Grèce: la crise profonde en annonce-t-elle d’autres en Europe et dans le monde?

On connaît l’historique de la situation quasi insurrectionnelle qui s’est déroulée en Grèce, et qui a embrasé les principales villes du pays, aujourd’hui un calme précaire règne. Mercredi est prévue une grève générale de vingt-quatre heures à l’appel des syndicats. Tout le monde attend avec inquiétude cette journée.
http://socio13.wordpress.com/2008/12/08/la-grece-une-crise-profonde-mais-peut-etre-en-annonce-t-elle-dautres-en-europe-et-dans-le-monde

Calme précaire parce que l’incident rapporté et la manière dont il a créé une colère et une violence collective laisse augurer que, comme le dit le Figaro, il s’agit d’une crise “civilisationnelle”(sic), pour ne pas oser dire que le capitalisme est désormais entré dans une crise profonde et qu’il se déchire et déchire de toute part. Ce n’est pas non plus un hasard si c’est la jeunesse, une sorte de mai 68 du désespoir, qui s’est soulevée et pas seulement celle des quartiers pauvres, mais les étudiants. C’est parce qu’en Grèce comme partout ailleurs c’est aux jeunes que l’on demande de s’ajuster à la crise de la société , de renoncer à tous les acquis de leurs parents et grands parents et ce pour que d’autres s’enrichissent d’une manière scandaleuse, une jeunesse spoliée qui ne voit autour d’elle que corruption et décomposition, pourriture des institutions. Il y a aussi comme partout une attaque contre le service public, l’éducation, la recherche…

Tout a commencé par une manifestation pour défendre la santé publique. Crise de la jeunesse mais aussi crise latente en particulier révélée dans sa profondeur par les incendies de 2007 qui avaient témoigné de l’incurie de l’Etat, la manière dont il était gangréné par la corruption et l’affairisme, la réélection de la droite et du premier ministre, Kostas Karamanlis a poussé jusqu’au bout une politique destructrice et de profit pour les capitalistes et les profiteurs de toute espèce, une politique qui est celle de l’Europe…

Il ne s’agit pas seulement d’une jeunesse défavorisée mais d’une génération

“Andreas, 15 ans, était le fils d’un ingénieur et d’une bijoutière du quartier huppé de Kolonaki. Ce n’était ni un extrémiste ni un marginal. Samedi soir, il se trouve pourtant parmi le groupe qui jette des pierres contre un véhicule des «gardes spéciaux» qui circule dans le quartier universitaire d’Exarchia près du centre d’Athènes. Un acte de défiance vis-à-vis de policiers qui ont la réputation d’être embauchés sur favoritisme politique? Le véhicule s’arrête, un policier sort et tire à trois reprises en direction d’Andreas. Mortellement touché à la poitrine l’adolescent s’écroule. Les blogs aidant, dans la nuit de samedi à dimanche l’information circule comme une traînée de poudre. Des incidents éclatent aussitôt dans plusieurs villes universitaires: Thessalonique en Macédoine, Ioannina en Epire, Patras et Tripoli dans le Péloponnèse, Héraklion Hania et Rethymno en Crête, Komotini en Thrace, mais aussi dans des îles comme Corfou et Mytilène. Des voitures, des magasins et des postes de police sont incendiés tout au long du week-end. Des affrontements ont eu lieu avec la police un peu partout. Les plus violentes que la Grèce ait connues depuis de nombreuses années. Le bilan des incidents est d’au moins 34 blessées, dont une femme dans un état grave et quatre policiers.

Génération 700 euros

Andreas appartenait à ce que l’on appelle la génération des 700 euros. Peu politisée, elle exprime sa révolte lors de matchs de football ou lors de manifestations. Une violence révélatrice d’un malaise plus profond. La société grecque est en crise. Une crise économique doublée d’une crise des valeurs. A force de voir les incidents se répéter, on redoutait une bavure. Depuis le secrétaire général du syndicat des policiers jusqu’à la députée du parti communiste grec, Liana Kanéli, nombreux sont ceux qui soulignaient depuis quelque temps que «la mort allait être un jour au rendez-vous» . Dans le pays, la confiance n’est plus là. A peine un an et demi après son élection, le gouvernement conservateur de Costas ­Caramanlis fait face à des scandales à répétition. Le dernier en date implique le Mont-Athos et des moines hommes d’affaires. Même l’Eglise orthodoxe à laquelle appartiennent plus de 80% de la population est mise en cause . “(1)

Tous les partis ont condamné le meurtre du policier, mais on attend avec impatience l’analyse en profondeur du parti Communiste grec pour compléter l’information que nous recevons des agences de presse.

Les scènes que l’on a pu voir dans les médias et dans les vidéos sont celles d’une insurrection urbaine, les rues sont bloquées, les commerces, les portes d’église et les voitures sont brulées, pourtant il n’y a pas de pillage. Les forces de gauche ont manifesté à la fois pour arrêter la violence et surtout pour dénoncer le meurtre qui l’avait provoquée, les manifestants étaient plusieurs milliers à commencer à manifester dans le centre d’Athènes, dimanche midi, comme dans cinq autres grandes villes du pays (Salonique, Patras, Iraklion, Ioannina).

Dimanche soir, les échauffourées avec la police n’ont fait que croître. Cinq policiers ont été blessés à Athènes et un dans la ville de Patras, dans le Péloponnèse. L’école polytechnique et la faculté de droit sont toujours occupées par des étudiants, préparant leur «révolte» selon les déclarations de l’un d’entre eux.

“le chef du commissariat d’Exarchia, quartier où s’est déroulé le drame, a été suspendu. Les deux policiers qui se trouvaient à bord du véhicule visé par les manifestants samedi ont été inculpés, celui qui a tiré sur le jeune homme pour «homicide volontaire» et le second pour «complicité».

Dans ce quartier estudiantin d’Exarchia, aux pieds de l’Acropole, les faubourgs ont été désertés. Connu pour être un repaire de jeunes anarchistes, ce quartier est quadrillé en permanence par les forces de l’ordre. Une présence qui irrite les jeunes depuis qu’un adolescent avait été tué, déjà par une bavure policière en 1985. À l’époque, l’opinion publique s’était émue et des manifestations s’étaient déroulées dans tout le pays. Les forces de police étaient déjà sur les dents ces dernières semaines, où elles ont affronté des étudiants et des manifestants contre la faillite du système de santé.

Aujourd’hui, toutes les institutions grecques sont mises en cause : l’État, englué dans ses scandales, l’Église, les politiques, les juges et maintenant la police. Cette dernière, sur le qui-vive, se prépare à des suites mouvementées dans toutes les villes du pays. Aujourd’hui en fin d’après-midi, deux autres marches sont prévues par la gauche. Et mercredi, la grève générale, prévue de longue date, risque de nourrir cette crise «civilisationnelle» que connaît la Grèce”.(2)

Sommes-nous à la veille d’un mai 68 noir qui embraserait peu à peu le monde, une révolte de la jeunesse condamnée à la perte d’emploi, exaspérée de voir l’école, la santé sacrifiée au profit, de constater que les institutions démocratiques font eau de toute part. Nous sommes au début d’une crise économique et sociale d’une extrême violence. Est-ce que les partis politiques prendront enfin partout dans le monde la mesure de leur reponsabilité, en France plus que partout ailleurs où nous avons à la tête un individu qui est incapable de proposer autre chose que la mise en faillite de la santé, de l’éducation des droits sociaux, les cadeaux à ses amis banquiers, et la répression des faibles depuis la maternelle jusqu’à l’adolescence en passant par le malade mental et le SDF… En attendant le gros morceau: la répression des travailleurs en lutte, de ceux qu’on licencie massivement, une colère majoritaire, celle des masses.

Le parti communiste grec et d’autres petits partis de gauche organisent de grandes manifestations cet après-midi lundi.

(1) Caroline Vallois-Yotis dans la Tribune de Genève du 8/12/2008

(2) Le Figaro en ligne 8/12/2008