Interdit d’être critique ? La médiation RTBF vidée de son sens ?

Le 21 octobre dernier, au cours d’une séance de questions d’actualité au Parlement de la Communauté française, la Ministre Fadila Laanan s’est dite « fortement choquée » par l’émission de médiation de la RTBF diffusée le 17 octobre.

L’actuel gouvernement s’est accordé avec la direction de la RTBF pour guillotiner les émissions de médiation. Le texte voulu par la majorité actuelle est bavard, évasif et inopérant.

Titre original :

La Ministre critique ce qu’elle a semé !

Pour elle, le débat proposé y était « peu contradictoire » et l’interactivité qu’ « Intermédias » prône « ne fonctionne pas tellement bien » : « J’ai tout d’abord voulu réagir par téléphone. J’ai composé à plusieurs reprises le numéro réservé aux auditeurs, mais la ligne était toujours occupée. Je ne me rappelle pas avoir entendu des auditeurs réagir par téléphone pendant l’émission. Ensuite, j’ai envoyé, sous un pseudonyme, une réaction sur le blog de l’émission. ;Cela n’a pas fonctionné non plus. On a fait état sur antenne de problèmes techniques mais si c’est cela l’interactivité, l’expérience n’est pas concluante ».

L’errement de la RTBF doit être d’importance car, à juste titre, la Ministre évite d’habitude d’intervenir publiquement sur la ligne éditoriale du service public. Mais il est piquant de constater que c’est celle qui a concocté le nouveau contrat de gestion ertébéen facilitant pareille dérégulation qui s’exclame ainsi : « J’espère que les prochaines émissions correspondront davantage à ce que l’on peut attendre d’une émission de médiation » !

Isabelle Simonis, la parlementaire PS qui l’interrogeait, considère également qu’ « Intermedias », l’émission d’Alain Gerlache, doit avoir « pour objectif » la médiation.

Les obligations de la RTBF ont fondu

En fait, l’actuel gouvernement s’est accordé avec la direction de la RTBF pour guillotiner les émissions de médiation. Pourquoi donc ont-ils modifié le texte succinct et précis qui existait dans le contrat précédent (2002-2007) ? À savoir : « Tant en radio qu’en télévision, l’Entreprise produit et diffuse au moins dix fois par an une émission de médiation dont l’objectif est de répondre aux interrogations et réactions de son public ».

Le texte voulu par la majorité actuelle PS-CDH est pour le moins bavard, évasif et inopérant : « La RTBF tant en radio qu’en télévision, programme et diffuse régulièrement, selon des périodicités décidées par son conseil d’administration, un programme et, offre à la demande dans la mesure du possible, des contenus audiovisuels, de médiation et de relations avec les publics, dont l’objectif est notamment de répondre aux interrogations et réactions de ses publics ».

Le chiffre « dix » ayant disparu, il est probable que, pour cette année 2008, cette fréquence ne sera plus respectée. Déjà qu’on était en net retrait par rapport à la période où Jean-Jacques Jespers animait ce programme (dénommé alors « Qu’en Dites-Vous ? ») de manière hebdomadaire !

D’autre part, le terme « émission » a été remplacé par « programme », un mot plus vague qui permet à la RTBF de proposer désormais tant en radio qu’en télévision des émissions qui suivent « l’actualité » et l’interaction des médias dont seulement une courte séquence présentée comme étant de la médiation, ce qu’elle n’est pas vraiment… et, désormais, en toute légalité.

Voici un exemple significatif parmi tant d’autres : lorsque des émissions pour enfants passent à la trappe durant la retransmission de la Coupe du Monde de football, l’avis suivant de Marie Henaiet de Neuville est affiché à l’antenne : « Les enfants sont complètement oubliés ! Je fais remarquer que sur La Une, au même moment, ce sont des séries sans intérêt ». En cœur, Yves Bigot, alors directeur des antennes, et Michel Leconte, chef de la rédaction des sports TV, répliquèrent qu’ils connaissaient beaucoup d’enfants qui aiment bien le foot mais, par contre, personne ne réagit à la suggestion de rapatrier durant ce mois-là « Bla-Bla » et « Les Niouzz » sur La Une pour les programmer à la place de feuilletons. Dans une véritable émission de médiation, pareille légèreté aurait été évitée puisque notre téléspectatrice de Neuville aurait certainement interpellé à nouveau la hiérarchie ertébéenne car elle aurait été présente en studio.

Enterrées donc, les deux saisons (2001-2003) durant lesquelles, à l’initiative de Christian Druitte, l’Administeur général précédent, un véritable travail de médiation fut entrepris par Jean-Jacques Jespers, ce qui démontre qu’il est possible de réussir pareil challenge. Aujourd’hui, il n’en est plus question. Les règles du jeu étaient pourtant simples pour tenter d’éviter que pareil exercice ne s’apparente à de l’autojustification. Une émission de médiation ne doit pas être montée. L’usager doit être présent, si possible, en studio face à un représentant du service public à qui il présente ses doléances ou sa proposition. L’animateur doit lui donner davantage de temps de parole car il sera probablement moins habitué à synthétiser sa pensée face à un micro.

Le « dernier mot » de conclusion lui revient également. Puisqu’il s’agit de « médiation », l’animateur tente de trouver une solution concrète à la problématique soulevée et y fait réagir les participants. Dans des émissions « bilan », il convient de revenir régulièrement sur les problèmes posés précédemment pour constater ou non si des évolutions concrètes ont été mises en place. Parmi les succès de cette « méthode Jespers » : la présentation de disciplines sportives plus diversifiées et moins spectaculaires dans un magazine télé. Pareil travail permet bien sûr à un diffuseur public de se distinguer fondamentalement des chaînes privées, de tenir compte des propositions émises « en faveur du bien commun » de son public et de resserrer ses liens avec celui-ci.

Aujourd’hui, la RTBF se contente surtout de diffuser des mini-interviews d’usagers, préenregistrées et montées, qui servent de prétexte à un débat en studio où, le plus souvent, professeurs d’universités et « spécialistes » de la presse écrite siègent à la place des auditeurs ou des téléspectateurs concernés. C’était encore le cas, ce 20 octobre, pour une séquence d’autosatisfaction ertébéenne qui devait déterminer si la RTBF avait trop dramatisé la présentation de l’actuelle crise banquaire.

Interdit d’être critique ?

Ces séquences de médiation devraient se concocter essentiellement à partir du courrier du public mais, là aussi, l’actuel contrat de gestion a réduit sensiblement les droits de ce dernier. Si la RTBF est toujours obligée de répondre « de manière circonstanciée » aux plaintes ou aux demandes d’information (et, hélas, pas aux simples lettres !) dans les trente jours ouvrables, par contre, seul, son service de médiation y est désormais astreint. Ce qui veut dire que si vous envoyez votre missive directement à la direction, à un animateur ou à une émission, il est bien possible que vous ne receviez aucune réponse.

Autre nouveauté : la RTBF ne doit plus répondre aux courriers « qui ont un caractère manifestement polémique, grossier, injurieux ou harcelant ». L’adjectif « polémique » pose problème parce qu’il signifie à la fois « qui suppose une attitude critique à l’égard d’une théorie » (une des définitions du « Robert » que m’a fournie récemment la RTBF) et « qui vise à une discussion vive ou agressive ». Si toute attitude critique est refusée aux usagers, à quoi bon avoir indiqué dans le texte de l’actuel contrat de gestion, après tant d’années d’hésitations, que « le service de médiation » de la RTBF devait être « performant » ! Or, la RTBF confirme qu’elle peut utiliser ce terme (ce qu’elle a déjà fait), et même dans son sens qui fait problème. Quant à la Ministre de l’audiovisuel, elle se refuse désormais à préciser la signification qu’elle donnait à cet adjectif au moment où elle négociait avec la direction de la RTBF.

Il est donc utile que les partis démocratiques se positionnent sur ces différents points pendant la campagne de 2009 puisque sera issu du résultat de ces élections le futur gouvernement de la Communauté française qui participera à la conception du prochain contrat de gestion de la RTBF applicable dès le 1er janvier 2012.

Bernard Hennebert est coordinateur du site Consoloisirs.be

Dernier livre paru: “Il faut sauver la RTBF” préfacé par Marc Moulin (2008, Editions Couleurs livre)

Petit mode d’emploi

1 : Pour déposer plainte :

RTBF

Service de médiation – BRR030

Boulevard Reyers, 52

1044 Bruxelles

Courriel: [email protected]

2 : Mode d’emploi … pour le faire efficacement http://www.consoloisirs.be/agir/index.html