pays?

 

Le séminaire sur l’Irak se tenant à l’université de Gand, du 9 au 11 mars, était organisé par le BRussells Tribunal et par le groupe de recherche sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de l’université de Gand (MENARG), et rassemblait des experts irakiens et internationaux.

 

Au cours de la séance d’ouverture, le professeur Sami Zemni a dépeint l’enseignement irakien de manière particulièrement sombre. Un récent rapport de l’Unesco affirme que 5 des 30 millions d’Irakiens sont illettrés – alors que le pays recevait en 1982 un prix de cette même organisation pour l’éradication de l’analphabétisme. 40% des enfants irakiens abandonnent l’école prématurément, à cause de la guerre : ils doivent travailler pour augmenter les revenus du foyer, ou prennent la fuite avec leur famille.

 

Plus de 400 professeurs et enseignants sont assassinés, dans le cadre d’une croisade systématique. Les responsables américains, tels que Wolfowitz (vice-ministre de la Défense sous G.W. Bush jusqu’en 2005), parlent sans aucune gêne de politique de state ending, la fin pure et dure de chaque État. Cela se traduit également par la vétusté des équipements d’utilité publique : électricité, réseau d’égouts, approvisionnement en eau. Le système de soins de santé est une catastrophe. Le professeur Saad Naji Jawad (Bagdad) l’a d’ailleurs illustré avec des chiffres effarants. Un rapport du ministère irakien de la Santé publique paru récemment révèle qu’entre 8000 et 9000 médecins ont fuit le pays, depuis l’invasion et l’occupation de l’Irak en 2003. Plus de 2 000 d’entre eux ont été tués.

 

Un scandale oublié

 

Hans von Sponeck était coordinateur des Nations Unies en Irak en octobre 1998, lorsque le pays était soumis aux sanctions occidentales. Il démissionna en février 2000 en guise de protestation. Il est devenu un éminent écrivain, orateur, professeur et activiste, luttant contre l’occupation. Il a qualifié la situation irakienne de
« scandale international oublié », et ajoute que « chaque point du droit international mis en place depuis 150 ans a été violé ». Huit années de guerre et de destruction ont fait de l’Irak « la plus grande poubelle du monde », pleine de tonnes de déchets d’armements, de munitions non utilisées et de champs de mines. Mais le pays semble également avoir jeté aux oubliettes l’éducation de sa population. Von Sponeck avance un rapport d’Oxfam : « 92% des enfants irakiens sont confrontés à des problèmes d’apprentissage. »

 

L’ex-coordinateur de l’ONU en faisait peser la responsabilité sur les États-Unis et la Grande-Bretagne, mais soulignait qu’il nous imputait à tous de ne pas laisser l’Irak tomber dans l’oubli. Saad Naji Sawad a également demandé avec insistance que nous ne nous contentions pas de critiquer, mais que nous suggérions des solutions et que nous mettions des actions en place.

 

Et c’est précisément ce que fait BRussells Tribunal depuis des années. Grâce, notamment, à l’instauration de la « Charte de Gand » pour la protection de l’enseignement irakien, immédiatement signée par les recteurs de cinq universités belges et par une kyrielle de personnalités belges et étrangères.

 

Une révolution populaire arabe, également dans l’Irak occupé

 

Tout comme Le Caire (Égypte), Bagdad à également sa place Tahrir. Ce vendredi 4 mars, 10 000 à 12 000 personnes sont descendues dans la rue pour manifester contre la corruption et la répression du gouvernement d’Al Maliki.

 

Jahya Al Kubaisa est un jeune professeur irakien à Amman (Jordanie), mais il suit les évènements de son pays de près. Il me raconte que la révolution populaire irakienne est unique, « le changement qualitatif le plus important en Irak depuis 2003 ». Il m’en explique les raisons : « Un : c’est la première fois que les jeunes générations descendent dans la rue. Deux : ce sont les mêmes exigences pour tout le pays, à l’encontre du gouvernement national. Cela va à l’encontre de l’image et des tentatives visant à toujours tout observer le long de lignes de démarcations sectaires. Trois : on trouve des lieux de protestation dans tout le pays, dans 16 des 18 gouvernorats (provinces, NdlR). Quatre : enfin, c’est la première fois depuis les années 60 qu’il est question de manifestation citoyenne spontanée et libre. » Je l’interroge sur les exigences des manifestants, qui vont indéniablement dans le même sens que celles des peuples tunisien et égyptien. Jahya Al Kubaisi : « Je classerais ces exigences en quatre catégories. Certains réclament de meilleurs services publics (eau, électricité, soins de santé, NdlR). D’autres manifestent contre la corruption largement répandue. Le peuple veut également plus d’emplois. Enfin, les manifestants veulent plus de libertés et s’opposent aux violations des droits de l’homme. Ces exigences ne sont pas forcément présentes simultanément partout. Et, par mesure de précaution, elles n’incitent pas à la chute du régime, mais bien à sa “réforme”. »

 

Source: intal

 

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