Et maintenant, chers électeurs, on va vous licencier!

Comment expliquer la défaite de Milosevic? Le nouveau premier ministre Djindjic fermera-t-il beaucoup d’usines? Et Bush changera-t-il la politique US? Nous avons pris la température à Belgrade et Washington…

Ex-opposition DOS: 64%. SPS de Milosevic: 13%. Et 13% pour deux partis anti-Otan de droite. Washington, le FMI et l’Otan ont à nouveau sablé le champagne. Explication sur place…

Pour Andrej, les élections ont été faussées, dès septembre, par les menaces de nouveaux bombardements ou d’une invasion du Monténégro par l’Otan. Et par les cent millions de dollars des Etats-Unis finançant une campagne de propagande très efficace pour criminaliser Milosevic aux yeux des Serbes. De plus, les principaux médias ont été étroitement contrôlés.

Gordana approuve: «Les gens savaient que le SPS était plus ‘social’ que DOS mais aussi que l’Ouest continuerait à les étrangler tant que Milosevic resterait au pouvoir. Quatre guerres, l’isolement, la démonisation, l’embargo: la politique serbe n’est faite ni dans la rue, ni au parlement, mais à l’étranger.» «Cependant, ajoute Tanja, le SPS limite les dégâts vu les circonstances et deux scissions qui l’ont affaibli.».

Bata opposé à l’Otan, se résigne: «La Serbie fait partie de l’Europe et doit reconnaître le mode de vie de la majorité.» Selon Natasa, favorable à DOS, «la mauvaise situation économique explique que la majorité de ses supporters aient tourné le dos à Milosevic. Les gens ont vu trop de corruption, et les «nouveaux riches» diriger le pays. Ils ont été dégoûtés.» Que Milosevic n’ait exprimé aucune autocritique sur la fortune bien rapide de son propre fils ou d’autres dignitaires, n’a pas augmenté sa crédibilité.

Demain, on rase gratis?

Mais le principal, c’est qu’on croit toujours aux promesses annonçant un flot d’aides et d’investissements de l’Ouest. Comme en Europe de l’Est en 1990, laquelle attend toujours d’ailleurs…

En Yougoslavie aussi, le réveil sera douloureux. Les «aides» prévues par le Pacte de stabilité allemand pour les Balkans sont en réalité des… prêts remboursables. Qui permettront surtout aux multinationales d’empocher les bénéfices de la reconstruction et de rafler pour pas cher les meilleurs morceaux de l’économie.

Le programme de l’ex-opposition prévoyait une «thérapie de choc»: dès les premiers jours, privatisations massives et énormes hausses de prix. Par exemple, 90% des ouvriers de l’usine automobile Zastava seront sûrement «remerciés», pour la plus grande joie du racheteur Peugeot. Quant aux actuelles pénuries d’électricité, leur but serait de faire paniquer l’opinion avant d’imposer une privatisation et des hausses énormes.

Mais, à présent, le futur premier ministre Djindjic annonce que la privatisation pourrait prendre deux ans. Il sait qu’elle rencontre l’opposition de la majorité de la population. Et déjà des manifestations ont eu lieu contre les coupures d’électricité.

Bref, l’affaire ne fait que commencer. Chacun sait que la coalition au pouvoir éclatera et que Djindjic s’efforcera de réduire son «allié» Kostunica à un «président-chrysanthèmes», voire carrément à un Gorbatchev mis au placard. D’autant que l’UCK séparatiste va continuer ses provocations au Kosovo et en Serbie – alors que Kostunica a aussi été choisi par des électeurs reprochant à Milosevic d’avoir cédé face à l’Otan – et donc Kostunica aura un problème envers son opinion.

Bush différent?

Le peuple serbe a tant détesté son bourreau Madeleine Albright (ministre US des Affaires étrangères) que certains croient, ou veulent croire, qu’avec Bush, les Etats-Unis seront moins agressifs. D’ailleurs, il a promis de retirer ses troupes des Balkans.

La politique US changera-t-elle? Non. 1. Bush et Gore étaient deux candidats blanc bonnet et bonnet blanc des multinationales. 2. Les républicains ont toujours eu une étiquette plus «isolationniste», cela n’a pas empêché Nixon d’agresser le Vietnam, Reagan Grenade et Panama, Bush père l’Irak. 3. Réduire le nombre de soldats US et faire payer les Européens lui permettrait d’attaquer d’autres pays, mais jamais il ne lâchera l’énorme base Camp Bondsteel construite au Kosovo. Elle est stratégique.