Honduras : la résistance interne s’organise

Interview de Wendy Cruz, membre de Vía Campesina en Honduras, (Voie Paysanne au Honduras), réalisée par Igor Ojeda, quotidien brésilien (Brasil de Fato).

Wendy Cruz explique que le coup d’Etat contre le Président Manuel Zelaya est dû, précisément, au fait qu’il « a décidé de consulter le peuple du Honduras pour savoir si nous voulions être consultés afin que le peuple décide si on mettait en place une Quatrième Urne lors des Élections à venir au mois de novembre prochain… Faire réellement participer le peuple est la raison pour laquelle ces groupes qui ont le pouvoir dans ce pays ont fait ce coup d’État ». Nous donnons les réponses de Wendy Cruz ci-dessous.

– Qui sont les auteurs de ce coup d’État ?

– Ce sont les groupes qui détiennent le pouvoir économique dans le pays. Ce pouvoir économique a été monopolisé par treize familles, comme les Kafati, Ferrari, Facuse, Villedas, Larach, Rosental, entre autres. Ces familles se sont emparées de toutes les institutions de l’État et elles ont même mis sous leur coupe la Cour Suprême de Justice et le Parlement National de la République… Pour comprendre comment ils procèdent : vers midi, ce mardi 30 juin, la Cour Suprême a lancé 25 mandats d’arrêt et mises en accusation à l’encontre des principaux leaders populaires, parmi eux Rafael Alegría, Carlos H. Reyes, Berta Oliva, Juan Barahona y Andrés Pavón. Nous dénonçons de même le Commissaire aux Droits de l’Homme, Dr Ramon Custodio, qui, au lieu de défendre le putschiste Roberto Michelleti Bain, devrait se consacrer à défendre le peuple du Honduras qui exige que notre Constitution ne soit pas violée.

– La justice du Honduras a aidé à fomenter ce Coup d’Etat. Pourquoi ? Qui la contrôle ?

alt– Ils ont essayé de stopper l’enquête au moyen d’ordonnances de la Cour Suprême de Justice et de la protection du Ministère Public en demandant son annulation ; ordonnances que notre Président n’avait pas à respecter parce que l’enquête est légale dans le cadre de notre Loi de Participation Citoyenne.

– Comment explique-t-on le fait que même des membres du parti du Président ont appuyé le putsch ?

– Parce que ce parti, c’est-à-dire le Parti Libéral, est divisé en plusieurs courants, et ceux qui s’opposent au Président appartiennent au courant Poder, comme Roberto Micheletti, Elvin Santos (candidat actuel).

– La majorité des forces sociales du pays est avec Zelaya. Pourquoi ?

– Tous les mouvements sociaux, appuyons le Président Zelaya, non pas parce que nous appartenons à son parti, mais parce que nous croyons que nous devons mettre fin à ce modèle économique néolibéral qui ne permet pas au peuple de jouir de la liberté de décider de sa propre politique de développement, et si nous ne réalisons pas des changements sociaux, il est impossible d’y parvenir. Notre Président a voulu ouvrir cette brèche pour que le peuple réussisse son émancipation.

– Quelles mesures a-t-il prises ?

– Les mesures qui ont été adoptées c’est de ne pas poursuivre la privatisation des ressources de l’État du Honduras, par exemple, l’Entreprise Nationale de l’Énergie Electrique (ENEE), l’entreprise Portuaria (Portuaire), le système de santé, entre autres.

– Quelle est la situation au Honduras ? Y a-t-il de la répression ?

– La situation est critique. Nous vivons dans l’angoisse permanente de la répression, du couvre feu, de la restriction à la liberté de circuler pour les personnes en provenance des campagnes, de la restriction de la liberté d’expression. Aujourd’hui, la Cour Suprême de Justice vient de lancer 25 mandats d’arrêt et des procédures judiciaires contre des responsables populaires. Dans la manifestation qui a eu lieu hier et qui a rassemblé plus de cinquante mille personnes, ils nous ont réprimé, pour nous déloger de force, à coup de gaz lacrymogènes ; ils ont fait plus de 50 blessés, certains ont été victimes de tirs à balles réelles.

– La convocation d’une Assemblée Constituante est une revendication historique des mouvements sociaux. Pourquoi ?

– Parce que, depuis 100 ans, le pays est soumis au bipartisme et ils ont manipulé la « démocratie » à leur avantage, en mettant en place un système où il semble que ce soit un héritage que d’être député(e), d’occuper n’importe quelle charge dans l’État du Honduras. Convaincus que cette « démocratie » est un leurre manipulé par les groupes qui ont le pouvoir économique dans le pays, les mouvements sociaux nous exigeons que l’on rédige une nouvelle Constitution de la République dans laquelle tous les secteurs de la société du Honduras, nous puissions être représentés véritablement.

– Quelles seraient les bases d’une nouvelle Constitution et pourquoi les auteurs du putsch auraient-ils à la redouter ?

– La base en serait qu’elle soit élaborée à partir des différents secteurs de la société du Honduras, où seraient représentés les paysans, les indigènes, les noirs, les jeunes, les femmes, les syndicalistes, les ouvriers, les chefs d’entreprises, entre autres groupes. Ils la redoutent parce qu’ils savent que le peuple du Honduras n’est pas disposé à continuer de vivre sous le joug de l’oligarchie du Honduras… Ils auraient pu nous maintenir marginalisés pendant un certain temps encore, mais maintenant nous exigeons d’être consultés sur tout ce qui touche à l’essentiel dans le pays. Pendant de très nombreuses années, ce groupe de putschistes a pu maintenir, avec l’aide du Parlement National, son statut quo mais, aujourd’hui, ils voient que celui-ci est dangereusement menacé.

– Pensez-vous que les USA sont intervenus dans le coup d’Etat ?

– En vérité, nous ne savons pas avec certitude s’ils sont derrière ce fatal coup d’Etat perpétré contre le peuple du Honduras.

– Que pensez-vous des déclarations d’Obama ?

– C’est important qu’il ait déclaré que les États-Unis ne reconnaissent, comme Président, que Manuel Zelaya Rosales, mais malgré cela la position des États-Unis nous préoccupe parce que Hillary Clinton a déclaré qu’elle ne voulait pas émettre de jugement sur le coup d’État au Honduras parce qu’elle n’était pas sûre que ce soit un coup d’État ; cela veut dire qu’il y a des désaccords entre eux.

– Qu’espérez-vous qu’il arrive désormais ?

– Nous espérons rétablir notre ordre constitutionnel avec la venue du Président de l’ONU et celle de notre Président Zelaya, mais en attendant nous organisons notre résistance parce que ce puissant groupe est capable de tout. Nous lançons un appel à tous les mouvements sociaux de monde pour qu’ils continuent à apporter leur solidarité au peuple du Honduras, car sinon ces putschistes continueront d’appliquer leur plan.

Traduit de l’espagnol par Manuel Colinas et révisé par Cédric Rutter pour Investig’Action.

Source : ALAI

Photo: http://orhpositivo.wordpress.com/2009/06/30/ultimas-noticias-en-vivo-el-golpe-de-estado-en-honduras/