Honduras: la futilité du coup d’Etat

L ’Histoire se répète et très probablement arrive aux mêmes conclusions. Le coup d’Etat au Honduras est une répétition de celui qui a été perpétré en avril 2002 au Venezuela, et de celui qui a avorté l’année passée en Bolivie face à la fulminante réaction de plusieurs gouvernements de la région.

Le 29 juin 2009
 

altUn Président violemment séquestré tôt le matin par des militaires masqués, suivant en cela au pied de la lettre ce qui est indiqué dans le Manuel des Opérations de la CIA et de l’Ecole des Amériques pour les escadrons de la mort ; une lettre de démission apocryphe qui fut publiée dans le but de tromper et de démobiliser la population, et qui fut immédiatement retransmise au monde entier par CNN sans vérification préalable de la véracité de l’information ; la réaction du peuple qui, conscient de la manipulation, sort dans la rue pour arrêter à mains nues les tanks et les véhicules de l’Armée, et qui exige le retour de Zelaya à la présidence ; les coupures d’électricité pour empêcher le fonctionnement de la radio et de la télévision, pour semer la confusion et le découragement. Comme au Venezuela, lorsque les putschistes ont emprisonné Hugo Chavez, ils ont immédiatement nommé un nouveau président : Pedro Francisco Carmona, que l’inventivité populaire a rebaptisé « l’éphémère » ; celui qui remplit ce rôle au Honduras est le président du Congrès unicaméral de ce pays, Roberto Micheletti, qui a prêté serment ce dimanche en tant que mandataire provisoire- et seul un miracle pourrait empêcher qu’il subisse le même sort que son prédécesseur vénézuélien.
 

Ce qui s’est passé au Honduras met en lumière la résistance que provoque dans les structures traditionnelles du pouvoir toute tentative d’approfondir la vie démocratique. Il a suffi que le Président Zelaya décide d’appeler à une consultation populaire – appuyée par les signatures de plus de 400.000 citoyens-sur une convocation future d’une Assemblée Constitutionnelle pour que les différents dispositifs institutionnels de l’Etat se mobilisent pour l’empêcher, démentant ainsi leur supposé caractère démocratique : le Congrès a ordonné la destitution du Président et un arrêt de la Cour Suprême a validé le coup d’Etat. Ce fut rien moins que ce tribunal qui a émis l’ordre de séquestration et d’expulsion du pays du Président Zelaya, encourageant comme il l’a fait tout la semaine la conduite séditieuse des Forces Armées.

Zelaya n’a pas renoncé et n’a pas demandé l’asile politique au Costa Rica. Il a été séquestré puis expulsé, et le peuple est descendu dans la rue pour défendre son gouvernement. Les déclarations qui parviennent à sortir du Honduras sont extrêmement claires à ce sujet, particulièrement celle du leader mondial de Via Campesina, Rafael Alegria. Les gouvernements de la région ont rejeté le coup d’Etat et de la même façon Barak Obama a déclaré que Zelaya « est le seul président du Honduras que je reconnais, et je veux que ce soit très clair ». L’OEA s’est exprimée dans les mêmes termes et d’Argentine la Présidente Cristina Fernandez a déclaré « nous allons susciter une réunion de l’Unasur, bien que le Honduras n’en fasse pas partie, et nous allons exiger auprès de l’OEA le respect des institutions et la réhabilitation de Zelaya, en plus de garanties pour sa vie, son intégrité physique et celle de sa famille, parce que ceci est fondamental, parce que c’est un acte de respect de la démocratie et de tous les citoyens »

La brutalité de toute l’opération porte la marque indélébile de la CIA et de l’Ecole des Amériques : depuis la séquestration du Président, envoyé en pyjama au Costa Rica, et l’insolite séquestration et la raclée administrée à trois ambassadeurs de pays amis (Nicaragua, Cuba et Venezuela), qui s’étaient approchés de la résidence de la Ministre des Relations Extérieures du Honduras, Patricia Rodas, pour lui exprimer la solidarité de leurs pays, en passant par l’ostentatoire déploiement de forces par les militaires dans les principales villes du pays avec l’objectif clair de terroriser la population. En fin de journée, ils ont imposé le couvre-feu et une stricte censure de la presse, ce qui n’a provoqué aucune déclaration connue de la Société Interaméricaine de Presse (toujours tellement attentive quant à la situation des médias au Venezuela, en Bolivie et en Equateur) condamnant cette atteinte à la liberté de la presse.

Il n’est pas inutile de rappeler que les forces armées du Honduras ont été complètement restructurées et « rééduquées » durant les années 80 quand l’ambassadeur des USA au Honduras n’était rien moins que John Negroponte, dont la carrière « diplomatique » l’a mené sur des terrains aussi différents que le Vietnam, le Honduras, la Mexique, l’Irak, pour ensuite être chargé du super-organisme de renseignement appelé Conseil National du Renseignement dans son pays. DepuisTegucigalpa il a dirigé personnellement les opérations terroristes réalisées contre le gouvernement sandiniste et a promu la création de l’escadron de la mort plus connu sous le nom de Bataillon 316, qui a séquestré, torturé et assassiné des centaines de personnes au Honduras, tandis que dans ses rapports à Washington il niait qu’il y ait des violations des droits de l’homme dans ce pays. A ce moment, le Sénateur étasunien John Kerry a démontré que le Département d’Etat avait payé 800.000 dollars à quatre compagnies d’avions-cargos appartenant à de grands narcotrafiquants colombiens pour transporter des armes pour les groupes que Negroponte organisait et appuyait au Honduras. Les pilotes ont témoigné sous serment, confirmant les déclarations de Kerry. La presse étasunienne elle-même a révélé que Negroponte avait été lié à un trafic d’armes et de drogue entre 1981 et 1985 avec pour objectif d’armer les escadrons de la mort, mais personne n’a interrompu sa « carrière ». Ces forces armées sont précisément celles qui aujourd’hui ont renversé Zelaya. Mais le rapport de forces au plan interne et international est tellement défavorable que la déroute des putschistes n’est qu’une question de (très peu de) temps.

Traduit par Jean-Louis Seillier et révisé par Magali Urbain pour Investig’Action.

Source: Atilio Boron

Photo: http://orhpositivo.wordpress.com/2009/06/30/ultimas-noticias-en-vivo-el-golpe-de-estado-en-honduras/