Ils ont assassiné Farley

Le système pénal raciste du Texas va-t-il tuer Farley ?

Telle était la question posée il y a quelques semaines dans cette rubrique.

http://www.investigaction.net/articles.php?dateaccess=2006-08-12%2010:02:02&log=invites

Malheureusement, la réponse est oui. Farley Matchett vient d'être exécuté. Commentaire d'un de ceux qui l'ont soutenu…

Chers amis,

Comme vous tous je n'ai pu dormir cette nuit, mais je n'ai pas souhaité

jusqu'à présent vous faire part de mes nombreux états d'âme et de

l'abattement qui m'étreint en ce jour détestable.

Et puis, en lisant vos multiples messages évoquant votre relation avec

Farley, j'ai besoin de vous dire que j'y ai retrouvé tout ce que j'aimais

chez lui : une grande humanité et sensibilité, le goût des autres, un

optimisme forcené et un amour de la vie à la mesure du monstrueux couperet

suspendu au-dessus de lui depuis tant d'années.

Quelle leçon de courage et d'altérité ! Il était tout simplement un type

formidable, aimé de tous ceux qui ont eu la chance d'entrer en relation avec

lui.

Certes, je ne correspondais plus directement avec lui depuis quelques temps

(paresse intellectuelle et anglais indigent obligent…), mais il a toujours

été présent dans mes pensées et François me donnait régulièrement de ses

nouvelles.

Mais je vous l'ai dit dès le départ, je suis submergé par les états d'âme.

Ainsi, dans un pays civilisé, après avoir purgé une (courte ?) peine, Farley

serait sorti de prison et aurait repris sa vie normale, et comme cela arrive

parfois avec le temps, nos chemins auraient peut-être définitivement

bifurqué malgré l'estime que je lui portais.

J'aurais préféré pouvoir l'oublier.

Mais le mauvais scénario écrit par les brutes texanes en aura décidé

autrement.

Co-auteurs de ce script minable, les média américains, partenaires d'un

système juridique fascisant dans lequel l'homme n'est rien et doit payer de

sa vie les actes commis (ou attribués, il faut bien justifier l'existence de

la machine à tuer…) plusieurs années auparavant.

Avez-vous remarqué l'excellence des articles de presse texans ? Tout y est :

photos du condamné sélectionnées en fonction de la mine patibulaire (ils ont

eu du mal pour Farley mais y sont parvenus), thèses de l'accusation

intégralement reprises et non vérifiées, etc…

Et quand bien même un être humain, Farley, vous ou moi, commettrait-il un

acte criminel à une époque de sa vie (nous en sommes tous potentiellement

capables), est-il pour autant irrécupérable, ne peut-il changer et accéder à

un nouvel état de conscience ?

De plus, la société n'est-elle en rien responsable des actes de ses membres,

l'individu lui seul est-il intégralement responsable de tout ?

Enfin, la société est-elle en droit d'exiger de ses membres ce qu'elle-même

ne s'autorise pas à faire (respecter la vie) ?

Il me semble que, selon les réponses fournies à ces questions, on dispose

d'un vernis de civilisation ou on a définitivement rejoint le camp de ces

anciens pilgrims enragés, aussi prompts à agir au nom de dieu qu'à ôter la

vie de leurs concitoyens (n'est-ce pas, M. Bush ?).

Une dernière réflexion avant de vous laisser : avez-vous trouvé trace, dans

la presse française ou dans les autres media, de cette exécution ?

Peut-être, dans le contexte d'une visite de notre Néocon national, chouchou

de nos media, en terre Bushienne, n'était-il pas approprié d'évoquer les

sujets qui fâchent ?

Ou tous les suppliciés américains ont-ils droit à l'oubli intégral de notre

soit-disant quatrième pouvoir ?

Je suis désolé, la révolte et la colère contenues ne m'incitent pas à

rédiger des poèmes, même si je sais que seuls les poètes sont dans le vrai.

Michel Peiro