Freedom Next Time

Discours de John Pilger, grand reporter et journaliste – célèbre pourfendeur du mythe de la « presse libre », du néo-libéralisme et du mouvement anti-guerre – donné le samedi 16/06/2007 à la Chicago Socialism 2007 Conference.

J'ai nommé cette intervention Freedom Next Time, [le prochain coup on est libres] du nom de mon dernier livre bien sûr. Et ce livre, je voulais qu'il soit un antidote à cette propagande qui se présente si souvent sous les apparences du journalisme. Je suis donc venu aujourd'hui pour parler du journalisme, du journalisme comme arme de guerre, pour parler de propagande, de silence et de la manière dont on pouvait briser ce silence. Edward Bernays, qui est considéré comme le père des relations publiques, évoquait dans ses écrits un gouvernement invisible qui serait la véritable puissance dirigeante de notre pays. Il faisait précisément référence au journalisme, aux médias. C'était il y a près de 80 ans, en fait peu après l'invention du journalisme industriel.

Cette histoire, bien peu de journalistes en parlent, bien peu la connaissent. Elle débute à l'époque où la publicité devient véritablement un marché. Tandis que les nouvelles industries prenaient progressivement le contrôle de la presse, on inventa cette chose qui allait s'appeler le “journalisme professionnel”. Pour séduire les plus gros annonceurs, les nouveaux grands journaux devaient se distinguer par leur respectabilité, devenir des piliers de l'establishment – objectifs, impartiaux, droits. On créa les premières écoles de journalisme et le mythe de la neutralité libérale fut peu à peu institué dans les milieux du journalisme professionnel. Le droit à la liberté d'expression, les nouveaux médias et les milieux industriels ne furent bientôt qu'une seule et même chose, et tout cela n'était au bout du compte, comme le disait si bien Robert McChesney, “qu'une vaste fumisterie”.

Car ce que le public ignorait, c’est que pour être professionnels les journalistes devaient impérativement veiller à ce que l’information et l’opinion soient dominées par les sources officielles. Et ça, ça n’a pas changé depuis. Prenez n’importe quel numéro du New York Times et vérifiez les sources des articles portant sur les principaux événements politiques – en national comme en international – vous y constaterez la prédominance du gouvernement et de puissants groupes d’intérêt. C’est l’essence même du journalisme professionnel. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait jamais eu ou qu’il n’existe pas de journalisme indépendant, disons plutôt qu’il y fait singulièrement figure d’exception.

Regardez le rôle qu’a joué Judith Miller dans la préparation médiatique de l’invasion de l’Irak. Bien sûr ses articles ont fini par faire scandale, mais seulement après avoir très largement pesé dans la promotion d’une invasion intégralement fondée sur des mensonges. Pour autant, sa façon de répéter les propos de sources officielles ou de milieux proches du pouvoir ne différait en rien des méthodes de nombre de très grands reporters du Times, à l’instar du vénéré W. H. Lawrence, qui contribua de son mieux à ce que soient passés sous silence les véritables effets de la bombe atomique larguée sur Hiroshima en août 1945. « Pas la Moindre Radioactivité dans les Ruines d’Hiroshima » titrait son article. C’était parfaitement faux.

On ne se rend pas bien compte de l’importance qu’a pris ce « gouvernement invisible. » En 1983, une cinquantaine de grandes firmes, américaines pour la plupart, détenaient la majeure partie des grands médias internationaux. En 2002, elles n’étaient plus que neuf. Aujourd’hui probablement plus que cinq. Rupert Murdoch a annoncé qu’il ne resterait bientôt que trois de ces géants de la communication – dont sa propre entreprise. Cette concentration de pouvoir n’est bien sûr nullement l’apanage des USA. La BBC a annoncé son intention d’étendre ses programmes aux USA car il lui semble que les Américains sont en attente d’un journalisme respectueux de certains principes, objectif, neutre, tout ce qui fait la réputation de la BBC. Ils ont donc lancé BBC America. Vous en avez peut-être déjà vu la pub.

La BBC a été crée en 1922, juste avant que la presse ne devienne une véritable industrie aux Etats-Unis. Son fondateur était Lord John Reith, un homme pour qui l’impartialité et l’objectivité étaient l’essence même du professionnalisme. Cette année là, l’establishment britannique était assiégé de toutes parts. Les syndicats avaient appelé à une grève générale et les Tories [les milieux d’affaires] étaient terrifiés à l’idée qu’on ne s’achemine finalement vers une révolution. La toute nouvelle BBC vola à leur secours. Dans le plus grand secret, Lord Reith rédigea pour le Premier ministre, le Torry Stanley Baldwin, des discours anti-syndicalistes qui furent très largement diffusés. Dans le même temps, il refusa aux représentants des syndicats toute possibilité de faire valoir leurs vues tant qu’ils n’auraient pas mis fin à la grève.

Un archétype venait de naître. L’impartialité était un principe, certes : un principe qui serait suspendu à la moindre menace visant l’establishment. Et comme tel, ce principe n’a jamais été remis en cause depuis.

Prenez l’invasion de l’Irak. Deux études sont parues sur la couverture du conflit par la BBC. La première montre que le point de vue des opposants à la guerre représentait à peine 2% de la couverture du conflit par la BBC. A peine 2% ! C’est moins que ce qu’on pouvait trouver sur le même sujet sur ABC, NBC et CBS. La seconde étude, publiée par l’université du Pays de Galles, montre que pendant la période qui a précédé l’invasion de l’Irak, 90% des allusions aux armes de destruction massive sur la BBC suggéraient que Saddam Hussein en possédait effectivement, et que par voie de conséquence il était clair que Bush et Blair avaient parfaitement raison. Nous savons aujourd’hui que la BBC, à l’instar d’autres médias anglais servait de relais à la cellule MI-6 des services secrets britanniques. Dans le cadre de ce qu’ils appelaient Operation Mass Appeal [Opération « Appel de Masse » ou « Séduction de Masse »], les agents du MI-6 balançaient de fausses informations au sujet des armes de destruction massive de Saddam – comme les stocks d’armement dissimulés dans les palais présidentiels ou dans des bunkers souterrains secrets. Tout cela était parfaitement faux ! Mais en réalité ce n’est pas ça le problème. Le problème c’est que l’intervention du MI-6 n’était pas nécessaire, parce que le journalisme professionnel, à lui seul, aurait de toute façon obtenu les mêmes résultats.

Que disait le correspondant de la BBC à Washington, Matt Frei, au lendemain de l’invasion, s’adressant aux téléspectateurs en Grande Bretagne et partout dans le monde ? « Il n’y a aucun doute que le désir de faire le bien, de porter les valeurs américaines au reste du monde et tout particulièrement aujourd’hui au Proche-Orient, est désormais de plus en plus indissociable de la puissance militaire américaine ». En 2005, le même reporter faisait l’apologie de l’architecte de l’invasion, Paul Wolfowitz, le donnant pour quelqu’un qui « croit passionnément au pouvoir de la démocratie et à l’épanouissement des masses. » Ça, c’était avant le petit incident à la Banque Mondiale.

Tout ça n’a rien d’inhabituel. Les infos de la BBC décrivent ordinairement l’invasion comme un mauvais calcul. Ni injustifiée, ni illégale, ni basée sur des mensonges, simplement un mauvais calcul…

Pour la BBC, les termes de « bourde » ou « d’erreur » sont monnaie courante. C’est comme « insuccès » – qui sous-entend que si l’attaque délibérée, préméditée, injustifiée et illégale d’un Iraq dans l’impossibilité de se défendre, avait été couronnée de succès, il n’y aurait vraiment rien eu à redire. Chaque fois que j’entends ce genre de vocabulaire, ça me rappelle ce splendide essai d’Edward Herman sur l’idée de normaliser l’impensable. Car c’est précisément à ça que sert ce type de cliché, à rendre normal le côté inimaginable des destructions de la guerre, des membres arrachés, des enfants mutilés… je parle de choses que j’ai vues. L’une des histoires que je préfère au sujet de la Guerre Froide, c’est celle de ce groupe de journalistes russes qui faisaient un peu le tour des Etats-Unis. Le dernier jour de leur voyage, leur hôte les interrogea sur leurs impressions. « Je dois vous avouer » répondit leur porte-parole « que nous sommes sidérés, après avoir jour après jour lu tous les journaux, regardé la télé, etc., de voir à quel point ce qui y est dit au sujet de toutes les questions les plus cruciales reste strictement identique. Chez nous, pour obtenir un résultat pareil on envoie les journalistes au goulag. On va même jusqu’à leur arracher les ongles. Ici, rien de tout ça n’est nécessaire. Quel est votre secret ? »

Quel est le secret ? C’est une question qu’on se pose rarement dans les salles de rédaction, dans les écoles de journalisme ou dans les revues journalistiques. Pourtant la réponse à cette question est cruciale, voire vitale pour des millions de personnes dans le monde. Le 24 août de l’année dernière [2006] le New York Times déclarait textuellement dans un éditorial : « Si nous avions su alors ce que nous savons aujourd’hui, l’invasion de l’Irak aurait été stoppée par un mouvement de protestation populaire. » Qu’ils puissent l’admettre est ahurissant car ce que cela signifie en substance c’est que les journalistes avaient en réalité trahi le public en ne faisant pas leur boulot et en acceptant, en amplifiant et en répétant inlassablement les mensonges de Bush et de son gang, au lieu de les remettre en cause et de les démasquer. Mais ce que le Times négligeait de préciser c’est que si le journal et tous les autres médias avaient effectivement dévoilé ces mensonges, près d’un million de personnes seraient encore en vie aujourd’hui. Bon nombre de journalistes de l’establishment connus pour leur ancienneté en sont convaincus, mais bien peu d’entre eux – et ce sont eux qui me l’ont dit – bien peu d’entre eux oseraient le déclarer publiquement.

Ironiquement, j’ai commencé à comprendre comment fonctionnait la censure dans nos sociétés soi disant libres à une époque où je couvrais des sociétés totalitaires. Dans les années 1970, j’ai filmé secrètement en Tchécoslovaquie – une dictature stalinienne à l’époque. J’y ai interviewé des membres du groupe dissident Charte 77, et notamment le romancier Zdener Urbanek. Et un jour, il m’a dit comme ça : « Il y a un point sur lequel, nous, dans les dictatures, nous avons plus de chance que vous autres à l’Ouest. Nous ne croyons rien de ce que nous lisons dans les journaux et rien de ce que nous pouvons voir à la télévision, parce que nous savons pertinemment que ce sont des mensonges et de la propagande. Contrairement à vous à l’Ouest nous avons appris à regarder derrière cette propagande et à lire entre les lignes. Contrairement à vous, nous savons que la vraie vérité est toujours subversive. »

C’est ce que Vandana Shiva appelle : « subjugated knowledge » [« la connaissance soumise », ou « le savoir de ceux qui sont assujettis »]. Ce sacré fouineur Irlandais, Claud Cockburn [ndt : Journaliste radical antifasciste irlandais (1904-1981) qui s’était engagé aux côtés des Républicains pendant la Guerre d’Espagne] disait très justement : « Ne jamais rien croire de ce qu’on annonce tant que ça n’a pas été réfuté officiellement. »

L’un des plus vieux clichés de guerre qui soient, c’est que la vérité en est la première victime. C’est faux ! C’est le journalisme la première victime. Après la fin de la guerre du Vietnam, le magazine Encounter publiait un article de Robert Elegant, correspondant distingué qui avait couvert le conflit. « Pour la première fois dans l’histoire moderne » écrivait-il, « l’issue d’une guerre s’est jouée non plus sur les champs de bataille mais sur les pages des journaux et bien plus encore sur les écrans des téléviseurs. » Elegant tenait les journalistes pour responsables de la défaite. C’est eux qui avaient perdu la guerre en s’y opposant dans leurs reportages. A Washington, on tint ce point de vue pour parole d’évangile, et c’est toujours le cas. En Irak, le Pentagone a inventé les « journalistes embarqués » [ndt : embedded journalists : encadrés, informés et contrôlés par l’armée, ils suivent les opérations exclusivement du point de vue de l’armée] parce qu’on restait convaincu que le journalisme critique avait fait perdre le Vietnam.

En réalité c’était tout le contraire. A peine débarqué à Saigon comme jeune reporter, je passai aux bureaux des principaux journaux et chaînes de télé pour passer des coups de fil. Je remarquai que certains avaient au mur un tableau couvert de photos épouvantables, principalement des corps de vietnamiens et des soldats américains protégeant de leurs mains leurs oreilles ou leurs testicules à moitié arrachés. Dans un bureau, il y avait la photo d’un homme qu’on torturait. Au-dessus de ses bourreaux, on avait collé une bulle de bande dessinée qui disait : « Ca t’apprendra à parler à la presse ! » Aucune de ces images n’avait jamais été publiée ni diffusée. Comme je demandais pourquoi, on me répondit que le public ne les accepterait jamais, et que de toute façon les publier ce serait ne pas être objectif ou impartial. Au début, à priori, ça me semblait logique, effectivement. Toute mon enfance, on m’avait moi aussi gavé d’histoires sur la bonne guerre contre l’Allemagne et le Japon, ce plongeon éthique qui avait purifié de tout mal le monde anglo-saxon. Mais plus je restais au Vietnam, plus je réalisais que nos atrocités n’étaient ni des cas isolés ni des aberrations, et que la guerre elle-même était une atrocité. C’était ça Le scoop, mais ça passait à la trappe, pas aux infos. Oui, des journalistes tout à fait corrects pouvaient discuter de questions de tactique ou de l’efficacité de nos militaires, OK, mais utiliser le mot « invasion », jamais ! L’euphémisme d’usage c’était « l’engagement. » L’Amérique était « engagée » au Vietnam… On retombait sans arrêt dans le mythe du géant maladroit plein de bonnes intentions empêtré dans le bourbier asiatique. On laissait aux plus gonflés, chez nous, le soin d’évoquer les vérités subversives. Des gars comme Daniel Ellsberg ou Seymour Hersh, avec son scoop sur le massacre de My-Lai… Il y avait 649 reporters au Vietnam le 16 mars 1968 – le jour du massacre de My-Lai – et pas un seul d’entre eux n’en avait dit un mot.

En Irak comme au Vietnam, certaines stratégies, certaines politiques délibérées tenaient littéralement du génocide : au Vietnam, la déportation de force de millions de personnes et la création de « free fire zones » [ndt : ou « free strike zones » : zones de feu à volonté (tir, mitraillage, bombardement ou pilonnage libre : sans nécessité de produire un rapport ou de faire preuve de modération)] ; en Irak, un embargo mis en place par les USA, maintenu comme un siège médiéval pendant toute la décennie 1990 et qui, selon le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance, fit au bas mot un demi-million de morts parmi les seuls enfants de moins de cinq ans [ndt : soit la moitié du nombre total des victimes]. Au Vietnam comme en Irak, on eut recours à des armes interdites contre des populations civiles, sciemment, à titre expérimental. Au Vietnam, l’Agent Orange [ndt : pulvérisation aérienne de millions de litres de dioxine hautement concentrée sur des zones forestières et rurales] causa des malformations génétiques et eut un énorme impact sur l’environnement. Les militaires avaient appelé ça l’Opération Hadès [ndt : Dieu des enfers chez les Grecs]. Lorsque le Congrès eut vent de l’affaire, l’opération fut rebaptisée d’un nom plus amical : Operation Ranch Hand [Opération « Garçon de Ferme » ou « coup de main agricole »] et on continua de plus belle. La réaction du Congrès fut sensiblement du même ordre au sujet de la guerre en Irak. Les Démocrates l’ont d’abord vivement critiquée, puis renommée, puis étendue.

Les films de Hollywood qui suivirent la guerre du Vietnam étaient eux-mêmes une extension du journalisme, de cette normalisation de l’impensable. Oui, certains films critiquaient assez ouvertement les tactiques des militaires, mais tous prenaient soin de rester centrés sur l’horreur vécue par l’occupant. Le premier de ces films est désormais un grand classique, c’est The Deer Hunter [Délivrance]. Le message qui sous-tend le film est que l’Amérique a souffert, que l’Amérique a été blessée, que nos petits gars ont néanmoins fait de leur mieux contre les barbares orientaux. Ce message était d’autant plus pernicieux que le film était brillamment réalisé et interprété. Je dois reconnaître que c’est le seul film que j’aie hué de toutes mes forces dans un cinéma. On a dit que Platoon, d’Oliver Stone, qui a reçu de nombreux prix, était un film anti-guerre. On y voit effectivement, très furtivement, des vietnamiens présentés comme des êtres humains. Mais avant toute chose, on y voit les occupants américains comme des victimes.

Initialement, je n’avais pas l’intention d’évoquer ici des films comme Les Bérets Verts, mais j’ai lu l’autre jour que John Wayne était l’acteur de cinéma le plus influent qui ait jamais vécu [ndt : celui qui avait le plus profondément marqué ou influencé son époque] J’ai… vu Les Bérets Verts – avec John Wayne – un samedi soir en 1968 à Montgomery, en Alabama. J’étais dans le coin pour interviewer le gouverneur George Wallace, une infecte célébrité de l’époque. Je venais de rentrer du Vietnam et je n’en croyais pas mes yeux… Je n’en revenais pas de l’absurdité de ce film. J’en étais plié de rire. Et je riais, et je riais… Et bien sûr ça n’a pas tardé à jeter un froid dans la salle. Au bout d’un moment le copain qui m’accompagnait, qui avait été un Freedom Rider dans le Sud [ndt : Militants qui faisaient le tour des Etats-Unis pour lutter contre les lois ségrégationnistes aux USA, dans les années 1960], m’a dit très discrètement : « Là mon gars, faut se barrer tout de suite et courir très vite ! »

Les types nous ont coursé jusqu’à notre hôtel… Mais je doute qu’aucun de nos poursuivants ait été réellement au courant que John Wayne, leur héro, avait raconté des salades pour qu’on ne l’envoie pas se battre pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et pourtant cet héroïsme bidon de John Wayne a permis d’envoyer des milliers de jeunes américains se faire tuer au Vietnam, à la notable exception de George W Bush et Dick Cheney.

L’an dernier, au moment de recevoir son Prix Nobel de Littérature, le dramaturge Harold Pinter a donné un discours absolument remarquable. Il y demandait « pourquoi », et je le cite, « la brutalité systématique, les exactions généralisées, l’impitoyable répression de la liberté de penser de la Russie stalinienne étaient parfaitement connues à l’Ouest, tandis que les crimes des Etats-Unis étaient à peine et superficiellement pris en compte, sans même parler d’être documentés. » Pourtant, dans le monde entier, l’annihilation et les souffrances d’une multitude d’êtres humains pouvaient être directement imputés à la puissance effrénée de l’Amérique. « Mais… » ajoute Pinter, « …personne n’en parle jamais. Ça ne s’est même jamais produit. Rien de tout ça ne s’est jamais produit. Même pendant que ça se passait, ça n’était pas en train de se produire. Ça n’avait strictement aucun intérêt. » Cette déclaration de Pinter tenait tout simplement du prodige. La BBC, elle, passa tout bonnement à la trappe ce discours du plus grand dramaturge britannique.

J’ai réalisé pas mal de documentaires sur le Cambodge. Le premier s’appelait Année Zéro : la mort silencieuse du Cambodge. Il décrivait les bombardements américains qui furent le catalyseur de la prise de pouvoir de Pol Pot. Ce qu’avaient commencé Nixon et Kissinger, Pol Pot y apportait la touche finale – les dossiers de la CIA à eux seuls ne laissent aucun doute là-dessus. J’ai proposé Année Zéro à PBS. Je le leur ai amené à Washington. Les cadres de PBS qui l’ont visionné étaient sous le choc. Ils chuchotaient entre eux, puis ils m’ont demandé d’attendre dehors. Finalement, il y en a un qui est sorti et qui m’a dit comme ça : « John, on trouve ton film admirable, mais… bon, ce qui nous fait un peu tiquer c’est cette idée que les Américains aient ouvert la voie à Pol Pot. »

J’ai demandé : « Comment… ça vous semble pas suffisamment évident ? » Je m’étais quand même appuyé sur pas mal de documents de la CIA… « Oh non, non non, pas du tout, mais… On a jugé préférable d’appeler un adjudicateur journalistique. »

Je dois dire que le terme d’adjudicateur journalistique parait tout droit sorti d’un bouquin de George Orwell. En fait, ils se sont débrouillés de trouver un des trois seuls journalistes à avoir été invité au Cambodge par Pol Pot. Bien évidemment a détesté le film et je n’ai jamais plus entendu parler de PBS. Année Zéro a été diffusé dans une soixantaine de pays, il est même devenu l’un des documentaires les plus regardés au monde, mais il n’a jamais été montré aux Etats-Unis. Un des cinq documentaires que j’ai réalisés sur le Cambodge a été diffusé sur WNET, la station PBS de New York. J’imagine bien qu’ils ont dû le passer vers une heure du matin… Mais sur la base de cette unique diffusion à une heure ou tout le monde dort, il s’est vu décerner un Emmy [ndt : prix du meilleur documentaire]. Merveilleuse ironie, non ? En gros, il méritait un prix mais pas une audience.

La vérité subversive d’Harold Pinter, à mon avis, c’est qu’il faisait le lien entre impérialisme et fascisme et qu’il décrivait une bataille pour l’Histoire qui n’est littéralement jamais couverte par les médias. C’est ça le grand silence de l’âge des médias. Et c’est justement ça qui se dissimule au cœur de la propagande aujourd’hui. Une propagande qui vise tellement large que je m’étonne toujours que tant d’Américains arrivent malgré tout à en savoir et à en comprendre autant. On parle ici d’un système, bien sûr, ce n’est pas une question de personnes. Malgré tout, pour énormément de gens, le problème c’est Bush et son gang. D’accord, Bush et son gang sont particulièrement graves, mais pour ce que j’en sais, ils ne le sont en réalité guère plus qu’une version extrême de ce qu’on a connu avant.

Depuis que je suis né, il y a eu plus de guerres déclenchées par les Libéraux Démocrates que par les Républicains. Ignorer un fait comme celui là c’est se donner la garantie que le système de propagande et l’économie de guerre en ont encore pour un bon moment. Le parti qui a dirigé l’Angleterre ces dix dernières années était une branche du Parti Démocrate. Blair, sous ses faux airs d’homme de gauche, a fait entrer le pays en guerre plus de fois qu’aucun autre Premier ministre de l’époque contemporaine. Oui, aujourd’hui son grand copain c’est George Bush, mais son premier amour c’était Clinton, le président américain le plus violent de tout le vingtième siècle. Quant au successeur de Blair, Gordon Brown, c’est lui aussi un fervent zélateur de Clinton et Bush. L’autre jour, il a annoncé : « L’époque où l’Angleterre devait demander pardon pour l’Empire Britannique est révolue ! On devrait fêter ça… » [ndt. : Dans ce contexte, « We should celebrate ! » signifie aussi bien « on devrait fêter ça » que « on devrait plutôt célébrer l’Empire Brittanique »]

Comme Blair, comme Clinton, comme Bush, Brown croit en cette vérité libérale selon laquelle la bataille pour l’Histoire est d’ores et déjà gagnée ; qu’on finira par oublier les millions de morts des famines provoquées délibérément en Inde par les Britanniques à l’époque coloniale – et que les millions de gens qui sont morts dans l’empire américain seront bientôt oubliés aussi. Tout comme Blair, son successeur ne doute pas une minute que le journalisme professionnel soit de son côté, parce que la plupart des journalistes, qu’ils veuillent le voir ou non, sont rôdés, bichonnés pour être les tribuns d’une idéologie qui se considère comme non idéologique, qui se présente comme le centre naturel, comme le fondement même de la vie moderne civilisée. Cette idéologie pourrait bien être la plus puissante et la plus dangereuse qui ait jamais été parce qu’elle est modifiable à volonté. C’est ça le libéralisme ! Je ne nie pas les valeurs du libéralisme, loin de là, nous en sommes tous les bénéficiaires. Mais si nous refusons d’en voir les dangers, de comprendre le projet dont il est porteur et la nature formidablement délétère de sa propagande, nous nous privons nous-mêmes de tout droit à une véritable démocratie. Le libéralisme c’est une chose, la démocratie c’en est une autre. Le libéralisme était à l’origine le culte de l’élite, au XIXe siècle. Or une véritable démocratie ce n’est pas le genre de chose dont les élites aient jamais fait cadeau. C’est quelque chose qu’il a toujours fallu arracher de haute lutte.

Une pionnière de la coalition anti-guerre, United For Peace And Justice [Ensemble Pour la Paix et la Justice] disait récemment (je la cite) : « Les Démocrates se servent de la politique de réalité. » En matière de libéralisme, son point de référence historique était le Vietnam. Elle expliquait que le Président Johnson avait commencé à retirer des troupes du Vietnam après qu’un Congrès majoritairement Démocrate eut commencé à voter contre la guerre. Ça n’est pas ce qui s’est passé ! Le retrait des troupes du Vietnam a pris quatre longues années, et pendant ces quatre années les Etats-Unis ont massacré plus de monde au Vietnam, au Cambodge et au Laos, avec leurs bombes, que pendant toutes les années précédentes. Et c’est ce qui est en train de se passer en Irak. Les bombardements ont doublé depuis l’année dernière mais aucun média n’en parle. Et qui a commencé ces bombardements ? Bill Clinton !

Dans les années 1990, Clinton a largué une pluie de bombes sur l’Irak, dans ce qu’on appelait les « no fly zones » [« zones interdites de survol »]. Bel euphémisme ! Dans le même temps, il imposait un siège médiéval baptisé « sanctions économiques », qui a causé la mort (comme je le disais) de plus d’un million de personnes, dont 500 000 enfants, répertoriés. Ce carnage a été littéralement occulté dans ce qu’on appelle nos grands médias. L’an dernier [en 2006], une étude conduite par l’Ecole de Santé Publique John Hopkins a montré que depuis l’invasion de l’Irak, 655 000 Irakiens étaient morts en conséquence directe de l’invasion. Des documents officiels montrent que Blair et son gouvernement étaient pleinement conscients de la totale crédibilité de ces chiffres. En février, Monsieur Les Roberts, l’auteur de ce rapport, annonçait que ce chiffre était assez proche de celui que l’Université de Fordham avait obtenu comme total [après vérifications] des victimes du génocide Rwandais. La réponse des médias aux stupéfiantes révélations de Roberts fut un silence total ! Ce qui, pour toute une génération, pourrait bien être le plus monstrueux cas de crime organisé n’était, comme disait Pinter, « jamais arrivé ». Ça n’avait « strictement aucun intérêt. »

Il y a plein de gens qui se considèrent comme de gauche et qui ont soutenu l’attaque de Bush contre l’Afghanistan. Personne n’a dénoncé le fait que Oussama Ben Laden disposait du soutien de la CIA. Littéralement personne ne sait aux Etats-Unis que l’administration Clinton a secrètement soutenu les Talibans, au point de leur communiquer les briefings de haut niveau de la CIA. Les Talibans étaient les partenaires secrets du géant du pétrole, Unocal, pour la construction d’un pipeline à travers l’Afghanistan. Et lorsqu’un représentant de l’administration Clinton s’entendit rappeler que les Talibans persécutaient les femmes, il se contenta de répondre : « On n’en crèvera pas ! » Il y a une montagne de preuves que Bush a pris la décision d’attaquer l’Afghanistan, non pas en réponse aux attentats du 11 septembre, mais deux mois plus tôt, en juillet 2001. Littéralement personne n’est au courant de ça aux Etats-Unis – officiellement du moins. Même chose pour le nombre des victimes civiles en Afghanistan. A ma connaissance un seul reporter d’un grand média – Jonathan Steele du Guardian, à Londres – à avoir mené une enquête sur les victimes civiles en Afghanistan. Son estimation tournait autour de 20 000 morts, et c’était il y a trois ans.

L’interminable tragédie de la Palestine est due en grande partie au silence et à l’aval tacite d’une soi disant gauche libérale. Le Hamas est systématiquement décrit comme fanatiquement dédié à la destruction d’Israël. Le New York Times, Associated Press, le Boston Globe ou n’importe quel autre journal, tous renvoient à cette même idée pour enlever toute crédibilité au mouvement. Or elle est fausse ! On ne rappelle pratiquement jamais que le Hamas a appelé à un cesser le feu de 10 ans. Pire, littéralement personne n’est au courant que le Hamas a pris ces dernières années un virage idéologique historique qui équivaut véritablement à une reconnaissance de ce qu’ils appellent « la réalité d’Israël. » Par contre, qu’Israël soit fanatiquement dédié à la destruction de la Palestine reste un sujet absolument tabou.

L’Université de Glasgow a publié une étude étonnante sur la couverture médiatique du conflit Israélo-palestinien. Ils ont interviewé un groupe de téléspectateurs qui regardent régulièrement les infos en Angleterre. Plus de 90% étaient convaincus que les « implantations illégales » étaient des camps palestiniens. Plus ils regardaient, moins ils en savaient, comme disait Dany Schechter.

En ce moment, le silence le plus dangereux concerne les armes nucléaires et le retour de la Guerre Froide. Pour les Russes, il est parfaitement clair que le soi disant Bouclier de Défense américain en Europe de l’Est n’a pas d’autre but que de les humilier et de leur mettre le couteau sous la gorge. Mais si vous lisez les titres des journaux, ici, ils vous disent que Poutine nous entraîne vers une nouvelle Guerre Froide et ils occultent totalement la mise en place d’un ensemble d’installations nucléaires américaines, le Reliable Weapons Replacement (RRW) [ndt : Peu clair : littéralement : Remplacement d’Armement Sûr (si on étudie le programme de plus près : remplacement de l’armement nucléaire existant par un armement nucléaire libre de toute interdiction], dont l’objectif est de brouiller la distinction entre guerre conventionnelle et guerre nucléaire – une ambition qui ne date pas d’hier…

Dans le même temps, on affaiblit l’Iran, la presse de gauche jouant littéralement le même rôle que celui que celui qu’elle avait joué avant l’invasion de l’Irak. Il en va de même des Démocrates… Regardez à quel point Barak Obama est devenu le porte-parole du Council on Foreign Relations [Conseil sur les Relations Etrangères] l’un des principaux organes de propagande du vieil establishment libéral de Washington. Obama écrit qu’il souhaite le rapatriement des troupes mais que, je cite, « nous ne devons pas exclure le recours aux forces armées contre des adversaires de longue date tels que l’Iran et la Syrie. »

Ecoutez ça… C’est Obama, l’homme de gauche, qui parle : « Dans les situations les plus périlleuses, au siècle passé [ndt : Aux Etats-Unis, on considère le XXe siècle comme : « Le Siècle de l’Amérique »], nos dirigeants ont veillé à ce que l’Amérique, par sa bravoure et l’exemple qu’elle donnait, conduise et élève le monde, à ce que nous nous engagions et que nous combattions pour la liberté que des milliards d’êtres humains recherchaient au-delà de leurs frontières. » Textuellement !

Vous savez… ça, c’est le cœur même de notre propagande, une espèce de lavage de cerveau qui s’insinue dans la vie de chaque américain et de nombre d’entre nous qui ne sont pas américains, qu’ils soient de droite ou de gauche, qu’ils soient athées ou qu’ils vivent dans la crainte de Dieu. Ce dont les gens sont le moins conscients, c’est que dans la seule seconde moitié du XXe siècle, les différentes administrations américaines ont renversé une cinquantaine de gouvernement – pour la plupart démocratiquement élus – et que dans la foulée une trentaine de pays se sont vus attaqués et écrasés sous les bombes avec un nombre de morts incalculable. S’en prendre à Bush, c’est très bien – et c’est justifié – mais si c’est pour céder aux sirènes des Démocrates qui nous rabâchent le sempiternel devoir de s’engager et de combattre pour la liberté que des milliards d’êtres humains recherchent, nous perdons la bataille de l’Histoire et nous nous réduisons nous-mêmes au silence.

Qu’est ce qu’on devrait faire ? Cette question si souvent posée dans toutes les conférences que j’ai pu donner, y compris par des gens aussi informés que ceux qui sont réunis ici, est en elle-même intéressante. A ce que j’ai pu constater, les habitants de ce qu’on appelle les pays du tiers monde la posent rarement, parce que eux savent ce qu’il faut faire. Et beaucoup l’ont payé de leur liberté et de leur vie, mais ils savaient ce qu’il fallait faire. C’est une question à laquelle pas mal de gens de la gauche démocrate – avec un petit « d » – n’ont toujours pas de réponse.

La véritable information, l’information subversive, reste l’arme la plus puissante qui soit. Et je suis convaincu que nous ne devons surtout pas tomber dans le piège d’imaginer que les médias parlent pour le public. C’était tout sauf vrai dans la Tchécoslovaquie stalinienne et ça ne l’est pas davantage chez nous.

De toute ma carrière de journaliste, je n’ai jamais entendu parler d’une prise de conscience générale aussi rapide que celle à laquelle on assiste à l’heure actuelle. Certes sa direction et la forme qu’elle prend sont encore floues – notamment parce que les gens sont devenus très méfiants à l’égard des alternatives économiques mais aussi parce que le Parti Démocrate est parvenu à embobiner et à diviser l’électorat de gauche – et cependant cette prise de conscience croissante d’un public de plus en plus critique parait d’autant plus remarquable lorsqu’on tient compte des proportions vertigineuses de l’endoctrinement subi, de la mystique de notre mode de vie supérieur, et du climat de peur omniprésente qui est savamment entretenu ici.

Pourquoi le New York Times s’est-il senti obligé de présenter ses excuses dans cet éditorial l’année dernière ? Non pas parce qu’il est opposé aux guerres de Bush – il n’y a qu’à voir ce qu’ils écrivent sur l’Iran… Cet éditorial était un des rares signes d’une reconnaissance du fait que le public commençait à entrevoir le rôle caché des médias que les gens commençaient à « lire entre les lignes. »

Si l’Iran est attaqué [ndt : Pour les Anglo-saxons il ne fait aucun doute que l’attaque sera alors nucléaire. L’aval de l’ONU sur le recours offensif aux armes nucléaires en cas de « guerre préventive » date de 2006], il est impossible de prévoir la réaction et les bouleversements qui vont s’ensuivre. Les directives concernant la sécurité nationale et celle de la patrie donnent à Bush [ou à son successeur] les pleins pouvoirs en cas d’urgence, sur toutes les facettes du gouvernement. Il n’est pas improbable que la constitution soit suspendue – les lois permettant d’appréhender des centaines de milliers de soi disant terroristes et « ennemis combattants » sont d’ores et déjà dans les textes. Ce n’est pas être paranoïaque que de comprendre ce que tout cela implique. Je pense que ces dangers sont clairement compris du public, qui a fait pas mal de chemin depuis le 11 septembre, et pas mal de chemin depuis la propagande qui établissait un lien entre Saddam Hussein et al-Qaeda. C’est pour ça qu’ils ont voté pour les Démocrates en novembre dernier – qui les ont trahis aussi sec, d’ailleurs. Mais ils ont besoin de vérité. Et les journalistes devraient en principe être les défenseurs de la vérité, non les courtiers du pouvoir.

Je pense qu’un cinquième pouvoir peut exister… sous l’action de mouvements populaires capables de surveiller, de déconstruire et de contrer les médias, l’industrie des médias. Dans chaque université, chaque école de journalisme, chaque salle de rédaction, les profs de journalisme, les journalistes eux-mêmes devraient réellement s’interroger sur le rôle qui est désormais le leur dans ce bain de sang, au nom d’une objectivité bidon. Un tel mouvement au sein des médias serait annonciateur d’une perestroïka comme on n’en a jamais vu. Tout ça est parfaitement possible. Les silences peuvent être brisés. En Angleterre, le Syndicat National des Journalistes a pris un virage sans précédent et a appelé à un boycott d’Israël. Le site web Medialens.org, après un bras de fer remarquable, a contraint la BBC à rendre des comptes. Aux Etats-Unis, le net est peuplé d’esprits merveilleusement rebelles. Je ne peux pas les citer tous mais de Tom Feeley (d’International Clearing House), à Mike Albert de ZNet, à Counterpunch online, sans oublier le merveilleux travail de FAIR, la meilleure couverture de ce qui se passe en Irak ne parait que sur le net : le courageux journalisme de Dahr Jamail et de reporters citoyens comme Joe Wilding, qui a couvert le siège de Fallujah depuis l’intérieur.

Au Venezuela, les enquêtes de Greg Wilpert ont fait chavirer la plus grande partie de la propagande dont Hugo Chavez est actuellement la cible. Ne vous y trompez pas, c’est la terreur de la liberté d’expression pour le plus grand nombre au Venezuela qui se cache derrière la campagne menée à l’Ouest – en écho à l’archi-corrompue RCTV. Pour nous autres, le défi c’est de soulever cette « subjugated knowledge » [connaissance soumise], pour la faire passer des réseaux underground au commun des mortels.

Il n’y a pas de temps à perdre ! La Démocratie Libérale est en train de se transformer en une dictature d’entreprise [corporate dictatorship]. C’est un renversement historique auquel nous ne devons pas laisser les médias offrir une façade. Ce renversement lui-même doit désormais devenir Le sujet brûlant qui concerne tout le monde et faire l’objet d’attaques directes. Le grand dénonciateur de scandales qu’était Tom Paine avait prévenu que si l’on en venait à priver la majorité du peuple de la vérité et des idées de vérité, il était temps de mettre à sac ce qu’il appelait la Bastille des mots.

Ce moment, c’est maintenant !

John Pilger, 16/06/2007

http://www.johnpilger.com/

Traduit de l’anglais par Dominique Arias.

http://www.johnpilger.com/page.asp?partid=446