Et que si jamais il te venait l’idée (stupide) de comparer l’indignation en deux situations…

Et que si jamais il te venait l’idée (stupide) de comparer l’indignation en deux situations distinctes, quand même, tu vas pas faire ça ?

Ça n’a pas traîné ! Enfin… si… ça a un peu traîné.

Mais l’essentiel est que, tôt ou tard, les réactions se multiplient, que les intellectuels donnent courageusement de la voix, que les éditorialistes se campent solidement sur leurs petits ergots et disent leur indignation, leur colère, leur volonté de mourir sur la table du café de Flore – le style à la main – plutôt de reculer ne serait-ce que d’un pouce face à l’autoritarisme, que les professionnels de l’humanitaire et les politiques professionnels disent leur préoccupation et prennent un ton aussi compassé que résolu, que les journaux matraquent sans relâche – en page de une et puis dans pas mal de pages intérieurs – photos sanglantes, émouvantes, désolantes, textes vivants, incisifs, engagés, angles variés, intelligents, multipliés, que les télés en fassent leur sujet d’ouverture et invitent les intellectuels bravaches, éditorialistes indignés, politiques concernés et autres professionnels de l’humanitaire à dire en quoi ce qui joue là est essentiel pour le citoyen, le spectateur, l’homme de la rue, que l’homme de la rue en parle en mangeant sa soupe ou en allant acheter le pain, tout ça, que la machine s’enclenche, enfin !

C’est fait, donc.

Et si tu dois – comme moi – regretter que la chose ne se soit pas lancée plus tôt, ne fais – ami – quand même pas trop la fine bouche.

Tant le sort du Honduras se joue à l’évidence autant là-bas qu’ici, dans les rues de Tegucigalpa comme dans la capacité des Honduriens à susciter chez nous bruit et résonance médiatiques, aux alentours de l’ambassade du Brésil comme dans nos médias et cercles intellectuels occidentaux.

C’est BHL qui – comme souvent, tu sais – a lancé le mouvement, peu après l’annonce par Micheletti des restrictions apportées aux libertés individuelles.

Et son Adresse à la jeunesse hondurienne, postée sur les principaux sites de partage de vidéos, a déjà été visionnée des dizaines de milliers de fois, magnifique invite aux jeunes du Honduras à ne pas baisser les bras face à la dictature.

Ton grave, chemise blanche, figure légèrement crispée par l’importance de l’instant et la certitude de faire l’histoire, le philosophe s’y livre à une vibrante attaque contre le régime putchiste : « 28 septembre 2009, quoi qu’il arrive désormais, rien ne sera plus jamais comme avant à Tegucigalpa, débute t-il solennellement. Quoi qu’il arrive, que la contestation s’emballe ou marque le pas, qu’elle finisse pas triompher ou que le régime parvienne à la terroriser, celui qu’il ne faudrait plus appeler que le président non-élu Micheletti ne sera qu’un président au rabais, illégitime, affaibli. »

Postée hier après-midi, la vidéo du philosophe n’a précédé que de quelques heures une première manifestation de soutien, organisée sur le parvis des Droits de l’homme, place du Trocadéro, et réunissant les "philosophes" Bernard-Henri Lévy – derechef – et Alain Finkielkraut, le député socialiste Jack Lang et l’écrivain Marek Halter.

« À Tegucigalpa et dans toutes les villes du Honduras, des gens défilent aujourd’hui au péril de leur vie contre la confiscation de leur vote. Si on n’est pas à leurs côtés, si on n’envoie pas un message de solidarité aussi humble soit-il, alors c’est à désespérer de la démocratie et de nos valeurs », a redonné la charge BHL, tandis que Jack Lang dénonçait furieusement le traitement fait aux manifestants : « C’est une provocation à l’égard du peuple hondurien tout entier ! »

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, n’a pas tardé à prendre le train en marche, avec une déclaration solennelle lue le soir-même, peu après l’annonce de la fermeture des médias d’opposition au Honduras : « La nécessité de soutenir les démocrates, les réformateurs, nous l’affirmons haut et fort (…). "Nous voulons que le peuple hondurien parle, il est en train de s’exprimer. »

Une prise de position effectuée alors même qu’Henri Guaino, conseiller spécial de l’Élysée et interrogé sur les ondes d’Europe 1, dressait ce constat : « Ce qui se passe au Honduras n’est évidemment une bonne nouvelle pour personne, ni pour les Honduriens, ni pour la stabilité et la paix du monde. (…) M. Micheletti est là, avec ses excès, avec ses outrances et cela ne simplifie pas la tâche de tous ceux qui dans le monde veulent prendre en considération le Honduras, veulent le respecter et dialoguer avec lui. »

À ces voix diplomatiques s’ajoute, ce matin, celle de Laurent Joffrin, qui conclut son éditorial en Libération par ces quelques mots bien trempés : « Qu’elle soit autolimitée ou qu’elle mette en cause les fondements mêmes du régime, qu’elle soit finalement vainqueur ou vaincue, c’est bien une révolution qui secoue aujourd’hui le Honduras. »

Et s’y additionnent – surtout – toutes celles des internautes qui, sur leurs blogs, sur Twitter, sur les forums de discussion, multiplient les prises de position et les déclarations de soutien avec le peuple hondurien.

Certains médias évoquant même une révolution Twitter, tant la plate-forme de microblogging joue un rôle essentiel dans le relais de la contestation et est devenue une « source d’information privilégiées pour les journalistes, confrontés au manque de témoignages directs sur place ».

En clair : ça bouge enfin.

Le mouvement de protestation est désormais général.

Et Micheletti ne devrait pas tarder à avoir chaud aux fesses.

Nan.

Mais naaaaaannnnnnnn !

Je déconne.

Je plaisante, je t’dis.

T’es con… tu crois qu’ils en ont quelque chose à foutre du Honduras ?

Un pays lointain, un gouvernement de gauche, un coup d’État, une vraie résistance populaire…

Laisse tomber, ça n’intéresse personne.

Par contre, l’Iran…

(NB : tu auras bien compris, bien entendu, que toutes les citations sont véridiques, mais qu’il convient de remplacer Honduras par Iran, Hondurien par Iranien et Micheletti par Ahmadinejad pour leur rendre leur (relatif) lustre originel.)

Source: Article XI