« Donnez-lui des coups ! »

Témoignages et images d’une manif Palestine réprimée par Thielemans et Reynders

Le 16 avril 2012, Bruxelles. Une cinquantaine de personnes viennent demander au ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) s’il a fait pression sur la compagnie Brussels Airlines pour qu’elle refuse l’embarquement des passagers de la Mission « Bienvenue en Palestine ». Alors que tout se déroule calmement, la police du bourgmestre Thielemans va embarquer tous les manifestants un par un, les brutaliser gravement et les emprisonner arbitrairement. Un manifestant sera même tabassé à nouveau après sa libération !
 
« Donnez-lui des coups ! »
 
Témoignage de Jan Dreezen :
«  Ce lundi 16, à 13h30, les passagers qui avaient été empêchés d’embarquer sont allés demander des explications au ministre des Affaires étrangères. Ils ont organisé une action spontanée (sans demande) sur le seuil du ministère. Ils ont demandé par l’intermédiaire de la police présente à pouvoir entrer en contact avec quelqu’un du cabinet.
Après un quart d’heure, comme il n’y avait toujours pas de réponse, les gens se sont dirigés vers l’entrée. Ils ont été bloqués par une force de police presqu’aussi nombreuse que les manifestants. Alors, sans aucun motif valable et aussi sans aucune communication, les policiers se sont mis à charger et ont procédé à plusieurs arrestations musclées. Ils les maintenaient longtemps plaqués au sol, dans le champ de vision des manifestants.
 
La photo est floue parce que les agents empêchent la photographe d’opérer, puis vont même l’arrêter !
 
En réaction aux cris de douleur des personnes arrêtées, les participants se sont précipités pour les libérer, mais cela a juste provoqué de nouvelles charges tout aussi violentes et de nouvelles arrestations. Plusieurs personnes ont été blessées à ce moment, et l’une a dû être conduite à l’hôpital.
 
Sans aucune raison et sans aucune communication, les policiers chargent systématiquement les manifestants, les brutalisent et les arrêtent, un par un. L’un d’eux sera même tabassé après avoir été relâché quelques heures plus tard !
 
Lorsque ceux qui restaient se sont regroupés sur le trottoir d’en face, ils ont été encerclés par la police et, sans qu’il y ait eu aucun avertissement ou communication, ils ont tous été arrêtés et menottés.
A aucun moment de cette action, le chef des policiers sur place n’a communiqué ce qui était attendu des manifestants. Contrairement à d’autres actions, les services d’ordre n’ont rien communiqué qui aurait pu permettre de ne pas déboucher sur une confrontation. Les participants ont jugé l’intervention policière comme étant inappropriée et disproportionnée.
L’ensemble du groupe, soit une cinquantaine de personnes, a été emmené à la caserne de police d’Etterbeek. Ils sont restés menottés dans le dos pendant une heure. Vers 18 heures, ils ont été libérés, loin du centre et des transports en commun. Un groupe a été suivi par une camionnette de police, un des participants a pour une raison inconnue été à nouveau arrêté, et à nouveau brutalisé après une injonction très forte du commandant : « Donnez-lui des coups ! »
 
Jan Dreezen – Palestina Solidariteit – [email protected]
 
« Neal hurlait de douleur, mais la police empêchait l’ambulancier d’aller le secourir. »
Témoignage d’An Peters, photographe :
« Je me trouvais derrière le groupe en train de prendre des photos. Lorsque tout à coup, Neal Michiels a été enlevé du groupe par les policiers, et mis à terre, derrière les agents. Je ne pouvais voir ce qu’ils lui faisaient. Un peu plus tard, il a été très violemment maintenu au sol par deux policiers pour le menotter. Il a été le premier arrêté.
Ils l’ont tiré derrière une colonne. J’ai pu l’entendre crier pendant longtemps. Mais nous ne pouvions voir ce qui se passait, car les agents bouchaient la vue. Puis son frère a été arrêté aussi. Dès lors, la police s’est mis à charger le groupe afin d’aller arrêter quelqu’un, sans aucun motif, ni aucune communication. Sauf que certains manifestants se sont fait insulter. Après les premières arrestations, le groupe s’est assis par terre. Mais ça n’a pas duré, car la police a recommencé à attaquer et le groupe s’est relevé pour essayer d’y échapper.
Entre temps, d’autres policiers étaient arrivés, dont une femme avec un chien policier. Lequel sautait vers le groupe, aboyait très fort et montrait les crocs. Une jeune fille proche de moi était très choquée, elle a commencé à crier et pleurer, puis elle est tombée par terre sans connaissance. Alors que certains du groupe lui venaient en aide, la police a encore attaqué et ils ont traîné une femme française sur le corps de la personne inconsciente. Et ainsi de suite…
 
Aucun respect pour les femmes ni les jeunes.
 
Entre temps, l’ambulance avait été appelée, elle est arrivée après dix minutes. J’ai expliqué à un ambulancier que Neal Michiels était blessé et avait besoin de soins. L’ambulancier a voulu aller près de lui, mais un policier l’a retenu, il ne pouvait pas aller secourir Neal. Alors, il s’est occupé d’abord de la femme.
Quant à moi, j’avais pris des photos de Neal, bien que les agents tentaient de m’en empêcher. Les autres personnes arrêtées devaient se tenir menottées contre lui. C’est alors seulement que nous avons pu voir pourquoi Neal criait si fort. Il avait une grosse bosse à droite de la mâchoire. Son frère saignait du nez. Neal criait vers moi, mais je ne parvenais pas à comprendre ce qu’il disait. Un agent m’a crié que je ne pouvais pas lui parler. Finalement, j’ai compris ce que Neal me disait : un agent lui avait frappé violemment la tête contre le sol par deux fois. »
 
« Ils ont frappé sa tête très violemment sans aucun motif »
Témoignage de Dominique Waroquiez :
« Alors que j’étais présente parmi les personnes  qui demandaient une entrevue devant le ministère des Affaires Etrangères, j’ai vu qu'un policier a frappé au moins deux fois très fort la tête de Neal Michiels quand il était au sol dans le coin contre les murs du  ministère. Et cela alors qu’il n’y avait aucun motif de le faire vu que les policiers le maîtrisaient fortement. »