Des particules d’argent toxiques

Au-delà du discours conjoncturel de ceux qui tentent de sauver leurs privilèges de l’hécatombe, il est vrai que la technologie est un des piliers qui a permis au capitalisme de renaître de ses propres cendres en donnant des avantages substantiels à ceux qui contrôlent les innovations technologiques.

A la différence de la spéculation financière, ce sont des avantages réels parce qu’ils renforcent les processus productifs.

Mais ceci n’a rien à voir avec les changements souhaitables ni avec la justice sociale car les innovations technologiques, dans une société inégalitaire, sont des instruments qui préservent et approfondissent les brèches existantes.
18 décembre 2008

Les désastres environnementaux, sanitaires, climatiques, provoqués par le modèle technologique dominant sont des effets secondaires “induits” du système, mais profitables aux entreprises pour faire davantage de commerce. Finalement, s’il y a destruction de biens et de ressources, il y a pénurie et donc davantage de besoins et d’ “opportunités de marché”.

Une des technologies-clé pour cette rénovation capitaliste est la nanotechnologie- manipulation de matière au niveau des atomes et des molécules- qui va devenir la plateforme d’innovation de quasiment toutes les autres (informatique, biotechnologie, ingénierie de matériaux, génomique, automobile, technologie agricole, alimentaire, pétrolière, minière, pharmaceutique …).

A nano-échelle ( un nanomètre est un milliardième de mètre ), les propriétés physiques et chimiques de la matière changent: cela peut concerner sa couleur, sa résistance, son élasticité, sa conductivité électrique, sa réactivité ou d’autres propriétés. Les usages potentiels sont larges.

Actuellement il y a plus de 700 produits sur le marché qui sont basés sur les applications nanotechnologiques, qui incluent des cosmétiques et des écrans solaires, des textiles, des vêtements, des matériaux de construction, des vernis, des pneus, des pesticides, des nano-cellules de capteurs solaires.

Un quart de l’industrie pharmaceutique utilise des nanoparticules élaborées fondamentalement pour l’administration de médicaments. Le tout enregistré par les patentes monopolistiques les plus importantes de l’histoire, dans les mains de multinationales comme IBM, DuPont, Hitachi, Procter and Gamble, et aussi par des armées (Etats-Unis et Europe) et des universités qui, bien que subsidiées par l’argent public, donnent licences des patentes de façon monopolistique aux entreprises.

Un aspect particulièrement perturbant est que les nanoparticules élaborées montrent une importante toxicité pour les plantes, les animaux et les humains, due justement à leur dimension, qui augmente leur pouvoir réactif mais empêche qu’elles soient détectées par le système immunitaire. Comme ces substances sont autorisées pour un usage dans des particules plus grandes, ceux qui manipulent et vendent les nanoparticules ou les produits qui les contiennent, ne doivent pas faire les tests toxicologiques habituels. Pourtant nous sommes face à un phénomène massif et global de nouvelles et graves formes de contamination du milieu et de la santé de tous les êtres vivants, que les promoteurs de la nanotechnologie préfèrent omettre.

Des pays comme le Mexique, l’Argentine et le Brésil ont, en plus des entreprises, des programmes universitaires sur les nanotechnologies, subsidiés par le trésor public. 99% de leurs discours vantent les merveilles de cette technologie, avec peu ou pas de mention des problèmes qu’elle soulève.

Voyons un cas concret.

Par leurs propriétés bactéricides et antimicrobiennes, les nanoparticules d’argent sont utilisées dans des produits pharmaceutiques et chirurgicaux, des vêtements, des gants, des chaussures sportives, des produits pour bébés (biberons, oreillers), des emballages pour aliments, des produits d’hygiène personnelle, des couverts, des frigos et des machines à laver.

On savait déjà que l’argent – en grandes particules – était toxique pour la vie aquatique. En 2005, une étude a montré que l’argent en nanoparticules est 45 fois plus toxique que celui utilisé antérieurement.

En 2008, une autre étude a montré que l’eau de lavage contenant des nanoparticules d’argent, ou l’utilisation de machines à laver avec du nano-argent, libère une partie de ces nanoparticules synthétiques dans les eaux usées, avec une forte toxicité pour la vie aquatique, en éliminant aussi les bactéries bénignes dans les systèmes collecteurs.

Utiliser ce type de produits avec les bébés revient à les coucher sur un lit de produits chimiques ultra-toxiques, bien plus que n’importe quel pesticide autorisé sur le marché. Ceux qui s’utilisent dans les aliments vont causer des dommages au système digestif.

En se basant sur ces études, le Centre International d’Evaluation des Technologies des Etats-Unis, avec l’appui de 13 organisations pour l’Environnement et associations de consommateurs (Groupe ETC, Greenpeace, les Amis de la Terre, Union des Consommateurs et autres), a présenté une plainte à l’Agence pour la Protection de l’Environnement des Etats-Unis, pour avoir permis la libération dans le milieu et la consommation d’un produit de fort potentiel toxique présent dans plus de 260 produits en vente libre. Et ceci n’est à peine qu’un seul des usages des nanoparticules.

Il est urgent de s’alarmer de cette nouvelle invasion toxique que les gouvernements et les scientifiques non critiques veulent nous vendre comme la nouvelle Panacée.

Silvia Ribeiro est enquêtrice du Groupe ETC. www.etcgroup.org http://www.etcgroup.org

Traduction: Jean-Louis Seillier pour Investig’Action