Des Irakiens ont recours à la vente d’enfants

On a beaucoup parlé de l'Arche de Zoé et des enfents du Tchad. Mais que savons-nous des drames qui caractérisent les conditions de vie des enfants en Irak ?

Bagdad – L’UNICEF dit qu’en Irak on estime à 2 millions les enfants qui continuent à connaître des menaces, y compris la malnutrition, la maladie et une éducation interrompue [GALLO/GETTY]

 

Abu Muhammad, un habitant de Bagdad, trouvait difficile de lâcher la main de sa fille mais s’était déjà convaincu que la vendre à une famille hors de l’Irak lui apporterait un avenir meilleur. « La guerre a couvert ma famille de honte. J’ai perdu des parents, y compris ma femme, parmi les milliers de victimes de violence sectaire et j’ai été forcé de vendre ma fille pour donner quelque chose à manger à mes autres enfants, » a-t-il raconté à Al Jazeera.

 

En 2006, Abu Muhammad et sa famille ont été forcés de quitter leur maison à Adhamiya, un district de Bagdad, après que des milices combattantes y revendiquèrent les rues, dans son voisinage autrefois paisible.

Ils se mirent à vivre dans un camp de fortune pour réfugiés  dans la banlieue de Bagdad, mais il perdit bientôt son emploi, et les enfants incapables d’accomplir le chemin quotidien quittèrent l’école.

« Il n’y avait pas assez d’argent pour les livres, les vêtements et le transport, » a-t-il dit. Sa fille, Fatima, la plus jeune de quatre enfants, commença à montrer des signes de malnutrition et un médecin local a dit qu’elle devenait anémique.

 

Désespoir

 

Vers la mi-2007, les conditions étaient devenues désespérées pour la famille et ses enfants, autrefois sains et remplis de vie, étaient devenus émaciés et léthargique. C’est alors qu’un traducteur et un couple de Suédois qui prétendaient appartenir à une ONG internationale sont arrivés dans le camp de fortune de réfugiés. « Ils ont entendu parler de ma situation et la femme qui disait qu’elle ne pouvait pas avoir de bébés, m’a offert de l’argent pour que je lui donne ma plus jeune fille de deux ans, » a-t-il dit.  Au début j’ai refusé mais le traducteur irakien revenait constamment au camp et insistait avec la même proposition. Un jour, j’ai trouvé que mes enfants allaient mourir sans nourriture et sans environnement sain et quand il est venu la fois suivante à ma tente, je lui ai dit que j’étais d’accord. »

Il remit au traducteur tous les documents personnels et la semaine suivante, le couple revint avec de nouveaux documents à signer pour Abu Muhammad autorisant l’adoption et enlever sa fille. Abu Muhammad, qui a reçu $ 10.000, croit maintenant qu’il est maudit par Dieu mais dit que son trouble intérieur est en quelque sorte allégé par la croyance que Fatima aura une meilleure vie que beaucoup en Irak. « J’ai pu voir son amour dès la première fois qu’elle l’a regardée, » a-t-il dit de la mère adoptive.  

 

Disparitions inquiétantes

 

Des fonctionnaires locaux et des travailleurs sociaux ont exprimé leur inquiétude concernant le taux alarmant  de disparitions d’enfants dans tout le pays, dans l’environnement instable actuel de l’Irak.

 

Omar Khalif, vice-président de l’Association des Familles irakiennes (IFA), une ONG créé en 2004 pour enregistrer les cas des enfants manquants et  leurs parents.  Beaucoup de familles irakiennes ont fui les trafiqués, a dit qu’au moins  deux enfants sont vendus par semaine par combats sectaires et sont allés vivre dans des camps de fortune (EPA).

Quatre autres sont signalés manquants chaque semaine. Il a dit que le nombre était alarmant. Il y a une augmentation de 20% des cas connus d’enfants manquants par rapport à l’an dernier. « Dans les années précédentes, on apprenait que les enfants disparaissait sur leur chemin de retour de l’école ou après avoir joué avec des camarades hors de chez eux. Cependant, des enquêtes de police ont révélé que beaucoup ont été vendus par leurs parents à des couples étrangers ou des gangs spécialisés. »

D’après les enquêtes de la police et une étude indépendante de l’IFA, les enfants irakiens sont vendus à des familles dans beaucoup de pays européens – surtout aux Pays-Bas et en Suède – en Jordanie, au Liban et en Syrie. Profitant de la situation désespérée de beaucoup de familles vivant dans des conditions de pauvreté, les étrangers offrent une somme importante d’argent en échange d’enfants aussi jeunes que un mois et jusqu’à cinq ans, » dit Khalif. Il existe des craintes que les enfants soient trafiqués pour le commerce du sexe et le marché noir de transplantation d’organes.

 

Enfants drogués

 

Hassan Alaa, un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, a dit qu’alors qu’il est difficile de savoir précisément où on prend les enfants manquants, les forces gouvernementales ont capturé 15 gangs de trafic d’êtres humains opérant en Irak dans les neuf derniers mois. « Beaucoup possédaient de faux documents préparés pour sortir les enfants du pays. » « Pendant leurs aveux, ils ont dit que beaucoup d’enfants étaient vendus pour à peine $3. 000 et que pour de très jeunes bébés, le prix pouvait atteindre $30.000, » a dit Alaa.

Le ministère de l’Intérieur a augmenté la sécurité aux checkpoints et aux postes frontières de tout l’Irak. Il dit que les trafiquants d’enfants droguent les enfants avec des sédatifs puissants pendant le voyage hors d’Irak. Quand ils arrivent aux checkpoints on dit à la police que simplement les enfants dorment. « Maintenant, tous les enfants qui quittent l’Irak doivent être éveillés et interrogés par la police et les patrouilles de frontières, sauf les bébés qui sont incapables de parler, » dit Alaa.

 

Pauvreté extrême

 

Mahmoud Saeed, un haut fonctionnaire du ministère du travail et des Affaires sociales dit qu’une pauvreté extrême et un chômage généralisé ont poussé les parents à la marge, les forçant à prendre des décisions autrefois inconcevables. « Désespérés de voir leur famille sans nourriture et sans hygiène, des parents préfèrent donner leurs enfants en adoption, pour sauver leur vie, » dit-il.

Saeed a dit que le ministère allait faire de l’emploi une question de crise nationale en 2008, espérant trouver un travail immédiat pour les pauvres. Il espère que les organisations internationales d’assistance et les ONGs augmenteront leur participation et leurs investissements  dans des projets dirigés vers l’aide aux enfants. Mais pour beaucoup de parents, l’aide viendra inévitablement trop tard.       

 

L’angoisse

 

Khalid Jabboury, 38, un père de sept et déplacé dans la banlieue de Bagdad, dit que donner sa fille en adoption à une famille  jordanienne ne lui a causé que des ennuis. Il a dit : « Après un an, j’ai entendu de certains parents qu’ils avaient vu ma petite fille âgée de sept ans qui travaillait comme une servante pour la soi-disant nouvelle famille et qu’elle était aussi battue. »

Il dit qu’on l’a payé $20.000 mais il veut rendre l’argent si une ONG locale peut l’aider pour son rapatriement. L’IFA de Khalif dit qu’une ONG ne peut rien faire une fois que les enfants sont sortis d’Irak.  

                                                                                                                

Ruwaida Saleh, 31 ans, une mère de trois, prie aussi pour la sécurité de sa fille Hala âgée de huit ans. Elle dit que sa fille a disparu en juillet 2007 et qu’elle n’en a plus entendu parler depuis. La police nous a dit de renoncer, mais je ne peux pas. J’ai des cauchemars où elle est violée, » a-t-elle dit. « Je tiendrai la main de Dieu et le supplierai d’avoir de nouveau un jour Hala dans mes bras. C’est une douleur sans explication que j’emporterai dans ma tombe, si je ne la trouve jamais. »

 

Décembre 2007 Rapport  Unicef sur les enfants irakiens

Roger Wright, représentant spécial de l’UNICEF pour l’Irak, a récemment dit aux medias que “les enfants irakiens paient de loin un prix trop élevé>. » « Alors que nous avons fourni autant d’aide que possible, une nouvelle fenêtre d’opportunités s’est ouverte qui nous permettra de toucher les plus vulnérables avec un soutien élargi et consistant. Nous devons agir maintenant.”

UNICEF dit:

–  L’UNICEF dit qu’en Irak on estime à 2 millions les enfants qui continuent à connaître des menaces, y compris la malnutrition, la maladie et une éducation interrompue.

– Beaucoup des 220.000 enfants déplacés en âge d’école primaire ont vu leur éducation interrompue.

– On estime que 760.000 enfants (17%) n’ont pas suivi l’école primaire en 2006.

– Une moyenne de 25.000 enfants ont été déplacés par violence ou intimidation, par mois, avec leur famille cherchant un abri dans d’autres parties de l’Irak .

– En 2007, approximativement 75.000 ont été obligés de vivre dans des camps ou des abris temporaires.

– des centaines d’enfants ont perdu la vie ou ont été blesses par la violence et beaucoup plus d’autres  ont eu le pourvoyeur principal de la famille kidnappé ou tué.

 

http://english.aljazeera.net/NR/exeres/F22B4D85-59F6-4778-8E9F-C15E7F1CDB40.htm