Fallait-il que les insurgés du Ghetto de Varsovie assurent en 43 la sécurité des Allemands ?

Il n’y a plus de superlatif pour dire ce qui se passe à Gaza. Mais se taire abime sa propre humanité.
Le silence de l’Europe indispose. Celui de la Belgique fait honte. Et le mutisme de la gauche offense et révolte. A défaut d’être encore utile pour ces enfants, ces femmes et ces hommes menacés de réduction au statut de victimes collatérales et anonymes de la politique de sécurité d’un Etat, où crier sa colère ? Pour qui, bien sûr, le seul vote à 42% en faveur d’un parti islamiste ne constitue pas la justification d’un crime de guerre contre un peuple tout entier…

La vérité est la première victime des conflits armés, expliquait l’auteur du Livre de la jungle, le prix Nobel de littérature Rudyard Kipling. C’était il y a plus d’un siècle… Nos organes d’informations en font la démonstration tous les jours depuis le début du pilonnage. Dans un mouvement consensuel, la presse alignée adopte la doctrine de la politique européenne d’équidistance. Elle nous amène à considérer, dans l’explication du mal, qu’entre le bourreau et sa victime, il y aurait ainsi à mesurer une relation complexe – dont nous ne saurions pas le détail – nous empêchant de juger que la raison de la force est par principe détestable.

« L’horreur est là. Oui, mais… » Oui mais quoi ? Il y aurait de la violence des deux côtés ? Comme si la violence du Hamas avait causé l’occupation de la Palestine… Comme s’il était évident que les « occupés » puissent être tenus responsables de la sécurité des « occupants »… Les insurgés de Varsovie en 43 devaient-ils assurer l’intégrité physique des Allemands ?

Pour se rincer l’esprit de cette intoxication mentale, relire un entretien du docteur Mustapha Barghouti, dirigeant palestinien démocrate et non-violent, a des vertus prophylactiques : http://www.europalestine.com/impression.php3?id_article=3206&nom_site=%5B .

C’était avant les bombardements de l’aviation israélienne.

Aujourd’hui, l’heure est au massacre mais l’« apartheid » s’est installé sous nos yeux et dans un mutisme total de la communauté internationale : l’eau coûte deux fois plus cher si vous êtes Palestiniens ! L’électricité idem. Des routes « Colons only ». Le mur…

Et nous voilà maintenant à intégrer cette discrimination dans une vision de la guerre qui place sur le même plan 4 victimes civiles d’un côté, 400 de l’autre. Jusque dans la comptabilité macabre, un Palestinien vaut moins ! Barghouti cite les statistiques israéliennes : « En 2007, treize Israéliens ont été tués, dont quatre soldats engagés dans des affrontements armés et quatre colons. Dans le même temps, 404 Palestiniens ont été abattus par les Israéliens. A cet égard les données prennent des proportions hallucinantes. Vous savez que je suis un ferme partisan de la non-violence, mais regardons les chiffres. En 2000, le ratio entre le nombre de tués palestiniens par rapport au nombre de tués israéliens étaient de 4 pour 1. Pour chaque Israélien abattu, 4 Palestiniens étaient tués. En 2006, on est passé à un ratio de 27 pour 1 ! En 2007, de 31 pour 1 ! Et pendant les trois premiers mois de 2008, on en est à 46 pour 1 ! » C’était avant le déclenchement de l’opération « plomb durci »…

En d’autres temps, des brigades internationales se levaient pour porter assistance à des populations en danger. Pouvons-nous encore ne serait-ce que résister à cette propagande qui nous prépare à accepter l’inhumanité et à tolérer l’inacceptable ?

Daniel Richard

Syndicaliste wallon – 03/01/09