De la guerre idéologique

  • 08 Déc 2011

Michel Collon devait animer un débat à la Bourse du travail de Paris le 9 novembre dernier sur les Médias mensonges, à propos de la guerre en Lybie. Il en a été interdit après l’intervention publique d’un groupe anonyme s’intitulant « Missak et Mélinée » en référence donc aux héroïques combattants de la résistance immortalisés par la fameuse affiche rouge et le poème d’Aragon chanté par Léo Ferré.

 

Nous avons publié sur notre site la réaction d’Annie Lacroix-Riz qui y disait sa réprobation d’une pareille interdiction en dénonçant une véritable opération de chasse aux sorcières et en contestant fermement les accusations lancées contre M. COLLON par ses détracteurs anonymes.

 

Depuis, notre organisation fait l’objet et sur son propre site et sur certains forums des mêmes accusations et de menaces à peine voilées qui nous désignent comme de potentiels ennemis de groupuscules se réclamant de l’anti-fascisme et de la démocratie.

 

C’est pourquoi nous avons décidé de faire le point sur la question, d’autant que nous sommes loin d’être les seuls concernés.

 

Un peu d’histoire :

 

  • les accusations

 

Sans remonter plus avant, c’est en mars 2011 que sur un site (Article11) est édité un article signé notamment par Marie-Anne Boutoleau (de son vrai nom Ornella Guyet), prenant à parti le site alternatif Grand Soir.

Le site est accusé de publier des auteurs "issus de l’extrême-droite ou de la mouvance conspirationniste" et de sombrer dans "une dérive regrettable, sur fond de confusionnisme politique et avec l’anti-impérialisme pour seule grille de lecture".

 

A partir d’un positionnement se déclarant "anarchiste libertaire antifasciste", Marie-Anne Boutoleau dénonçait le "confusionnisme politique" et le "conspirationnisme" de Grand Soir.

 

  • La méthode

 

Une liste de noms à proscrire et considérés comme infréquentables, donc non publiables pour un site se réclamant de la gauche radicale, était dressée, comprenant : Michel Collon, – Eva R-sistons, Paul-Éric Blanrue, Silvia Cattori, Jean Bricmont, Annie Lacroix-Riz dépeinte comme une "historienne stalinienne, fondatrice du très douteux PRCF (Pôle de renaissance communiste en France) qui mêle allègrement rhétorique nationaliste et marxiste", mais aussi des sites donc comme GS ou Dazibaoueb etc.

 

  • Le support et le réseau de diffusion de cette position

 

On y trouve le réseau des sites Indymedia et celui de Paris en particulier et le site Rebellyon, Article11, l’information étant relayée dans un certain nombre d’autres sites et forums.

 

  • L’objectif poursuivi

 

Il s’agit, d’après les auteurs de l’article, de mettre en garde ceux qui en particulier se reconnaissent dans la gauche radicale et de faire en quelque sorte la promotion d’un type de censure en dénonçant "un confusionnisme malsain, donnant une caution de « gauche » ou « progressiste » aux fascistes et antisémites qu’il accepte de publier. Il est à ce titre problématique – voire navrant – de constater que Rezo.net, portail d’informations alternatives qui fait référence au sein de la « gauche de gauche », continue de référencer certaines publications du Grand Soir, donnant ainsi à ce site une visibilité qu’il ne mérite pas".

 

  • La riposte

 

Elle est venue de Grand soir, mais aussi d’autres organisations (comme l'Union Populaire Républicaine (UPR)) réfutant point par point les allégations mensongères de l’accusatrice. Dans cette riposte, nous voulons retenir essentiellement les arguments de fonds qui se sont entrelacés :

  • les personnalités et les organisations pointées du doigt ont pour point commun leur engagement contre les interventions guerrières des Etats-Unis et de l’Union européenne et leur dénonciation de la politique d’oppression des dirigeants israéliens à l’égard du peuple palestinien et le fait qu’elles développent une argumentation visant à déconstruire l’argumentation des médias dominants qui justifient ces interventions et cette politique.

  • Le véritable procès monté contre le site et contre les personnalités citées, est construit sur des amalgames infondés : qui en effet, en connaissance de cause, peut douter de l’engagement anti-raciste et contre l’antisémitisme d’Annie Lacroix-Riz, de Michel Collon, de Maxime Vivas et de Victor Dedaj ?
    Sachant par ailleurs que le procédé qui consiste à désigner comme négationnistes, antisémites, des personnalités telles Edgar Morin, Stéphane Hessel ou Daniel Mermet et son émission Là-bas si j’y suis, a été largement employé, dès lors qu’ils formulaient des critiques contre la politique de l'Etat d’Israël !

 

  • L’objectif était donc de les faire taire ou/et de jeter la suspicion auprès d’une partie de ceux qui leur accordaient confiance au nom même des valeurs dont ils se réclamaient !

 

Et à présent ?

 

Avec le surgissement des luttes dans le monde arabe, l’irruption des peuples sur la scène politique, au Moyen-Orient et au Maghreb, suivie et accompagnée par l’intervention politique et militaire des Etats-Unis et celle de l’OTAN, la question pour une gauche authentique d’un véritable positionnement et d’une action réellement anti-impérialiste et de soutien aux luttes populaires de ces pays s’est posée avec force.

 

Elle passait et elle passe par la dénonciation de l’intervention des forces impériales contre la souveraineté des peuples, d’autant que c’est en notre nom que ces guerres sont menées, soi-disant pour défendre les populations civiles et des droits de l’homme tandis que sur le terrain, en violation des mandats de l’ONU, ces mêmes populations étaient soumises à des bombardements intensifs ainsi que des lieux qui n’ont strictement rien à voir avec des objectifs purement militaires (Syrte) !

 

Et c’est donc dans ce contexte qu’ont rebondi les accusations de confusionnisme, de complicité avec l’extrême droite, de soutien aux dictatures arabes contre tous ceux qui ont eu à cœur de dénoncer les "Médias-mensonges" et de mettre en garde l’opinion sur la tentation du capitalisme en crise de tenter d’en sortir par la guerre et le contrôle accru des sources de matières premières comme de l’eau et du pétrole !

Attitude qui ne présume en rien les jugements divers par ailleurs que l’on peut porter sur les pays et les régimes victimes de cette agression.

C’est donc après plusieurs mois d’accalmie (depuis mars 2011) qu’un récent article, "Grand Soir et gueule de bois" daté du 17 octobre 2011, a été publié dans Indymedia Paris, relançant donc massivement les mêmes accusations. Il a été relayé cette fois par de nouveaux sites du type "Conspis hors de nos villes » et de nouveaux acteurs anonymes, comme le "Comité Missak et Mélinée".

 

Avec des caractéristiques nouvelles :

  • la liste des cibles désignées s’allonge (nombre de contributeurs de Grand Soir), mais aussi d’autres, comme par exemple Etienne Chouard, enseignant, connu pour la bataille qu’il a menée contre le traité constitutionnel européen en 2005, qualifié "d’ alter côté face brun côté pile", mais aussi Pascal Boniface.

  • Les menaces (y compris physiques) étaient déjà présentes dès mars 2011, mais elles se précisent : l’objectif étant cette fois et de discréditer les cibles ET d’empêcher par différents moyens la tenue de débats, comme ce fut le cas pour Michel Collon à la Bourse du travail de Paris.
    Le même collectif appelant au boycott pour ce qui concerne Maxime Vivas, dont l’invitation à "l’autre salon du livre de Grigny", était considérée comme inacceptable
    "compte tenu des dérives fascisantes du site qu’il anime" .
    Un des articles du site Rebellyon.info étant chapeauté par le titre : "
    Halte au confusionnisme politique ! A Lyon, à Grigny ou ailleurs : les fachos hors de nos quar­tiers, pas de quar­tier pour les fachos ! » !

  • Et depuis que nous avons publié sur notre site l’intervention d’Annie Lacroix-Riz, sur divers forums, c’est à nous traiter en ennemis qu’il est fait appel, si nous avions l’outrecuidance de ne pas nous excuser!

 

Ces procédés sont indignes !

 

Ils s’apparentent à des méthodes elles effectivement d’extrême droite !

Ils visent, dans un espace médiatique pourtant verrouillé et totalement contrôlé par les grandes puissances financières (Bouygues, Lagardère, Dassault …), à discréditer et à interdire si possible les voix discordantes, à faire douter du réel engagement de celles-ci dans le combat pour la démocratie et pour un monde débarrassé du racisme, de l’exploitation et des dominations post-coloniales et impérialistes !

 

Et ce à l’heure d’un système capitaliste en crise profonde qui viole de manière récurrente la souveraineté des peuples et les droits des travailleurs.

Par conséquent, il s’agit de déjouer les pièges d’une véritable guerre idéologique menée avec des méthodes s’inspirant à la fois de l’intimidation (menaces, listes dressées qui s’apparentent aux pratiques du maccarthysme des années 1950) et des procédés de la guerre secrète : feindre d’agir au nom des valeurs de gaucheafin de semer la discorde parmi les forces que tout doit pousser à s’unir.

Là est le confusionnisme, là sont les manipulations !

Et la radio anti-cubaine, organe de la mafia de Miami, n’a-t-elle pas eu le front de s’intituler radio Marti, du nom de celui qui est révéré dans tout Cuba et dont le buste pare toutes les écoles ?

Sur le Net, l’anonymat sert trop souvent de couverture à de sales opérations et à des travestissements idéologiques douteux !

 

Alors, ne nous laissons pas leurrer ! Libertaires authentiquement à lafois anti-racistes, anti-capitalistes et anti-impérialistes, ne vous trompez ni de combat, ni d’adversaires !

Missak et Mélinée Manouchian étaient des combattants anti-nazis et communistes lumineux !

Ne laissons pas utiliser leur combat dans de sombres entreprises !

 

Le Conseil d’administration du Front Syndical de Classe, 28 novembre 2011

 

 

Source: frontsyndical-classe.org

 

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